Partager l'article ! 40 - Robert d'Arbrissel, fondateur de Fontevraud: ...

Comme promis, je vous emmène visiter cette superbe et intéressante abbaye de Fontevraud que j’ai mentionnée plusieurs fois dans les articles précédents.

Situons-la d’abord : à quelques kilomètres de Saumur en Anjou (aujourd’hui Maine et Loire), elle est tout près du confluent de la Loire et de la Vienne, près de Candes-Saint-Martin aussi (voir article 23). En s’éloignant de la Loire, elle est située dans un vallon entouré de forêts, autrefois lieu inculte et aride. La vie y était possible toutefois grâce à une source (« fons »).
Dans ce vallon vivait paraît-il un brigand terrible nommé « Evrault » ou « Ebraldi », qui avait fait élever une tour qui lui servait de retraite. Chaque soir, quand la nuit venait, il allumait un feu au sommet pour attirer les voyageurs égarés, les tuer et les dépouiller.
La fontaine d'Evrault :« Fons Ebraldi » ou « Fons Evrault » donnera le nom de ce site : « Fontevraud ».
C’est ici qu’un certain Robert d’Arbrissel va fonder une abbaye. Mais qui est-il,
ce fondateur ? Un simple moine, me direz-vous ! Oui ! Mais qui pose quelques problèmes de conscience, au point qu’il n’a jamais été canonisé.
voyez l'imagination des peintres !
il porte ici une auréole alors qu'il n'a jamais été canonisé
Regardons un peu sa vie pour comprendre les questions qu’il soulève…
Robert est né vers 1045 à Arbrissel (diocèse de Rennes). Son père était le curé du village (ça commence bien !). Contrairement à maintenant, il était très normal et courant à l’époque que les prêtres se marient (il faudrait peut-être le dire au pape !). Si les moines sont alors tenus par leur vœu de chasteté, l’Eglise n’a guère cherché à imposer à ses prêtres de vivre dans le célibat, si bien qu’on était curé de père en fils…
Après des études médiocres, Robert prend donc naturellement la succession de son père comme curé de la paroisse.
Jusque là, rien que de « normal » en somme. Mais voilà que l’évêque de son diocèse de Rennes, Sylvestre de la Guerche, bien qu’ancien soudard, se prend d’avoir des idées très strictes : il dénonce la « simonie », c'est-à-dire le trafic des charges ecclésiastiques (être curé de père en fils) et le « nicolaïsme », qui est le manquement des clercs à la chasteté… et demande à Robert de l’aider et de prêcher dans ce sens.
Robert d’Arbrissel va donc le soutenir dans cet effort de moralisation du clergé breton. Mais imaginez ce curé dont le père était marié, peut-être l’est-il lui-même... en tout cas il a très certainement connu des femmes, il apprend tout à coup (enfin on lui dit) que tout ça est très mal et il se découvre coupable de ces deux maux qu’il doit combattre maintenant : le mariage des prêtres et leur manquement à la chasteté ! Il en résulte pour lui un sentiment de culpabilité pour une faute jusqu’alors insoupçonnée… d’autant plus vif car tardif ; il a plus de 30 ans et les habitudes… sont ce qu’elles sont!
Le conflit intérieur qui s’installe en lui doit être bien grand et douloureux. Il a l’âme fêlée ! Converti à la morale nouvelle, il veut sortir les autres de la boue où il croit maintenant s’être vautré et se châtier lui-même, châtier cette chair qu’on vient de lui apprendre à haïr. Il a bien sûr des détracteurs (en particulier le nouvel évêque de Rennes, Marbode) mais le pape Urbain II le soutient et lui confie officiellement une mission de prédication (en 1096).
Il part donc au « désert », en forêt de Craon, à la limite de la
Bretagne et de l’Anjou, mener la vie ascétique de l’ermite pour prêcher, affronter la tentation et s’obliger à la combattre. Je m’explique : en fait, il n’est pas seul.
Dans les forêts de l’Ouest de la France, en cette fin du XIe siècle, les ermites se bousculent et « jamais désert ne fut si peuplé », d’autant qu’ils sont suivis par toute une foule.
Le talent de prédicateur de Robert attire à lui une troupe de pénitents des deux sexes… « Hommes et femmes vont pêle-mêle et pêle-mêle s’étendent, la nuit, au milieu des bois ».
Dans un accoutrement digne des hippies de notre temps Robert d’Arbrissel mène une vie de parfaite chasteté au milieu de cette foule, partageant même la couche des femmes pour mieux résister à la tentation.
« Il mate sa chair par les privations et les sévices », des sévices qui peuvent aller loin en cet âge féodal : deux de ses compagnons se livrent à des gestes insensés qui éclairent le sien. Pour prouver à des femmes qui veulent les séduire tout l’empire qu’ils ont sur leurs sens, l’un se brûle le bras avec un tison, l’autre se couche sur un lit de braise et invite sa séductrice à l’y rejoindre. C’est l’épreuve du feu. Mais Robert est plus fou que les autres ; ce n’est pas au feu, substitut de la chair, qu’il s’affronte, mais à la femme elle-même, corps à corps. Son péché est d’orgueil : se croire plus fort que le désir qui le hante.
Tout cela ne démontre pas un comportement très sain. C’est là que le bât blesse pour plus tard une éventuelle canonisation. Deux théories s’affrontent : certains voient en Robert d’Arbrissel un ancêtre du féminisme, d’autres un idéaliste extrémiste, considérant la femme comme cause du mal… le diable quoi ! C’est pour cela qu’il l’affronte comme le pire des supplices… mais de manières assez variées : trop doux avec les unes, il ne dédaigne pas de partager leur couche, trop dur avec les autres, il les expose à la faim, la soif, la nudité.
Ces comportements commencent à faire jaser et le nouvel évêque de Rennes, Marbode, lui adresse une lettre où il lui reproche de troubler l’ordre moral et social. Pour mieux contrôler ce prédicateur itinérant d’un genre nouveau on l’oblige alors à se poser dans un endroit suffisamment reculé (quand même!) et c’est ainsi que Robert fixe sa troupe dans ce vallon de Fontevraud, où il va fonder une impressionnante abbaye.
C’est ce que nous verrons la prochaine fois, mais aussi qui sont ces femmes qu’il attire tant et pourquoi son choix d’une abbesse à la tête de l’abbaye…
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On peut pas dire que ce prêtre prêchait pas excès de prudence. Comme on dit "l'esprit est fort mais la chair est faible". Surprenante histoire encore une fois si bien racontée.
Dis donc, est-ce normal que je n'entende pas la musique même si j'ai appuyé pour faire jouer le mini-lecteur?
Je t'embrasse
Bizarre que tu ne puisses pas avoir la musique. je ne sais pas ce qui se passe. Quand à notre Robert, il m'a donné du fil à retordre, celui-là ! Heureusement que je me documenye toujours avant de ma lancer, car là, j'avais tout faux à son sujet. Je le voyais, comme beaucoup, comme un gentil hippy du moyen age ayant réhabilité la femme et je me suis rendue compte que c'était loin d'être le cas. Mais t'inquiète... y en a une qui se vengera... au prochain épisode.
bisous Denis
dire que je croyais ce curé féministe... je le retrouve sulfureux.
La formule des deux modes de lecture me va bien : pressé de lire une première fois le nouvel article je le fais en lecture simple puis plus tard je le relis tranquillement dans le mode livre plus plaisant.
Merci encore,
Henri-Pierre
Alors bonne continuation de lecture pour les prochains articles
capucine