
Martin a maintenant 81 ans. Il est fatigué et mériterait bien un peu de repos. Et pourtant, dès qu’on l’appelle, il est partant.
C’est ainsi qu’un jour froid du début de novembre il part à Candes* pour apaiser une querelle entre les clercs de cette paroisse. C’est loin, aux confins de la Touraine, à la limite de l’Anjou.
(15) Il parvient à les réconcilier, mais ses forces l’abandonnent et il tombe malade pour finalement mourir dans la nuit du 8 au 9 novembre 397.
Il est curieux de penser que sa mort provoquera une autre dispute, non plus entre les clercs de Candes, mais avec les Poitevins et les Tourangeaux. C’est Grégoire de Tours* qui nous raconte cet épisode rocambolesque :
(16) En effet, dès l’annonce de la maladie de Martin (les nouvelles vont déjà vite), nombreux sont ses disciples de Poitiers et de Tours qui viennent le veiller jour et nuit !
Dès qu’il meurt, tous se divisent et se surveillent mutuellement. Les clercs de Candes veulent conserver le corps de Martin, les Tourangeaux et les Poitevins veulent l’emporter, les uns à Tours, les autres à Poitiers.
Les Poitevins disent :
« C’est notre moine, il a été abbé chez nous. Nous réclamons ce que nous vous avons prêté. Vous l’avez eu évêque…C’est assez pour vous ! Laissez-nous au moins emporter sa dépouille. »
Les Tourangeaux répondent :
Mais surtout, chacun connaît la popularité de Martin et se doute que l’endroit où il reposera pourrait bien attirer du monde, voire devenir un lieu de pèlerinage. Pas bêtes tout de même !
Pauvre Martin ! Lui qui voulait la paix ! Le voilà objet d’une dispute qui va durer jusqu’à la nuit.
La nuit venue, sa dépouille est gardée par les deux partis opposés et la porte de la chambre où il repose est fermée à clef, pour plus de sécurité.
Epuisés par ces palabres, tous finissent par s’endormir.
TOUS ? NON !
Les Tourangeaux résistent. Ils vont profiter du sommeil des autres pour l’enlever (ce ne sera jamais que la 2ème fois ! rappelez-vous comment ils l’avaient déjà enlevé pour qu’il devienne leur évêque).
(17) La porte est fermée ? Qu’à cela ne tienne, on va le passer par la fenêtre !
(18) La Loire est toute proche, le corps de Martin déposé dans une barque…Il ne reste plus qu’à remonter le fleuve jusqu’à Tours.
C’est alors qu’aurait eu lieu le dernier miracle de Martin :
Bien qu’au mois de novembre, au passage du corps, les rives ont reverdi, des bourgeons sont apparus sur les arbres, les oiseaux se sont mis à chanter (les Tourangeaux aussi… de joie et à pleine voix !)
Depuis ce jour, on fête chaque année dans toute l’Europe « l’été de la Saint-Martin ».
(19) Rusés Tourangeaux, heureux de pouvoir enterrer leur évêque dans leur ville. Comme prévu, la possession du corps du Saint fera la fortune de Tours.
A Candes, une église magnifique sera construite à l’endroit même où Martin s’est éteint, mais à Tours, sur son tombeau s’élèvera une basilique qui deviendra un haut-lieu de pèlerinage, comme nous le verrons la prochaine fois.




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