Partager l'article ! 48 - Naissance de l'Ordre du Temple: ...

Quand nous avons parlé des Plantagenêt, nous sommes partis en croisades à plusieurs reprises : avec Aliénor d’Aquitaine et Louis VII, puis avec Richard Cœur de Lion, sans oublier la « croisade des enfants » (voir articles 32 – 36 – 37). Revenons un peu sur ce thème …
Nous avons vu qu’un pèlerinage en Terre Sainte n’était pas une promenade de santé… loin de là ! Il durait plusieurs années et les pèlerins devaient parcourir près de douze mille kilomètres aller-retour à pied et prendre des bateaux pas toujours très sûrs pour traverser la mer Méditerranée. Ils étaient ensuite débarqués à Saint-Jean-d’Acre et devaient se rendre également à pied sur les lieux saints. Les convois partaient deux fois par an, au printemps et en automne.
Mais les pèlerins chrétiens en route vers Jérusalem sont régulièrement victimes d’exactions voire d’assassinats. Entre les brigands locaux et les croisés aux buts peu louables, les pèlerinages deviennent parfois tragiques, beaucoup de pèlerins n’en reviennent pas ou n’arrivent même pas jusqu’en Terre Sainte tellement les dangers sont nombreux.
Tout cela amène le pape Urbain II à prêcher la première croisade, nous sommes en 1095.
le pape Urbain II prêchant la 1ère croisade
Il demande au peuple chrétien d’Occident de prendre les armes afin de venir en aide aux chrétiens d’Orient. Cette croisade a comme cri de ralliement « Dieu le veut !» et tous ceux qui y prennent part sont marqués par le signe de la croix, devenant ainsi les « croisés ». Cette action aboutit en 1099 à la prise de Jérusalem par les troupes chrétiennes de Godefroy de Bouillon.
Godefroy de Bouillon
Godefroy de Bouillon est désigné « Roi de Jérusalem » par ses pairs, titre qu’il refuse, préférant celui « d’Avoué du Saint Sépulcre », car il ne voulait pas porter une couronne d’or là où le Christ avait porté une couronne d’épines
Godefroy de Bouillon, "Avoué du Saint-Sépulcre"
(son frère et successeur, Baudouin 1er, par contre, refusera de se contenter de ce titre et s’intitulera « Roi de Jérusalem »). Il va très vite organiser la protection des biens du Saint-Sépulcre ainsi que de la communauté des chanoines en créant une institution constituée de chevaliers, appelés « chevaliers du Saint-Sépulcre ».
Une autre institution est créée, « l’ordre de l’Hôpital », chargée d’abord de défendre les pèlerins malades dans les hôpitaux, puis qui devient militaire pour combattre les sarrasins.
les Hospitaliers
Quand par la suite cet ordre est chargé de s’occuper des pèlerins venant d’Occident, naît alors l’idée de créer une « milice du Christ » qui ne s’occuperait que de la protection de la communauté de chanoines du Saint-Sépulcre et des pèlerins sur les chemins de la Terre Sainte, milice avec donc une fonction purement militaire de protection des pèlerins.
Le Roi Beaudouin II octroie aux « Pauvres Chevaliers du Christ » (c’est ainsi qu’on les nomme) une partie de son palais de Jérusalem, à l’emplacement du « Temple de Salomon », qui donne par la suite le nom de « Templiers » ou de « Chevaliers du Temple ». C’est ainsi que prend naissance « l’ordre du Temple ».
Baudouin II donne une partie de son palais, le Temple de Salomon
Il est créé en 1119 par Hugues de Payns qui en devient le premier « Maître ».
Celui-ci, pour étendre la notoriété de la milice au-delà de la Terre Sainte, accompagné de cinq autres
chevaliers, embarque pour l’Occident afin de porter un message au pape et à Bernard de Clairvaux, personnage très influent de l’Eglise.
Ce voyage a trois objectifs :
- faire reconnaître la milice par l’Eglise et lui donner une règle
- donner une légitimité aux actions de la milice, puisque la dénomination de « moine-chevalier » pouvait être en contradiction avec les règles de l’Eglise et de la société en général
- recruter de nouveaux chevaliers et obtenir des dons qui feraient vivre la milice en Terre Sainte.
Une tournée en Occident s’organise. Elle commence par l’Anjou, passe ensuite par le Poitou, la Normandie, l’Angleterre, la Flandre et la Champagne. Ils reçoivent de nombreux dons… L’ordre commence à tisser sa toile !
Quant à l’Eglise, elle justifie la possibilité de concilier « guerre et prière » de la manière suivante :
« Faire la guerre pour des motifs matériels est illicite, mais la faire pour la gloire du Christ devient licite. Saint Bernard les considère comme la « milice du Christ »… »
C’est au concile de Troyes, en 1128, à la demande de Bernard de Clairvaux (Saint Bernard) que l’ordre est véritablement créé avec sa règle qui en régit le fonctionnement. Et ce n’est qu’en 1147 que le pape octroie la croix pattée rouge aux Templiers.
Auparavant, ils étaient seulement vêtus d’un manteau blanc.
Cette croix est cousue sur l’épaule gauche de leur vêtement.
Il y aura toujours une rivalité féroce entre ce nouvel ordre du Temple et l’ordre de l’Hôpital, d’autant plus forte que les Templiers sauront mieux tirer leur épingle du jeu que les Hospitaliers, ils deviendront de solides hommes d’affaires…
et immensément riches !
Templier et Hospitalier
A partir de ce moment là, tous les pèlerins, riches et pauvres, ont droit à la protection des Templiers. Ces derniers vont aussi participer aux croisades, pèlerinages armés, pour effectuer la garde rapprochée des souverains d’Occident :
- ils vont ainsi prêter main forte (en 1147) à l’armée du Roi Louis VII
(accompagné d’Aliénor d’Aquitaine) attaquée dans les montagnes d’Asie Mineure durant la deuxième croisade
- lors de la troisième croisade (1189-1192) les Templiers et les Hospitaliers assurent respectivement l’avant-garde et l’arrière-garde de Richard Cœur de Lion
- lors de la cinquième croisade la participation des ordres militaires, et donc des Templiers, sera décisive dans la protection des armées royales de Louis IX (Saint-Louis).
Seule force militaire bien organisée avec une véritable unité de commandement et une discipline stricte, ces moines soldats encadrent donc des troupes féodales souvent désordonnées qui formaient les armées des croisades : placés en avant-garde de toutes les attaques, en arrière-garde de toutes les retraites, gênés par l’incompétence ou les rivalités des princes commandant ces armées d’aventure, ils perdront en deux siècles plus de 20 000 des leurs sur les champs de bataille !
Les « pauvres Chevaliers du Temple », nous le verrons la prochaine fois, sauront s’organiser efficacement et deviendrons… immensément riches !
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