On se demande parfois à qui s’adresse le culte de Fontevraud !… Abbesses de la haute noblesse, auriez-vous des
appartements dignes de la Cour dans l’abbaye ? Regardez donc cette image à 360° ci-dessous…En zoomant, vous pourriez presque rentrer dans la salle capitulaire, que nous allons retrouver
tout de suite. Regardez au-dessus de cette salle (droit devant vous) la lucarne renaissance richement sculptée… donnant sur l'appartement de l'abbesse. Un
peu incongrue dans une abbaye, vous ne trouvez pas ? Et une cheminée ! Pour le seul
appartement chauffé de l’abbaye : celui de l’abbesse bien sûr !… les nonnes n’ont le droit d’avoir chaud que dans une salle commune, le « chauffoir ».
Ah ! La « pauvreté » de la règle bénédictine ! Comme elle est respectée !...
(N’hésitez surtout pas à vous promener sur cette image, tournez, avancez,
reculez…et mettez-la en plein écran)
Abbaye of Fontevraud - Balcony in
France
Parlant de « pauvreté » et de simplicité, rentrons une dernière fois dans cette salle capitulaire et
regardons les fresques de Thomas Pot (peintes en 1563) dont elle est couverte…Là encore… modestie oblige ! Les abbesses se sont faites représenter ou
rajouter chacune en leur temps sur les différentes scènes religieuses, toutes issues des familles de Bourbon et de Rochechouart.
Les peintures représentent les étapes de la passion du Christ : la cène avec
le lavement des pieds, la trahison de Judas, la flagellation, le couronnement d’épines, la mort sur la croix, la mise au tombeau, la résurrection, l’ascension, la Pentecôte et la Dormition de la
Vierge.
lavement de pieds
le baiser de
Judas
des rajouts sont faits parfois sur les peintures, comme ici,
au moment des guerres de religions :
regardez ce personnage au manteau bleu, visiblement rajouté,
regardant Judas embrasser Jésus... Comme il ressemble à Sully !
le futur ministre d'Henri IV, chef des protestants avant de se
convertir.
Curieusement, l'abbesse représentée à
gauche de cette même scène
est probablement Louise de Bourbon, farouche opposante aux
protestants...
peinte par Thomas Pot en même temps que la fresque ; elle s'intègre parfaitement dans le
décor.
Par contre, celle de droite
est visiblement rajoutée avec son prie-Dieu luxueux.
Elle cache un personnage dont on ne voit plus que le pied qui
dépasse.
la
crucifixion
la mise au
tombeau
la résurrection
La plupart des abbesses sont issues des familles de Bourbon (famille royale)
et de Rochechouart.
Eléonore de Bourbon
Jeanne-Baptiste de Bourbon
Les Rochechouart ? Non, ce n’est plus la famille royale… enfin presque !
On rentre maintenant dans le cercle de la favorite de Louis XIV…

- Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, dite la « Reine des
abbesses » car considérée comme une abbesse modèle, est la sœur de Madame de Montespan (favorite de Louis XIV)
- Louise-Françoise de Rochechouart
- la toute dernière abbesse sera Julie-Gillette de Pardaillan
d’Antin, arrière-arrière-petite-fille de Madame de Montespan et arrière-arrière-petite-nièce de la Reine des abbesses. Elle sera la dernière à quitter l'abbaye, le 25 septembre 1792,
chassée par les révolutionnaires, déguisée en paysanne. Puis l’abbaye sera pillée, ravagée, partiellement incendiée.
Hormis ses abbesses, Fontevraud recevra aussi des pensionnaires de marque, parmi lesquelles les quatre filles cadettes
de Louis XV, qui sont elles aussi rajoutées sur les fresques de Thomas Pot.
robe de cour pour la petite
demoiselle
Pour faire l'économie de leur entretien à la cour et certainement aussi pour ne pas laisser trop d'influence à la reine
(Maria Leszczinska) qu'une large descendance aurait pu conforter, les quatre dernières filles de Louis XV : Madame Victoire, Madame Sophie, Madame Thérèse et
Madame Louise sont élevées loin de la cour, à Fontevraud de 1738 à 1750, où elles passent
leurs jeunes années avant de revenir à Versailles.
Madame Thérèse ne reverra pas Versailles, elle meurt à Fontevraud et Madame Louise reviendra très marquée par la vie
monacale qu'elle retrouvera plus tard au Carmel de Saint-Denis.
Le roi conserve à ses côté les aînées, auxquelles il s'est attaché, et dont l'éloignement aurait été trop douloureux,
ce qui ne les empêchera pas de soutenir aux côtés du Dauphin un long combat contre les maîtresses successives de leur père, en particulier Madame de Pompadour, qu'elles appellent entre elles
"Maman putain".
Vous l’aurez compris, Fontevraud devient une abbaye royale dans tous les sens du terme, de par son statut (n'a de
compte à rendre qu’au roi de France pour le temporel)… et de par ses abbesses et pensionnaires ! Que dirait Robert d’Arbrissel de voir ainsi toute une vie de cour s’y
installer ?
Pauvre Robert ! Lui qui voulait la boue comme sépulture, que fait-il donc là entouré de ces nobles abbesses et
pensionnaires royales ? En plein milieu de l'église abbatiale... que nous verrons très bientôt...
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