Histoires et Aventures en Pays de Loire
Nous avons vu
comment Tours (Châteauneuf) est devenu un haut lieu de pèlerinage. Pour comprendre ce qui va suivre, parlons un peu de la situation du Pays en général et de l’époque féodale.
Après la chute de l’Empire romain, nous rentrons dans une ère de chaos et d’insécurité et devons affronter plusieurs invasions. De puissantes tribus germaniques envahissent l’Europe (déjà !) et s’y installent. A peine ces invasions de l’Est endiguées, il faut faire face aux Vikings… Nous avons vu les dégâts qu’ils ont fait dans l’ancienne Martinopole ( voir article 24) jusqu’à ce qu’ils promettent de se tenir tranquille quand le roi Carolingien Charles le Simple leur cède un territoire : la Normandie.
Le pays vit dans la peur, il est dangereux de s’aventurer dans les forêts hostiles où les bandits ont le contrôle et les premiers Mérovingiens s’avèrent être des rois médiocres et incapables de contrôler la situation. Trop occupés à se détruire ils ont peu fait pour améliorer cette situation de chaos.
Il faut attendre le grand Charlemagne pour voir la situation s’améliorer. Digne successeur de l’Empire romain, version chrétienne, couronné Empereur en 800, Charlemagne veut restaurer l’administration et l’Etat.
Ce souci d’une bonne administration passe par l’élévation du niveau des « fonctionnaires » et donc par une réforme de l’enseignement.
Il paraît qu’il a eu « l’idée folle d’inventer l’école ». En fait, ce n’était pas encore l’école de nos chers bambins, mais pour ses « fonctionnaires » et pour les moines aussi.
Une école est ouverte dans chaque évêché et chaque monastère. On y étudie le latin, les textes antiques, la calligraphie, l'art de l'enluminure…
On invente même une nouvelle écriture : la minuscule « caroline », à l’origine de nos caractères d’imprimerie.
Il sait s’entourer de gens compétents et fait appel aux grands intellectuels du temps. Les résultats sont tels qu’on peut parler à juste titre de « Renaissance Carolingienne ».
Homme intelligent et cultivé, Charlemagne est aussi un grand conquérant. Il est bientôt à la tête d’un immense territoire d’un million de km², et beaucoup le considèrent comme le précurseur de « l’Europe ». D’autres empereurs ou dictateurs (Napoléon, Hitler) essaieront beaucoup plus tard de reconstituer cet empire… mais sans jamais y parvenir.
Toutefois, un aussi grand empire s’avère difficile, voire impossible à gouverner, ce qui poussera Charlemagne à déléguer ses pouvoirs à des responsables de régions, contrées ou districts. L’insécurité du territoire est telle que le royaume est délimité géographiquement de telle sorte que l’on peut aller d’un point à un autre en une journée de cheval. Les rivières ou forêts délimitent les régions ainsi formées. (C’est déjà la régionalisation).
De sa capitale à Aix la Chapelle, Charlemagne envoie ses « missi dominici » (= envoyés du maître) pour surveiller les centaines de comtes qui le représentent dans tous ses territoires.
En déléguant ses pouvoirs ainsi, il encourage le processus de « vassalité » et crée un nouveau système de gouvernement : le « système féodal ».
Le principe est simple :
Le vassal (ou responsable de région) prête serment de fidélité au roi, ou à l’empereur, et doit lui fournir les soldats dont il peut avoir besoin pour maintenir la paix… ou faire la guerre. En retour, le roi lui octroie des « bénéfices » (on appellera ça plus tard un « fief », d’où le mot « féodal ») et le protège de son armée. C’est un échange de bons procédés, du donnant, donnant.
Toute une organisation hiérarchique de la noblesse se développe ainsi, liant les membres entre eux. Le régime féodal est fait pour se protéger des envahisseurs, des guerres. Chaque seigneur s’engage envers un seigneur plus puissant : il devient son vassal. Le pouvoir d’un seigneur se mesure au nombre de ses vassaux, qui eux-mêmes peuvent avoir des arrière-vassaux et ces derniers des sous-vassaux, etc… Chaque vassal recevant, en échange de sa loyauté, un fief, un territoire. Et le plus puissant protège de son armée le plus faible.
On donne un titre différent à chaque vassal, selon son importance. Du plus important au plus petit, on a ainsi le Prince, le Duc, le Marquis, le Comte, le Vicomte, le Baron, le Chevalier et l’écuyer. Bref ! Tout un organigramme ! Tout en bas de l’échelle se trouvent les paysans qui, en échange de leur travail, reçoivent la protection du seigneur.
En théorie, le vassal n’est pas le vrai propriétaire de son fief. A sa mort, la terre revient au suzerain, mais dans la pratique, le fils du vassal renouvelle le serment de fidélité fait
par son père et ces « bénéfices » deviennent héréditaires.
A la mort de Charlemagne, ses fils et successeurs, entre lesquels il a partagé son empire, ne se montrent pas à la hauteur, le pouvoir impérial s’affaiblit.
Les grands vassaux prennent de l’indépendance, de l’importance. Ils s’approprient leur fief et il arrive même que des vassaux deviennent plus riches et puissants que leur seigneur.
Ce sera le cas des Comtes d’Anjou que nous verrons la prochaine fois.
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