patrimoine

Dimanche 23 mai 2010 7 23 /05 /Mai /2010 00:00

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A la révolution, Fontevraud est l’abbaye la plus riche et la plus puissante du royaume. Elle est alors pillée, ravagée, partiellement incendiée. Les ordres sont de la supprimer entièrement… Le prieuré des moines est ainsi détruit en 1793, et le reste doit suivre !

C’est Napoléon qui va sauver les bâtiments encore existants de la destruction totale.

En 1795, quand plusieurs propositions de transformation et de réaffectation de l’abbaye sont avancées, trois destins possibles sont discutés :

- aménager l’ancienne abbaye en hospice

- en fabrique de toile à voiles

- ou en maison de détention

Hospice, usine, prison : c’est la dernière destinée qui sera retenue pour Fontevraud, comme d’ailleurs pour d’autres abbayes à la même époque, Clairvaux ou le Mont-Saint-Michel.

L’abbaye est ainsi reconvertie en prison de 1804 à 1814.

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La transition s’effectue sans trop de difficultés, au point que certains lieux gardent leur fonction primitive :

- l’hôpital de la Centrale est logé à Saint-Lazare (cloître des lépreux puis des malades en général)

- le prétoire, c'est-à-dire le tribunal intérieur à la prison, dans la salle capitulaire

Fontevrault4- les cellules de l’ancien « rigoir » (sorte de geôle monastique) deviennent tout naturellement le mitard des prisonniers.

Cage a pouleles "cages à poules"


- les prisonniers dormaient dans les étages… dans les anciens dortoirs des moniales

 

Par contre, l’abbatiale est utilisée comme ateliers. Elle est alors réaménagée pour pouvoir les accueillir sur trois étages. On construit des planchers et on supprime les coupoles pour récupérer de la place. Sur les murs de la nef se voient encore les traces de boulins de ces anciens étages.

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Les cloîtres deviennent des cours pour les promenades, et des galeries sont construites devant l’appartement de l’abbesse (vous souvenez-vous ? avec la belle cheminée !) pour surveiller les prisonniers.

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Le réfectoire est divisé en deux étages : l’étage supérieur devient un dortoir, et le rez-de-chaussée un atelier.

 

Enfin, les tours des enceintes sont fortifiées pour devenir des miradors.

 

La nouvelle prison est conçue pour pouvoir accueillir environ 700 détenus. Il y en aura en fait bien davantage, jusqu’à 1800 prisonniers, hommes, femmes et enfants, c’est dire leurs conditions de vie !

C’était une des plus dures prisons de France, on y comptait en moyenne deux morts par semaine. Les prisonniers travaillaient plus de douze heures par jour dans divers ateliers, où l’on fabriquait notamment des boutons, à partir du nacre des coquillages, des gants, des filets, des couvertures pour l'armée. Cette véritable manufacture assurait également la transformation du chanvre et du lin.

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graffitis des prisonniers

 

Fontevrault5

La Centrale de Fontevraud a inspiré un écrivain d’extrême gauche qui a beaucoup critiqué, entre autres, la politique carcérale en France, je veux parler de Jean Genet.

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Dans son roman « le miracle de la rose », il cite la prison de Fontevraud comme une des plus terribles de France, bien qu’il semble n’y avoir jamais séjourné (il n’apparaît sur aucune liste d’écrous).

Ce roman met en parallèle ses propres années de prison, entre autres à la colonie pénitentiaire de Mettray et sa fascination pour un assassin. Un roman bien sûr très critiqué à sa parution en 1946.

 

En voici un extrait :

« De toutes les Centrales de France, Fontevrault est la plus troublante. C'est elle qui m'a donné la plus forte impression de détresse et de désolation, et je sais que les détenus qui ont connu d'autres prisons ont éprouvé, à l'entendre nommer même, une émotion, une souffrance, comparables aux miennes. Je ne chercherai pas à démêler l'essence de sa puissance sur nous : qu'elle la tienne de son passé, de ses abbesses filles de France, de son aspect, de ses murs, de son lierre, du passage des bagnards partant pour Cayenne, des détenus plus méchants qu'ailleurs, de son nom, il n'importe, mais à toutes ces raisons, pour moi s'ajoute cette autre raison qu'elle fut, lors de mon séjour à la Colonie de Mettray, le sanctuaire vers quoi montaient les rêves de notre enfance. »

 

La Centrale sera aussi un endroit idéal de 1940 à 1944 pour cacher des résistants contre le nazisme.

 

Fontevraud reste une prison jusqu’en 1963. Quelques détenus restent toutefois jusqu’en 1985 afin d’aider à la restauration de l’abbaye quand elle est rendue aux monuments historiques pour devenir une entreprise culturelle et touristique gérée par le « Centre Culturel de l’Ouest », dans lequel coopèrent l’Etat et la Région Pays de Loire.

 

Ainsi s’achève notre visite à Fontevraud… Il est temps maintenant de reprendre le fil de notre histoire… la prochaine fois…

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Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /Mai /2010 00:00

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Nous venons de quitter la cuisine-fumoir du XIIe siècle, allons faire un tour maintenant dans l’église abbatiale construite à la même époque, de 1105 à 1160.

L’ordre fontevriste étant dédié à la Vierge Marie, il va de soi que l’église sera placée sous le vocable de « Notre Dame ».

 

Regardons d’abord le chevet (côté extérieur qui délimite le chœur).

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Il est orienté à l’Est, vers le lever du soleil qui représente la résurrection et la lumière de Dieu sur le monde. De plus, celui-ci est percé de grandes verrières qui le rendent très lumineux. Conçu en forme de triangle, il est composé d’une grande abside centrale à laquelle s’assemblent par un déambulatoire cinq absidioles (voir l’image).

chevet 1-7fca9 Sa structure ascensionnelle, en escalier, fait porter le regard vers le haut, vers le clocher dont le poids est réparti sur le chœur et les absidioles.

Le chevet signifie la tête et sa forme en triangle suggère le corps du Christ. La grande absidiole a une forme de cercle, or le cercle n’a ni début ni fin et représente donc Dieu.

 

Côté ouest se trouve la façade de l’église et son entrée principale.

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Très sobre, elle nous montre de très belles voûtes romanes au-dessus des ouvertures, magnifiques dans leur simplicité.

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La seule décoration réside en une frise sur la voûte extérieure du portail et sur les chapiteaux qui la supporte.

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  Ce sont des chapiteaux pour la plupart« animaliers » ; ils nous montrent des monstres ou animaux finement sculptés entourés de végétaux. Ces monstres ont pour fonction de faire peur et de prévenir ceux qui entrent dans l’église que le diable doit rester dehors…

FR-fontevraud-Notre Dame-7886-0018Un des chapiteaux est « historié », c'est-à-dire qu’il montre un ou des personnages humains. Regardons-le : le personnage de gauche se fait mordre par un serpent, qui représente le diable. Son épée à la main, il essaie de se défendre. C’est la lutte du bien contre le mal…qui doit rester… dehors !

 

Rentrons maintenant dans la nef.

800px-Fontevraud04Elle est constituée de quatre travées, construites dans le style roman poitevin et très influencée par l’Orient.

Rappelons-nous que les rois Plantagenêt étaient de généreux donateurs pour l’abbaye et ont financé en particulier la construction de l’église. Aliénor d’Aquitaine, qui a participé à la croisade, en a ramené un goût nouveau pour tout ce qui est byzantin… Les maîtres d’œuvre de l’époque, habitués aux voûtes romanes, ont dû revoir leur copie et leurs calculs et ont couvert la nef de quatre coupoles.

FR-fontevraud-Notre Dame-7881-0009 Celles-ci sont supportées par les piliers et non les murs (comme c’était le cas pour les voûtes romanes), le poids des coupoles est réparti ainsi sur quatre points au lieu de deux pour une voûte classique. Cela permet d’ouvrir sur les côtés de vastes ouvertures laissant pénétrer la lumière du jour. Les piliers eux-mêmes sont surmontés de chapiteaux animaliers ou historiés, décorés d’une frise, là aussi, d’influence byzantine.

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Abaye of Fontevraud in France

Au bout de la nef assez large, le chœur semble presque fermé car beaucoup plus étroit et élancé. Cette étonnante césure nous montre bien l’évolution de l’architecture… et des architectes !

dscf0280 Qu’il est beau ce chœur dans sa clarté et sa simplicité ! Couvert d’une coupole, son déambulatoire par contre est surmonté de voûtes romanes. Endroit le plus éclairé de l’église, il reçoit toute la clarté du matin grâce à ses nombreuses ouvertures et à cette pierre de tuffeau blanche qui reflète si bien la lumière.

église

Il n’est pas sans rappeler l’église de Candes Saint Martin (voir article 23) datant du XIIe siècle aussi, mais un peu plus tardive que Fontevraud. L’église abbatiale nous montre le style roman poitevin (ou Plantagenêt) alors qu’à Candes, le style fait un grand pas en avant, la voûte se brise et s’élève toujours plus haut dans ce qui est maintenant le style « gothique Plantagenêt ». Mais quelle similitude dans la pureté, la simplicité et la clarté !

Comparez sur ces images…

Candes

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                   Fontevraud                                                                            Candes-Saint-Martin                  

Nous avons fait ici le tour de l’église abbatiale. Je vous donne un dernier rendez-vous à Fontevraud la prochaine fois où nous retrouverons nos amis Plantagenêt et saurons ce qu’il est advenu par la suite de Fontevraud, avant de reprendre notre voyage dans l'histoire... à bientôt !

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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /Avr /2010 00:00

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Restons encore dans le cloître des moniales, dit le « Grand Moustier », dans lequel nous avons vu la salle capitulaire (article 43).

Dans l’autre partie du cloître, en face, se trouve le réfectoire, accolé à la cuisine.

C’est dans cette salle de 46 m de long (non chauffée) que se retrouvent deux fois par jour toutes les moniales pour leurs repas quotidiens.

réfectoire

Le réfectoire répond à une organisation bien précise. Les moniales prennent place selon leur ancienneté à des tables qui longent les murs, l’abbesse et la Grande Prieure sont placées au fond de la salle au balcon (que vous voyez tout au fond sur l’image). Proche de celle-ci se trouve également une chaire (à l’emplacement de la porte actuelle), dans laquelle une des plus jeunes moniales fait la lecture d’extraits de la bible pendant que les autres mangent dans le silence le plus recueilli.

Il arrive parfois qu’une moniale, punie pour avoir commis quelque faute, doive rester le temps du repas allongée à plat ventre par terre, les bras en croix, sur le sol froid… surplombée par l’abbesse qui peut la surveiller du haut de sa galerie !

 Si nous ressortons côté extérieur au cloître, nous nous retrouvons dans les jardins de l’abbaye.

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Pour pouvoir se retirer du monde, les moniales essaient de vivre en autosuffisance. Elles essaient donc de produire tout ce dont elles ont besoin, d’où l’importance des jardins.

Ceux-ci sont organisés géométriquement et symétriquement.

On y fait pousser :

- des plantes médicinales, pour se soigner

- des plantes d’agrément pour fleurir les autels

- des plantes potagères ou vivrières (céréales, légumes, grains)

- des plantes à boisson (bière et vin) (il faut bien vivre un peu !)

- des plantes techniques, à fibres, pour tisser les toiles et les vêtements

verger Et bien sûr, on cultive aussi un verger, pour les fruits.

En arrière-plan du jardin, c’est l’extérieur du réfectoire que nous pouvons voir, prolongé sur sa gauche par un drôle de bâtiment au toit en écailles de tortue, surmonté d’une pyramide et de petits clochetons à l’étrange allure néo byzantine. Ce dernier est relié au réfectoire par une porte.

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Longtemps ce petit bâtiment passait pour être une chapelle funéraire… ce qui prouve notre parfaite intelligence des choses et des habitudes du Moyen Âge !… Ou bien on croyait y voir la « tour d’Evraud », dans laquelle un bandit du même nom allumait un feu la nuit pour attirer ses victimes…

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C’est un Anglais, paraît-il, qui nous a révélé la vérité en nous apprenant qu’il s’agissait d’une cuisine romane. Il en existe d’autres exemples en Angleterre. Rien d’étonnant à cela quand on songe que cette cuisine date du XIIe siècle, époque où les rois Plantagenêt d’Angleterre vivaient en Touraine.

 L’intérieur est aussi surprenant que l’extérieur.

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En entrant, cinq « alcôves » comme celle-ci nous entourent, laissant l’espace central vide et surmonté d’une haute cheminée. Comme on sait maintenant que nous sommes dans une cuisine, on s’imagine aisément un immense feu au milieu, dont la fumée sort naturellement par la cheminée centrale… Trop facile ! La vérité est beaucoup plus subtile !

 

Regardons l’architecture :

La cuisine est décorée de chapiteaux portant quatre arcs formant un plan carré, eux-mêmes surmontés de quatre autres petits arcs qui nous font passer à un plan octogonal. Ce n’est pas que de la déco ! Cela permet d’avoir une circulation d’air très active, donc un système de « tirage » parfaitement approprié et efficace.

structure cuisine 1002962

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Rappelez-vous ces cinq « petites alcôves » tout autour. Ce sont en fait les foyers, formant autant de grandes niches saillantes. Ils sont reliés directement à des tuyaux menant vers l’extérieur à ce que l’on pensait être des petits clochetons, donc en fait des cheminées sur plusieurs niveaux.

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La fumée qui ne prenait pas son cours naturel par les tuyaux « B » (directs) (au niveau inférieur) trouvait au-dessus d’autres tuyaux  « C » (au 2ème niveau) destinés à l’attirer au dehors et à enlever l’excès de chaleur ou de fumée. Puis enfin le gros tuyau central « D », ouvert au sommet de la pyramide octogonale faisait échapper la buée qui pouvait se former dans la cuisine (Non, non ! nous n’avons pas inventé la hotte aspirante !)

cheminée centrale

Quant à l’espace central, il était très probablement occupé par une table sur laquelle on pouvait couper les viandes ou poissons, et servait de plan de travail en somme.

 A cette époque, on conservait beaucoup les aliments en les fumant. Les forêts étaient giboyeuses et la Loire pullulait de saumons. La cuisine faisait donc office de fumoir pour conserver viandes et poissons, d’où l’intérêt d’un aussi bon système de tirage.

  cuisine

Avons-nous fait mieux par la suite ? Si l’on en croit Viollet le Duc (architecte du XIXe, spécialiste de restaurations) dans l’extrait qui suit, il semble bien que non :

 « Aujourd’hui nous sommes visiblement loin des temps barbares où l’on savait satisfaire aux besoins vulgaires de la vie ; dans nos châteaux et nos grands établissements publics, nous plaçons nos cuisines au rez-de-chaussée ou dans les caves, de façon à répandre dans le logis l’odeur nauséabonde qui s’échappe de ces officines ; ou bien, si nous les disposons dans des logis séparés, les règles de la bonne architecture veulent qu’elles occupent les communs, c'est-à-dire des ailes presque toujours éloignées du corps de logis principal, si bien qu’il faut apporter les mets à travers de longs couloirs, et que tout ce qui est servi sur table ne peut conserver qu’une fade tiédeur entretenue par des réchauds. »

 

Datant de la même époque que la cuisine romane, nous verrons la prochaine fois l’église abbatiale…

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Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /Avr /2010 00:00

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A la mort de Robert d’Arbrissel, 36 abbesses se succèdent à la tête de l’abbaye de 1115 à 1792, toutes issues de la haute aristocratie, certaines sont sœurs, filles ou veuves de rois, de ducs,… on compte parmi elles pas moins de 14 princesses.


Avant de mourir, le fondateur de Fontevraud nomme Pétronille de Chemillé comme abbesse, ce sera la première.

 

Mais celle-ci ne respectera pas les dernières volontés de Robert quant à son lieu de sépulture ; il ne veut être inhumé ni dans l’église de Fontevraud, ni au cloître, mais en pleine boue.

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Pétronille de Chemillé a parfaitement compris l’esprit dans lequel Robert d’Arbrissel l’a placée à la tête de la communauté (vous savez bien ! cette volonté un peu glauque de soumettre les moines à une femme). Parce qu’elle est de haut lignage, parce qu’elle est fière peut-être, elle s’efforce de faire disparaître tout ce qui pourrait rappeler la volonté d’humiliation du fondateur. Ainsi lui refuse-t-elle la boue tant désirée et l’ensevelit-elle à l’honneur, près du grand autel de Fontevraud, là où aucun culte populaire n’est possible, puisqu’au milieu d’un endroit clos. Sa troupe mixte et itinérante a suffisamment dérangé comme ça ! (voir article 40). Il ne faut surtout pas que ça recommence…

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A Pétronille succède Mathilde d’Anjou, fille du Comte Foulques V d’Anjou et tante d’Henri II Plantagenêt (ça y est ! les revoilà !). Une abbesse appartenant à cette famille ne peut être qu'un bien pour la jeune abbaye encore très modeste… Les Plantagenêt vont désormais faire la fortune de Fontevraud.

C’est à cette époque que sera construite l’église abbatiale et deux couvents : le grand Moustier pour les femmes et Saint jean pour les moines.

 

Mais aujourd’hui je ne vais pas respecter la chronologie (une fois n’est pas coutume !), car c’est dans la salle capitulaire que nous allons pouvoir rencontrer quelques unes des abbesses.

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Tout d’abord, expliquons un peu ce qu’est une salle capitulaire :

 

Aussi appelée salle du chapitre, c’est le lieu où se réunit ordinairement la communauté religieuse de l’abbaye. « Capitulaire »  vient du mot latin capitulum, qui veut dire "tête" ou "chapitre ".
On y règle les questions de discipline ; c’est également là que se discutent les questions matérielles, se décident l’admission des novices, ont lieu l’élection des abbesses et la réception des hôtes de marque, sont faits le prêche, des sermons, les annonces et proclamations communiquées par l’ évêque ou le pape.

salle et ouvertures ouverture s.capitulaire La salle capitulaire est souvent largement ouverte sur le cloître (vous le voyez sur les images, ni porte, ni fenêtres, mais de larges ouvertures… non, non on n’a pas oublié de remplacer les fenêtres !). Elle est en contrebas de quelques marches, afin d'offrir une vue plongeante à ceux qui restaient debout à l'extérieur lorsque l'assistance était trop importante pour être contenue dans la pièce.

 

Tout le monde, toutefois, n’avait pas le droit de rentrer pour assister à certains conseils… Tout le monde « n’avait pas droit au chapitre »… ce qui nous a donné cette même expression pour dire qu’on n’a pas le droit à la parole.

 

La salle capitulaire de Fontevraud a été construite au XVIe siècle, sous François 1er, en pleine époque renaissance.

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Elle se compose de deux nefs de trois travées, délimitées par deux colonnes s’ouvrant en cœur de palmier. L’ensemble nous laisse une impression d’élégance et de légèreté, mais pas de simplicité… En effet, la salle est enrichie de décorations et d’emblèmes qui n’ont rien à envier aux châteaux royaux de la même époque, chose des plus surprenantes dans une abbaye vouée à la règle bénédictine, donc à la pauvreté et à la modestie.

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Même le sol n’y échappe pas. On retrouve sur les dalles les emblèmes de deux abbesses appartenant à la famille royale : Renée de Bourbon-Vendôme (abbesse de 1491 à 1534)

 

et Louise de Bourbon-Vendôme, sa nièce (abbesse de 1534 à 1575). Leur succéderont Eléonore de Bourbon, Louise II de Bourbon et Jeanne-Baptiste de Bourbon, fille légitimée d’Henri IV et d’une de ses favorites Charlotte des Essarts et donc demi-sœur de Louis XIII.


Regardons ces emblèmes :

- les « L » ailés surmontés de la couronne royale de Louise de Bourbon

- la salamandre, emblème de François 1er

- le blason de fleurs de lis de la famille royale

- les initiales « RB » de Renée de Bourbon.

On se demande parfois à qui s’adresse le culte de Fontevraud…

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Aux murs, des fresques magnifiques peintes par Thomas Pot en 1563, représentant les étapes de la passion du Christ, nous montrerons encore la "modestie" des abbesses et pensionnaires de l'abbaye, mais ce sera la prochaine fois...

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Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /Avr /2010 00:00

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Nous avons vu le comportement étrange, limite sulfureux, de Robert d’Arbrissel vis-à-vis des femmes, qu’il  recherche pour mieux combattre la tentation qu’elles représentent… Mais qu’en est-il de ces femmes, justement ? Qui sont-elles ? Il semble qu’elles le recherchent aussi…

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On les rencontre dans toutes les couches sociales, nobles et riches, ou d’origine modeste. On constate, par contre, un dénominateur commun à toutes : l’irrégularité de leur situation matrimoniale, et toutes malheureuses en ménage… (Qu’on se le dise, messieurs !)

Voyons quelques cas qui illustrent bien ce que j’avance :

2502068422 2159b2271b - Pétronille de Chemillé tout d’abord. A elle l’honneur !… elle sera choisie par Robert d’Arbrissel comme première abbesse. On ne trouve pas trop de détails sur elle, mais on sait qu’elle a été mariée et a eu au moins deux fils. Etait-elle veuve, répudiée, ou fuyait-elle son mari ? Elle quitte en tout cas la maison de son père pour rejoindre Robert et sa troupe…

 

- Ermengarde, « femme indocile et impossible ». De belle noblesse, elle est d’abord mariée à Guillaume IX d’Aquitaine, « prince des troubadours », dont on connaît le goût pour les douces compagnies féminines et les tentations volages.

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Guillaume IX

(au fait ! c'est le grand-père d'Aliénor d'Aquitaine)

 

Il ne supporte pas longtemps la hargne de sa femme et son aigreur d’être trompée et humiliée par la présence constante de concubines et… il la répudie ! (il aurait sans doute fallu qu’elle applaudisse !). Elle rentre humiliée en Anjou et est très vite remariée au placide duc de Bretagne, Alain Fergent. Après quelques décennies de vie commune, elle tente de faire casser son mariage pour aller vivre à Fontevraud (mais quelle mouche la pique ?). Comme les évêques refusent, elle doit rentrer à la maison. Têtue quand même, elle réussit à convaincre son époux de se faire moine, pour pouvoir retourner à Fontevraud. Ce dernier se laisse fléchir et meurt au cloître, tandis qu’Ermengarde… rejette le voile à peine Robert d’Arbrissel mort ! (Quelle vocation !!!)

 

- Philippa, 2ème épouse de Guillaume IX d’Aquitaine, a succédé à Ermengarde à ce poste périlleux (c'est la grand-mère d'Aliénor). Lassée de la compagnie des concubines de son époux, elle aussi se réfugie à Fontevraud.

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Bertrade d'Anjou

- Bertrade d’Anjou, femme du Comte d’Anjou, Foulques IV, enlevée par Philippe 1er, roi de France, est poursuivie des foudres de l’église car son royal compagnon est cousin de son mari ! A la mort de ce dernier, elle fait retraite à Fontevraud.

 

Pour ce qui est des femmes d’origine plus modeste, ce sont souvent des épouses répudiées ou humiliées par leur mari, mais aussi des pucelles faciles et des prostituées. Sans doute leur vient-il aussi le désir de traitements plus doux. A celles qu’on rejette, qu’on condamne ou qui fuient, Robert d’Arbrissel ouvre les bras…

gravure dore bible - marie madeleine repentante saint112

De là à le dire défenseur des femmes, voire féministe, il y a quand même un grand pas, et contrairement à ce qu’on pense souvent de lui, présenté comme un révolutionnaire, loin de réhabiliter les femmes, c’est surtout le mépris envers elles qui ressort.

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N’oublions pas qu’en ce « beau » Moyen Âge, la femme est rendue responsable de tous les maux de la terre et lui-même n’en pense pas moins quand il prétend leur résister pour se sentir plus fort… mais aussi pour les sauver, elles, d’elles-mêmes ! L’homme qui dort auprès des femmes pour éprouver sa tentation voit-il en elles autre chose que des tentatrices ? L’homme qui veut soumettre les hommes de sa communauté à une femme pour leur imposer une certaine humilité ne voit-il pas les femmes comme des inférieures ? Une sorte « d’instrument pour le rachat des hommes »(Comme c’est glorieux pour nous mesdames !)

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Et pourtant, c’est à une femme qu’il confie son ordre peu avant sa mort en 1116 pour mieux assujettir ses frères moines, un ordre dédié à la vierge Marie, en se référant aux paroles du Christ sur la croix ; il place Jean au service de Marie et le lui confie par la même occasion : « Mère, voici ton fils… Fils, voici ta mère ».

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36 abbesses vont se succéder de 1115 à 1792, toutes issues du milieu aristocratique. Parmi elles, il y aura 14 princesses dont 5 de la famille des Bourbon. Elles seront toutes élues par la communauté avec l’agrément du Roi.  L'abbaye est une institution monastique indépendante qui n'a de compte à rendre que directement au pape pour le spirituel, et au roi de France pour le temporel.

 

L’Ordre Fontevriste que Robert d’Arbrissel vient de créer a une règle de vie qui s’inspire beaucoup de celle des bénédictins : chasteté, obéissance, silence et pauvreté.

Il va aussi s’étendre dans tout le pays, pour être à la fin du XIIe siècle, à la tête de 123 fondations.

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Les débuts de Fontevraud en 1101 sont plutôt difficiles ; ils vivent dans des huttes et des grottes. Mais rapidement, grâce à la générosité des Comtes d’Anjou (Vous savez bien… ces fameux Plantagenêt !), Robert commence la construction de deux couvents :

- le Grand moûtier pour les religieuses (le plus grand car elles sont plus nombreuses)

- Saint-Jean pour les moines.

Plus tard apparaîtront :

- Saint-Lazare, pour les lépreux puis les malades en général

- Sainte-Madeleine pour les prostituées repenties et les veuves (quel drôle de mélange !)

 

Mais nous verrons tout cela dans les prochains articles…

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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 00:00

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Comme promis, je vous emmène visiter cette superbe et intéressante abbaye de Fontevraud que j’ai mentionnée plusieurs fois dans les articles précédents.

LinkFontevraudA

Situons-la d’abord : à quelques kilomètres de Saumur en Anjou (aujourd’hui Maine et Loire), elle est tout près du confluent de la Loire et de la Vienne, près de Candes-Saint-Martin aussi (voir article 23). En s’éloignant de la Loire, elle est située dans un vallon entouré de forêts, autrefois lieu inculte et aride. La vie y était possible toutefois grâce à une source (« fons »).


Dans ce vallon vivait paraît-il un brigand terrible nommé « Evrault » ou « Ebraldi », qui avait fait élever une tour qui lui servait de retraite. Chaque soir, quand la nuit venait, il allumait un feu au sommet pour attirer les voyageurs égarés, les tuer et les dépouiller.

La fontaine d'Evrault :« Fons Ebraldi » ou « Fons Evrault » donnera le nom de ce site : « Fontevraud ».

 800px-Fontevraud-l'Abbaye lanterne des morts

C’est ici qu’un certain Robert d’Arbrissel va fonder une abbaye. Mais qui est-il, ce fondateur ? Un simple moine, me direz-vous ! Oui ! Mais qui pose quelques problèmes de conscience, au point qu’il n’a jamais été canonisé.

Robert of Arbrisselvoyez l'imagination des peintres !

il porte ici une auréole alors qu'il n'a jamais été canonisé


Regardons un peu sa vie pour comprendre les questions qu’il soulève…

 

Robert est né vers 1045 à Arbrissel (diocèse de Rennes). Son père était le curé du village (ça commence bien !). Contrairement à maintenant, il était très normal et courant à l’époque que les prêtres se marient (il faudrait peut-être le dire au pape !). Si les moines sont alors tenus par leur vœu de chasteté, l’Eglise n’a guère cherché à imposer à ses prêtres de vivre dans le célibat, si bien qu’on était curé de père en fils…

 

Après des études médiocres, Robert prend donc naturellement la succession de son père comme curé de la paroisse.

Jusque là, rien que de « normal » en somme. Mais voilà que l’évêque de son diocèse de Rennes, Sylvestre de la Guerche, bien qu’ancien soudard, se prend d’avoir des idées très strictes : il dénonce la « simonie », c'est-à-dire le trafic des charges ecclésiastiques (être curé de père en fils) et le « nicolaïsme », qui est le manquement des clercs à la chasteté… et demande à Robert de l’aider et de prêcher dans ce sens.

 

Robert d’Arbrissel va donc le soutenir dans cet effort de moralisation du clergé breton. Mais imaginez ce curé dont le père était marié, peut-être l’est-il lui-même... en tout cas il a très certainement connu des femmes, il apprend tout à coup (enfin on lui dit) que tout ça est très mal et il se découvre coupable de ces deux maux qu’il doit combattre maintenant : le mariage des prêtres et leur manquement à la chasteté ! Il en résulte pour lui un sentiment de culpabilité pour une faute jusqu’alors insoupçonnée… d’autant plus vif car tardif ; il a plus de 30 ans et les habitudes… sont ce qu’elles sont!

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Le conflit intérieur qui s’installe en lui doit être bien grand et douloureux. Il a l’âme fêlée ! Converti à la morale nouvelle, il veut sortir les autres de la boue où il croit maintenant s’être vautré et se châtier lui-même, châtier cette chair qu’on vient de lui apprendre à haïr. Il a bien sûr des détracteurs (en particulier le nouvel évêque de Rennes, Marbode) mais le pape Urbain II le soutient et lui confie officiellement une mission de prédication (en 1096).

 

Il part donc au « désert », en forêt de Craon, à la limite de la Bretagne et de l’Anjou, mener la vie ascétique de l’ermite pour prêcher, affronter la tentation et s’obliger à la combattre. Je m’explique : en fait, il n’est pas seul.

robert lisant

Dans les forêts de l’Ouest de la France, en cette fin du XIe siècle, les ermites se bousculent et « jamais désert ne fut si peuplé », d’autant qu’ils sont suivis par toute une foule.

Le talent de prédicateur de Robert attire à lui une troupe de pénitents des deux sexes… « Hommes et femmes vont pêle-mêle et pêle-mêle s’étendent, la nuit, au milieu des bois ».

400px-Histoire des papes-Lachatre-Robert d Arbrissel fonde

Dans un accoutrement digne des hippies de notre temps Robert d’Arbrissel mène une vie de parfaite chasteté au milieu de cette foule, partageant même la couche des femmes pour mieux résister à la tentation.

 

« Il mate sa chair par les privations et les sévices », des sévices qui peuvent aller loin en cet âge féodal : deux de ses compagnons se livrent à des gestes insensés qui éclairent le sien. Pour prouver à des femmes qui veulent les séduire tout l’empire qu’ils ont sur leurs sens, l’un se brûle le bras avec un tison, l’autre se couche sur un lit de braise et invite sa séductrice à l’y rejoindre. C’est l’épreuve du feu. Mais Robert est plus fou que les autres ; ce n’est pas au feu, substitut de la chair, qu’il s’affronte, mais à la femme elle-même, corps à corps. Son péché est d’orgueil : se croire plus fort que le désir qui le hante.   

  Robert et les femmes

Tout cela ne démontre pas un comportement très sain. C’est là que le bât blesse pour plus tard une éventuelle canonisation. Deux théories s’affrontent : certains voient en Robert d’Arbrissel un ancêtre du féminisme, d’autres un idéaliste extrémiste, considérant la femme comme cause du mal… le diable quoi ! C’est pour cela qu’il l’affronte comme le pire des supplices… mais de manières assez variées : trop doux avec les unes, il ne dédaigne pas de partager leur couche, trop dur avec les autres, il les expose à la faim, la soif, la nudité.

 

Ces comportements commencent à faire jaser et le nouvel évêque de Rennes, Marbode, lui adresse une lettre où il lui reproche de troubler l’ordre moral et social. Pour mieux contrôler ce prédicateur itinérant d’un genre nouveau on l’oblige alors à se poser dans un endroit suffisamment reculé (quand même!) et c’est ainsi que Robert fixe sa troupe dans ce vallon de Fontevraud, où il va fonder une impressionnante abbaye.

C’est ce que nous verrons la prochaine fois, mais aussi qui sont ces femmes qu’il attire tant et pourquoi son choix d’une abbesse à la tête de l’abbaye…

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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /Fév /2010 16:24
bannierefils2.jpg

Nous avons parlé la dernière fois des aventures extraconjugales d’Henri II Plantagenêt.

 

Aliénor, excédée par les infidélités de son mari, se retire à Poitiers, où elle entretient un cercle brillant de troubadours et d’artistes. C’est de là que sa vengeance va tranquillement mûrir. L’occasion lui sera donnée par ses fils...cliquez ici pour lire la suite... 
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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /Jan /2010 17:55
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Nous l’avons vu, en plus de l’Angleterre, Henri II Plantagenêt et Aliénor d'Aquitaine possèdent tout l’Ouest de la France, un immense domaine qu’il devient difficile de gouverner et de contrôler.

 

Pour cette raison, Henri choisit Chinon, à la limite de l’Anjou et de la Touraine, comme capitale « continentale » de l’Empire Plantagenêt, car située au milieu de toutes ses possessions...
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Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /Déc /2009 00:00
bann-guillaume-mathilde.jpg

Depuis 1044,  toute la Touraine appartient aux Comtes d’Anjou.

 1044… Ce n’est pas loin de 1066. Ca ne vous dit rien ?

 Non, ça ne dit pas grand-chose aux Français. Mais demandez à nos amis Anglais… Ils vous diront :

            « Aoh ! Yes ! The battle of Hastings ! »

 Oui, la bataille d’Hastings, qui marque la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant.

guillaume-le-conquerant.jpg Vous souvenez-vous ? Le roi de France avait donné la Normandie aux Vikings pour qu’ils se tiennent tranquilles sur leur territoire… ce qu’ils ont fait.

Ils ont donc cherché à satisfaire leur désir de conquête un peu plus loin. Excellent marin, Guillaume part conquérir l’Angleterre, dont il devient roi.

bayeux_2.jpg

Célébrant la conquête de l'Angleterre par Guillaume, la tapisserie (ou plutôt broderie) de Bayeux a probablement été brodée par des moines dans le sud de l'Angleterre après la bataille d'Hastings

bayeux2.jpg

tapisserie_bateaux.jpg 


Hastings.jpg Guillaume le Conquérant a plusieurs enfants. Pour notre histoire, nous retiendrons son fils aîné, Henri Ier Beauclerc, qui lui succède sur le trône d’Angleterre et une fille, Adèle, qui épouse le Comte de Blois et aura pour fils Etienne de Blois.

arbre-Etienne-de-Blois-copie-1.jpg
480px-HenryI-Cassell.jpg

Le nouveau roi, Henri Ier, a une fille Mathilde, surnommée « l’Emperesse », car, fiancée au futur Empereur romain germanique (Henri V) à l’âge de 7 ans, elle devient Impératrice (« Emperesse »).

  Empress_Mathilda.JPG

Veuve très jeune et sans enfant, elle revient chez son père où un autre rôle l’attend.

Celui-ci lui arrange un 2ème mariage. Pour sécuriser le Duché de Normandie au sud-ouest, côté Anjou, il la donne comme épouse à un certain Geoffroy, Comte d’Anjou, qui a 11 ans de moins que Mathilde.

  320px-Geoffrey_of_Anjou_Monument.jpg

On le surnomme « Geoffroy Plantagenêt » à cause d’un brin de genêt qu’il porte en permanence à son chapeau.

 

C’est là que notre histoire locale rejoint l’histoire d’Angleterre, avec pour protagonistes :

- Etienne de Blois, petit-fils de Guillaume le Conquérant par sa mère Adèle

- et Mathilde, également petite-fille de Guillaume, mariée au Comte d’Anjou Geoffroy Plantagenêt.

 

Etienne de Blois et Mathilde sont cousins.

 

Les descendants des Comtes de Blois et d’Anjou qui se sont disputés si âprement la Touraine sont par conséquent cousins par alliance, et vont se retrouver de nouveau face à face, cette fois pour l’Angleterre et la Normandie.

 

En effet, Henri Ier désigne sa fille Mathilde comme héritière de la couronne d’Angleterre et fait prêter serment de la reconnaître comme reine aux nobles du royaume (« les barons »). Ce qu’ils font, ainsi qu’Etienne de Blois, mais non sans réserves.

Pensez ! Une femme dans un monde exclusivement masculin. Passe encore comme régente de son fils encore trop jeune, mais une couronne pour elle-même !... Serment d’ivrognes !

Il n’y a pas de « consensus  ferme » parmi le baronnage anglais pour accepter Mathilde… On fait semblant !

 

D’ailleurs, dès qu’Henri Ier meurt, Etienne de Blois, le gentil cousin de Mathilde, rejoint l’Angleterre au plus vite et se fait couronner roi avec la bénédiction de tout le monde… reniant son serment !

 Etienne-de-Blois.jpgportrait-imaginaire-d-Etienne.jpg

portrait imaginaire

Mathilde ne peut rien faire pour renverser la situation. Elle va jusqu’à faire appel au pape en arguant qu’Etienne est un usurpateur et un parjure, mais le pape refuse de se prononcer et préfère attendre que les évènements se décantent d’eux-mêmes… Position claire et courageuse !

 

Mais Mathilde n’est pas femme à se laisser dépouiller sans rien dire… Parviendra-t-elle à reconquérir son royaume ?

C’est ce que nous verrons… la prochaine fois.


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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /Nov /2009 17:18
 

Reprenons aujourd’hui le fil de notre histoire en revenant à Candes-Saint-Martin.

 

Nous avons vu que c’est dans ce village qu’est mort Martin, l’évêque de Tours (revoir l’article18).

 

Magnifique village situé à une cinquantaine de kilomètres de Tours, et une dizaine de Saumur, aux portes de l’Anjou, Candes est situé au confluent de la Loire et de la Vienne, d’où son nom, qui vient du latin « candatum » et signifie confluent.

 


 Le village est groupé autour de son église, d’une taille et allure impressionnante pour un si petit village, car celle-ci a été fortifiée pendant la guerre de cent ans (époque que nous verrons plus tard dans notre histoire).

 

 

 

 


 La première église de Candes a été fondée par Martin, lors de son évangélisation des campagnes. Elle était dédiée à Saint-Maurice, qui était, comme Martin, dans la légion romaine. Il commandait la « légion thébaine », une troupe appelée d’Egypte, pour soutenir l’empereur Maximilien, ce même Maximilien avec qui Martin eut du fil à retordre. Vous souvenez-vous qu’il l’avait obligé à communier avec les évêques persécuteurs de ceux que lui-même venait défendre ? Maurice a eu moins de chance : Maximilien voulait le contraindre, lui et ses soldats, à agir contre leur conscience en persécutant d’autres chrétiens. Ils refusèrent…et furent massacrés.

 

Martin s’est rendu lui-même sur le lieu du martyre et en a rapporté trois fioles contenant du sang. Selon la légende, ce sang était sécrété par les brins d’herbe à l’endroit du massacre, donc le sang des martyres.

Il donna une des fioles à la cathédrale d’Angers, la deuxième à la cathédrale de Tours et la troisième à l’église de Candes.

La première fiole fut détruite durant les guerres de religion, la deuxième durant la révolution française. Seule demeure la fiole de Candes.

La première église de Candes fut donc placée sous le patronage de

Saint-Maurice puisqu’elle en conservait les reliques.

 Mais après la mort de Martin, le nom de Candes est de plus en plus associé au nom de Saint-Martin.

Ainsi, l’église actuelle, construite au XIIe siècle, est dédiée à

« Saint-Martin et Saint-Maurice »

mais de plus en plus souvent on parle de

« l’église Saint-Martin »

et le nom de Maurice s’évanouit dans les annales de l’histoires.


La commune de Candes elle-même changera de nom pour devenir officiellement « Candes-Saint-Martin » en 1949.

 

Voyons l’église plus en détail :

 

Elle est construite au XIIe siècle dans le style « gothique Plantagenêt »…c’est l’époque où les rois Plantagenêt d’Angleterre vivaient en Touraine (je n’en parlerai pas aujourd’hui car nous y viendrons très bientôt).

 

Nous sommes encore loin du style gothique qui devient flamboyant au XVe siècle. Ici, c’est un style encore très pur dans ses lignes et sobre dans ses décorations. Les voûtes se brisent déjà et s’élancent davantage que dans le style roman.

 

Ici la nef, composée de trois vaisseaux de dimensions identiques, donc de même hauteur (ce qui est très rare) y gagne une clarté et une légèreté étonnantes, ainsi qu’une impression incroyable de grandeur et de hauteur.


Les chapiteaux d’angles sont décorés de frises de personnages vêtus comme au XIIe siècle et…peints ! Je le souligne car il est exceptionnel de voir encore des sculptures polychromes dans nos églises aujourd’hui et nous oublions bien souvent, ou ne savons tout simplement pas, que les églises et cathédrales étaient autrefois peintes. Imaginez ces porches de cathédrales richement sculptés et…polychromes ! (Certaines illuminations de villes recréent aujourd’hui sur les cathédrales les couleurs de leurs façades et porches. C’est surprenant, on n’est pas habitué).

 


Imaginez donc aussi ce porche de l’église de Candes polychrome…et les statues… avec des têtes bien sûr ! Mais là, ce n’est malheureusement pas rare, la plupart des statues ont été décapitées pendant la révolution française. On décapitait autant les rois, reines et nobles que les Saints…même en statues ! Surtout si le curé de la paroisse refusait de célébrer le culte de la « déesse raison », seul culte reconnu par les révolutionnaires, qui s’inspirait des idéaux des libres-penseurs comme Voltaire ou Rousseau et qui nous lègue ces trois mots : liberté, égalité, fraternité.

 


Les clercs de Candes n’ont pas pu garder le corps de Martin, subtilisé par les Tourangeaux (revoir article 18), mais ils ont gagné là une magnifique église en vérité.

 

Avant de quitter Candes, sortons du village vers Saumur en suivant la Loire pour nous trouver au pied du château de Montsoreau, qui avait autrefois les pieds dans l’eau. Il a inspiré Alexandre Dumas dans son roman « la Dame de Montsoreau ». Le voici :

 


La prochaine fois, nous suivrons la dépouille mortelle de Martin jusqu’à Tours et verrons la basilique qui abrite toujours son tombeau.


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