voyage culturel

Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /Déc /2009 11:41
banniere-foulques.jpg


A la mort de Charlemagne, après le partage de l’Empire, le pouvoir impérial s’affaiblit et les grands vassaux prennent de plus en plus d’importance dans leurs fiefs, qu’ils ont d’ailleurs tendance à s’approprier.

C’est le cas dans notre région du Val de Loire, où règnent deux lignées de Comtes, forts et indépendants, et tout aussi turbulents et batailleurs : les Comtes de Blois et les Comtes d’Anjou.

 

Ces deux maisons n’ont de cesse de combattre l’une contre l’autre, en particulier pour s’approprier la ville de Tours, cœur du conflit car très riche (grâce au pèlerinage de Saint-Martin).

 

La maison de Blois est une succession de « Thibault » et de « Eudes ». Le fondateur est Thibault dit « le tricheur », ce qui donnera le nom d’une ville de son fief : « Montrichard ».

 

La maison d’Anjou a une lignée de "Foulques" et de "Geoffroy".

 

En 940, Thibault le Tricheur happe le comté de Tours, de Chartres et de Blois. Il possède aussi les places fortes de Chinon, Montaigu, Vierzon, Sancerre et Saumur. Il a donc un Comté très large.

 

carte Anjou-Blois

 

Son fils, Eudes 1er, aura moins de chance car il se retrouve face au nouveau comte d’Anjou, Foulques III Nerra, qui essaie de s’infiltrer dans ses terres, alléché surtout par la ville de Tours. Une lutte haineuse va désormais s’installer entre les deux Comtes.

 

Foulques

  foulques-nerra


Foulques, dit Nerra, le faucon noir, Comte d’Anjou, est redoutable. Il n’a que 20 ans quand il succède à son père et est déjà dévoré d’ambitions. Il doit son nom à son teint foncé, ce qui ne l’empêche pas d’être aussi noir dans l’âme. Personnage d’un naturel violent et d’une énergie peu commune, il est, paraît-il, « un des batailleurs les plus agités du Moyen Age », et on lui doit des batailles des plus sanglantes, la pire de toutes étant celle de Pontlevoy.

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            La bataille de Pontlevoy est considérée comme la plus sanglante de tout le Moyen Age

 

Il se montre souvent cruel. Assassin de ses prisonniers, incendiaire de fermes et de couvents, auteur de supplices atroces, on l’accuse, entre autres, d’avoir commandité l’incendie de la ville d’Angers, survenu quelques jours après avoir fait brûler vive son épouse qu’il avait accusée d’adultère. Poursuivi par la haine publique et par sa propre conscience, il a l’impression que ses nombreuses victimes sortent la nuit de leurs tombeaux pour troubler son sommeil et lui reprocher sa barbarie.

 

Mais ses remords sont à la hauteur de ses crimes :

Quand la coupe est trop pleine, il fait construire des abbayes pour expier ses péchés. Ce sera le cas de l’abbaye de Beaulieu-lès-Loches.

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800px-Eglise-abbatiale-beaulieu

Comme il est généreux pour le clergé, celui-ci lui est soumis. Que d'abbayes, d'églises, de prieurés, de monastères ne doit-on pas à cet homme aussi extrême dans sa piété que dans sa violence ! Si le remord est trop grand, il part pour la Terre Sainte en pèlerinage… Il ira trois fois !

 

Juste une parenthèse pour dire que nombreux seront les croisés qui iront en Terre Sainte pour expier leurs crimes. C’est tellement commode ! Un crime, suivi d’une croisade pour se faire pardonner… et la conscience est en paix. On n’a plus qu’à recommencer…!  Je n’exagère même pas.

 

Foulques Nerra devient un grand bâtisseur d’abbayes (maintenant vous savez pourquoi) mais aussi de châteaux et donjons, dont il couvrira la Touraine pour prendre la ville de Tours. Y parviendra-t-il ? C’est ce que nous verrons très bientôt.
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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 18:00

Martin a quitté la légion romaine et consacre maintenant sa vie à Dieu. Sa rencontre avec l’évêque Maximin, originaire de Poitiers, l’amène en Poitou où il s’installe.

 


 

Il rencontre Hilaire, l’évêque de Poitiers, dont il devient le disciple. Celui-ci voudrait lui donner la charge de diacre mais Martin refuse par modestie. Il préfère devenir exorciste.


(5) C’est le Martin exorciste que l’on voit sur cette image et sa lutte contre le diable, qui essaie de le faire tomber – symbolisée ici par l’escalier – en même temps, un ange le retient.

 

Par la suite,  il fonde avec l’aide d’Hilaire le 1er monastère de la Gaule (en 360) à Ligugé (à 8 km au Sud de Poitiers).


 

 

 

 



Ses frères moines et lui logent dans de petites cabanes en bois. Ils n’ont pas connu ces bâtiments imposants que l’on peut voir aujourd’hui. Ils ne restent pas non plus prier au monastère, mais sont très itinérants.

 

Ils vont de village en village, soigner les malades, instruire les enfants. Ils ont plus une vie de missionnaires que de moines et Martin acquiert une réputation de thaumaturge qui s’étend dans toute la région. On vient le chercher de partout pour les cas les plus désespérés et on lui octroie même plusieurs miracles, voire quelques résurrections.

 

Pour la petite histoire, s’il n’a toutefois jamais changé l’eau en vin, on peut lui accorder la taille de la vigne… Enfin, à son âne plutôt ! 

Martin se déplace souvent à dos d’âne. Un jour qu’il rend visite à une petite communauté de moines, il laisse celui-ci trop près des vignes, à la grande joie de l’âne qui se régale. Les moines, bien sûr, sont furieux en découvrant leurs vignes ainsi rognées, mais l’année suivante, ils ont la surprise de constater que les ceps broutés par l’âne ont donné des grappes plus belles que d’ordinaire. C’est en forgeant que l’on devient forgeron, c’est en broutant…que l’on devient vigneron ! L’âne leur a ainsi enseigné qu’il fallait tailler la vigne.

 

Heureux et reconnaissants, les moines baptisèrent leur âne « Martin » et depuis ce temps-là,

« il n’y a pas qu’un âne à la foire qui s’appelle Martin ! »

 

On l’a compris, Martin devient très populaire et quand son ami Hilaire (l’évêque de Poitiers) meurt, les Poitevins lui offrent sa succession…Qu’il refuse ! Ce n’est pas son truc ! Il reste à Ligugé.

 

Mais comment le moine exorciste de Ligugé deviendra-t-il évêque de Tours ? Eh bien ! c’est ce que nous verrons la prochaine fois…

 




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Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /Sep /2009 14:06

On ne choisit pas sa vie !

Légionnaire de père en fils : telle est la destinée de Martin !

Et pourtant… A l’âge de 10 ans, il découvre la religion chrétienne en Italie, où était la famille à l’époque. Il devient même catéchumène en cachette de ses parents (les catéchumènes peuvent écouter l’office, mais sans rentrer dans l’église ; un porche est spécialement prévu pour eux, à l’extérieur).

 

Comme prévu, à 15 ans, il est enrôlé dans la légion, contre son gré. Il est envoyé à Amiens où il est « circuitor », c'est-à-dire chargé de faire des rondes de nuit.

 


















C’est ainsi qu’un soir d’hiver particulièrement rigoureux, il fait sa ronde habituelle avec ses compagnons d’armes et rencontre nombre de miséreux aux portes de la ville, dont un à moitié nu. Comme il avait déjà donné à d’autres tout l’argent qu’il possédait, il coupe sa chlamyde (cape) en deux avec son épée pour en vêtir le pauvre homme (1) sous le regard amusé, voire moqueur, de ses compagnons (2).

 

S’il ne donne pas l’autre moitié, n’allez pas croire qu’il pensait un tout petit peu à lui, ce qui serait la  moindre des choses, non, c’est tout simplement qu’une moitié appartient à l’armée. Chaque légionnaire touche un « paquetage » représentant 50% de son habillement. Il ne peut donc donner, symboliquement, que la moitié dont il est propriétaire.

 



 La nuit suivante, il voit apparaître en songe le christ revêtu de la moitié du manteau (3). On le voit sur son lit encore vêtu en légionnaire.

Bouleversé, il décide de se faire baptiser. (4) Il se voit maintenant habillé en moine, les pieds nus, pour montrer l’humilité de la condition des moines.

 

Mais Martin reste encore deux ans légionnaire. Au début des invasions barbares, il demande son congé à l’armée, car il ne veut pas faire la guerre et tuer, mais… Ne quitte pas la légion qui veut !

L’empereur l’accuse d’avoir peur, ce à quoi Martin répond :

 

« Demain, je me tiendrai debout et sans armes, en face de nos ennemis ; je marcherai au milieu de leur armée, protégé uniquement par la croix. »

 

Chose promise, chose due ! Il le fait… et les ennemis se rendent ! Stupéfait, l’Empereur l’autorise à quitter la légion.

 

Désormais, Martin se met au service de Dieu. Il part à Trèves où il se lie d’amitié avec l’évêque Maximin, originaire de Poitiers. Il l’accompagne dans ses voyages et arrive ainsi à Poitiers.

 

Fini le légionnaire ! Voici l’homme de Dieu ! Nous verrons la prochaine fois sa vie en Poitou, puis en Touraine.

 

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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /Août /2009 15:20

Après avoir fait le tour de la cathédrale, arrêtons-nous pour finir devant deux vitraux du XIIIe siècle, dans la partie basse du chœur.

Ils sont non seulement très beaux, mais vont nous permettre aussi de retracer la vie de Saint-Martin.



 Il faut savoir qu’un vitrail n’est pas qu’une magnifique verrière colorée, c’est aussi une véritable bible pour le petit peuple souvent illettré, j’oserai même dire une sorte de bande dessinée avant l’heure, retraçant l’histoire et la vie des Saints en image.

 

Il faut savoir aussi qu’un vitrail se lit de bas en haut et de gauche à droite. Pour faciliter les choses, j’ai numéroté les images des deux vitraux sur Saint-Martin et ils nous suivront au fil de sa vie.

En bref ! Nous allons suivre son histoire comme le petit peuple autrefois…

 

 


 

Martin sera très important pour la ville de Tours, mais aussi pour bon nombre de villages en France ; c’est lui qui christianisera les villes et villages de campagne. En conséquence, plus de 400 villages portent son nom et plus de 3600 églises l’ont choisi comme Saint-Patron. Sa réputation dépasse même la France. Il est connu à travers toute l’Europe.

 

Voyons d’abord ses origines et le contexte de son époque.

 

Martin est né en 316 en Panonie (Nord-Ouest de la Hongrie actuelle), pays appartenant comme tant d’autres à l’Empire Romain.


Nous sommes à l’époque romaine, époque où le christianisme n’en est encore qu’à ses balbutiements et les chrétiens sont encore persécutés.





Martin naît dans une famille païenne qui idolâtre les dieux romains. Son prénom, « Martinus », signifie d’ailleurs « petit Mars », dieu de la guerre.

Ce choix n’est pas étonnant si l’on sait que son père est tribun dans l’armée romaine, autrement dit commandant de légion.

Son prénom « petit Mars » est un honneur dans les familles d’officiers, mais peu répandu. Rappelons qu’aujourd’hui, grâce à lui, c’est le nom de famille le plus répandu en France (non, non, ce n’est pas Dupond, ni Dupont, ni Durand, mais bien Martin).

« Petit Mars », père officier romain et idolâtre…Nous voyons bien que rien ne le prédispose à ce qu’il fera de sa vie : moine, évêque, évangélisateur des campagnes. Bien au contraire : son père étant légionnaire, il va de soi que le petit Martin sera légionnaire aussi. Un édit impérial ordonne même l’enrôlement des fils de vétérans. On n’a pas le choix de sa vie !

 

Nous verrons la prochaine fois ce qui occasionnera dans la vie de Martin un virage aussi radical.

 

 

 

 

     


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Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /Août /2009 18:07

Il est difficile de visiter Tours et la cathédrale Saint-Gatien sans parler d’une famille tourangelle importante de l’époque : les Beaune de Semblançay. Retenons surtout deux frères : Jacques et Martin.

 

Martin, le cadet, est archevêque de Tours de 1519 à 1527. C’est lui qui offre à la cathédrale le somptueux orgue renaissance que nous pouvons toujours admirer aujourd’hui, probablement en 1521.
                                                                                                       







C’est un an plus tard (en 1522) que débuteront les ennuis de son aîné,
Jacques Beaune baron de Semblançay.

 

Jacques est de loin le plus connu, le plus puissant aussi.

Au service des finances de plusieurs rois successifs : Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François 1er, il suscite de bonne heure la jalousie de ses contemporains car il est à la tête d’une fortune considérable. Il possède plusieurs châteaux en Touraine, dont :

                                                                                                

 
le « château de la Carte » à Ballan-Miré                        le château de Semblançay

                                                                                                      dont il est baron



et un magnifique hôtel particulier renaissance à Tours, dont il ne reste que des ruines.

 

On le trouve en empruntant un passage au n°28 de la rue Nationale. C’était l’hôtel particulier de l’époque renaissance le plus important de la ville et de nombreux rois y ont séjourné lors de leur passage à Tours. Il a été détruit par des bombardements en 1940 et ne subsistent aujourd’hui que la façade décorée de pilastres et la fontaine du XVIe siècle, sculptée en marbre blanc par l’atelier de Michel Colombe (le même atelier à qui l’on doit le tombeau d’enfants ).



Sous le règne de François 1er, Jacques Beaune de Semblançay devient surintendant des finances. Parmi ses attributions, il est chargé de rétribuer les troupes du roi.

 

Hors, son irrésistible ascension va prendre fin suite à un différent avec la reine mère Louise de Savoie :

 

En 1522, François 1er essuie une défaite en Italie et perd le Milanais car les troupes engagées ne reçoivent pas leur solde et se démobilisent. Le responsable est bien sûr…. le surintendant des finances !

Où est passé l’argent ? Il s’agit quand même de 400 000 écus !

Questionné, Jacques de Beaune avoue avoir remis cette somme à Louise de Savoie, qui l’exigeait pour rembourser une dette qu’elle avait envers la couronne. Comment refuser à la reine mère ?

 

Mais celle-ci, on s’en doute, ne lui pardonnera jamais cette dénonciation et sur son instigation une commission est nommée pour examiner les comptes du surintendant.  "Abondance de biens nuit … !"
Jacques de Beaune est arrêté lors d’un voyage à Paris et conduit à la Bastille. Malgré un procès controversé et un manque de preuves, il est condamné le 9 août 1527 à être pendu au gibet de Montfaucon et le 12 août, après avoir vainement espéré sa grâce vu son âge avancé, il est pendu…à 82 ans !

Son exécution a inspiré le poète Clément Marot, dont je vous livre ici l’épigramme :

Lorsque Maillart, juge d’Enfer, menoit

A Montfaucon Samblançay l’ame rendre,

A votre avis, lequel des deux tenoit

Meilleur maintien ? pour le vous faire entendre,

Maillart sembloit homme qui mort va prendre

   Et Samblançay fut si ferme vieillard

         Que l’on cuydoit, pour vray, qu’il menast pendre

      A Montfaucon le lieutenant Maillart.



Toute la famille va souffrir de disgrâce à la suite de l’exécution du surintendant, et tous leurs biens seront confisqués.

Martin, l’archevêque de Tours, suivra son frère de peu dans le caveau familial. Il est mort, dit-on « d’ennui et de mélancolie » la même année.

 

Après la mort de Louise de Savoie la reine mère, les Beaune de Semblançay seront réhabilités et il apparaît même que le roi devait en fait de fortes sommes d’argent à son surintendant (c’est jamais bon, ça !) , ce qui a probablement contribué à son élimination…

 

La prochaine fois, nous retrouverons le fil de notre histoire que nous avons dû quitter pour retracer les quatre siècles de construction de la cathédrale. Nous le ferons grâce à deux vitraux du XIIIe siècle qui se trouvent dans le chœur et racontent l’histoire de Saint-Martin.

 


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Jeudi 13 août 2009 4 13 /08 /Août /2009 18:13

Nous avons vu la dernière fois les tours Renaissance (XVIe) de la Gatienne. Dans la cathédrale se trouvent également un superbe tombeau et des orgues de la même époque.

 

Une chapelle abrite un magnifique tombeau. Il est composé d’un sarcophage supportant deux gisants (sculptures allongées). Mélange de styles français et italien, digne représentant de la « Renaissance française », le socle est sculpté par l’Italien Jérôme de Fiesole et les gisants par le neveu de Michel Colombe (grand architecte tourangeau) Guillaume Régnault.

Il est en marbre de Carrare, d’un beau blanc laiteux, avec des incrustations de marbre noir sur les manteaux des enfants. La dalle sur laquelle reposent les gisants, les médaillons des petits côtés du sarcophage et les plaques de la base sont aussi en marbre noir. Imaginez également une autre base dans ce même marbre entre le sarcophage et son couvercle, aujourd’hui disparue.
 


                                                                    


Les gisants d’enfants sont accompagnés de deux anges porteurs d’oreillers et de deux autres porteurs d’écus, sur lesquels on peut voir des dauphins et des fleurs de lis.



Il s’agit du tombeau de deux enfants royaux :

            -        Charles Orland, mort à 3 ans,

            -       et son petit frère, Charles aussi, mort à 25 jours.


C’étaient les enfants du roi Charles VIII et de la reine Anne de Bretagne.

Princes héritiers, ils ont dans leur blason les fleurs de lis et les dauphins : la province du Dauphiné est réservée à l'héritier du trône de France, qui porte pour cette raison le titre de « Dauphin ».

Morts en bas-âge (c’était le cas pour de nombreux enfants à l’époque), leur disparition prématurée, puis la mort du roi Charles VIII leur père, feront de la reine Anne une veuve sans héritier et l’obligeront, soit à le rester, soit à épouser le successeur de son époux.


En effet, pour contrôler, et même s’approprier le duché de Bretagne, Louis XI avait eu l’idée de cette alliance entre son fils Charles VIII et la duchesse Anne. Pour être sûr de conserver ce duché, un contrat de mariage très spécial précisait qu’Anne de Bretagne devrait épouser le roi suivant (si elle désirait se remarier) au cas où  Charles mourrait sans héritier…ce qui fut le cas.

A la mort de son époux, elle épousera donc Louis XII et sera ainsi la reine de deux rois. En contrepartie, la Bretagne bénéficie de privilèges particuliers. Certains subsistent encore aujourd’hui, qui se manifestent, par exemple, par la gratuité des autoroutes dans toute
la Bretagne.


Aux angles du sarcophage, sur les écus et la robe des enfants on retrouve les dauphins et les fleurs de lis.

Autour du sarcophage, une corde avec des nœuds : c’est la cordelière des franciscains, symbole de veuvage depuis Anne de Bretagne.

Ce tombeau se trouvait au milieu du chœur de la basilique Saint-Martin de Tours. Il est épargné à la révolution grâce à sa beauté et transporté par la suite dans la cathédrale.

 



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Jeudi 6 août 2009 4 06 /08 /Août /2009 16:51

400 ans d’architecture et de styles différents sont présents dans la « Gatienne » (surnom de la cathédrale de Tours) ; résumons :

            - base et fondations du XIIe

            - choeur du XIIIe

            - nef et transept du XIVe et XVe

            - façade et tours du XVe et XVIe

 




Avant de revenir à l’intérieur, regardons la façade…un riche décor flamboyant, véritable dentelle de pierre, la tapisse toute entière.

Elle est superbement ciselée, car construite dans une pierre calcaire très tendre, le tuffeau, qui nous vient des coteaux en bord de Loire et sera également la pierre des châteaux de la Loire.











Avec une telle décoration de flammes, d’arches élancées, de lignes verticales, hautes, on s’attendrait à voir la façade prolongée par des flèches qui chercheraient à atteindre le ciel…






Mais entre temps le XVIe siècle arrive, avec ses campagnes d’Italie et la découverte d’un nouveau style, qui devient LE STYLE à la mode, je veux parler bien sûr de la renaissance (= re-naissance de l’antiquité). Le style gothique, aussi flamboyant soit-il, devient complètement démodé, et il n’est pas question de poursuivre la construction des tours de la cathédrale avec ces éléments aussi vieillots. Ce ne seront donc pas des flèches, mais des dômes qui seront ajoutés, surmontés de lanternons, avec une décoration toute nouvelle, très influencée par l’Italie.

          

    La Gatienne est d’ailleurs une des premières cathédrales coiffées de dômes et non de flèches.





La décoration change aussi beaucoup. Finies les lignes élancées, les arcs brisés, voilà maintenant des arcades en anses de paniers, des niches contenant des statues, des colonnes aplaties ou pilastres et des médaillons, qui se mélangent parfois encore avec les pinacles gothiques. Ce mélange d’éléments des deux styles offre une transition qui empêche l’ensemble d’être choquant.




Quatre siècles de construction… et des décennies de restauration ! Fragilité de la pierre, détériorations dues au temps et à la pollution…

Peu de Tourangeaux ont vu la Gatienne sans échafaudages !

 

Dommage, me direz-vous ! Quoique…

 

Horsmis le fait que leur présence est indispensable pour effectuer les restaurations, certains ont pu trouver une autre utilité à ces échafaudages…

 
Les Tourangeaux vivants dans ce quartier en 1958 se souviennent peut-être que certains matins les cloches sonnaient en retard…et se demandent peut-être encore pourquoi ! Simple dérèglement du système ? Pourquoi pas ?

Je vais leur dire aujourd’hui la raison de ces quelques grasses matinées involontaires :

 

Quelques garnements, internes à proximité de la cathédrale, qui devaient se lever très tôt le matin pour se rendre à l’école, ont eu l’idée (géniale) de faire le mur et d’escalader les échafaudages jusqu’à une ouverture dans une des tours, leur permettant ainsi de rentrer. Il suffisait ensuite de monter jusqu’aux cloches pour dérégler le mécanisme…et rester au lit le lendemain, en disant attendre que les cloches sonnent pour se lever !

Bien sûr, ils se les sont fait sonner aussi ! et comme ils doivent peut-être encore des heures de colle…je ne nommerai personne !



La prochaine fois nous reviendrons à l’intérieur pour voir quelques chefs d’œuvre intéressants.

 


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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /Juil /2009 16:50

La « Cité » (ville romaine) est le 1er noyau dur de Tours, le 1er cœur de la ville. Il y en aura un 2ème : « Châteauneuf » que nous verrons prochainement.

 

Restons un peu dans la « cité », car c’est la que sera construite la cathédrale quelques siècles plus tard, placée sous le vocable de Saint-Gatien, 1er évêque de Tours. Les Tourangeaux l’appellent amicalement « la Gatienne ».




Elle remplace un édifice roman, dont il reste la base et les contreforts des tours sur l’ancien rempart romain.



La construction de cette cathédrale commence au XIIIe siècle et a demandé pas moins de 400 ans. Si le chevet est construit rapidement, en 40 ans, la suite des travaux plus laborieuse est dûe au manque de financement, ce qui entraîne une hétérogénéité des styles. Nous passons ainsi par toutes les étapes du style gothique, du primitif au flamboyant, en allant même jusqu’au style renaissance, chaque époque laissant sa propre empreinte…. superbe collection de styles en un même endroit !





La construction débute par le chevet (= chœur à l’intérieur), dans lequel se trouvent les vitraux les plus anciens (XIIIe). Puis, au lieu de continuer logiquement avec le transept et ensuite la nef, on commence à bâtir la nef sur les bases romanes, au niveau de la façade et on remonte vers le chœur (voir le plan)…seulement, on a du mal à joindre les deux bouts ! D’où un décrochement entre la nef et le chœur.

           
      Certains veulent voir là une allusion au Christ sur la croix, la tête penchée…ça n’engage qu’eux !



La partie basse de la nef est achevée au XIVe siècle et les fenêtres hautes au XVe.

En entrant, on a une impression formidable de hauteur : elle fait 29m, ce qui n’est pas extraordinaire pour une cathédrale, mais étant étroite, elle semble très haute, élancée vers le ciel. De plus, les piliers de la nef sont d’un seul jet et augmentent ainsi cette impression. 



En avançant jusqu’à la croisée des transepts, on découvre le chœur et ses hautes verrières, et les deux rosaces des transepts qui forment un ensemble harmonieux et raffiné.




       





La rosace du transept sud est un peu masquée par l’orgue et montre une forme losangée.








Celle du transept nord est parfaitement circulaire. Les angles, habituellement en pierre, sont ici en verre. Une rose tout en vitrail sans soutien de pierre, voilà qui constituait un rêve…et un défi aux lois de la pesanteur !

Hélas ! Trop de beauté….tue l’harmonie ! Menaçant de s’écrouler, il a fallu l’étayer, ce qui explique ce pilier en plein milieu. Quel dommage !




Quant au chœur (du XIIIe), il est considéré par Viollet-le-Duc comme l’un des plus beaux de France à cause de la forme élancée des supports : des piliers s’élevant jusqu’aux voûtes sans chapiteaux intermédiaires et trois niveaux d’ouvertures :

- des arcades élancées   
- un triforium ajouré

- des fenêtres hautes garnies de vitraux.

Quand on connaît Viollet-le-Duc, cela ne peut être qu’un magnifique compliment (justifié d’ailleurs). Il est très connu pour ses restaurations de monuments au XIXe, pas toujours fidèles… ni de bon goût.


Il disait paraît-il :  « Je ne cherche pas à restaurer les monuments exactement comme ils étaient, mais…comme ils auraient dû être ! » c’est dire !


Heureusement, la cathédrale n’est pas passée dans ses mains, même si le chœur aurait peut-être eu grâce à ses yeux, puisqu’il était à son goût.

 


Ah ! Les restaurations ! Nous en parlerons la prochaine fois en admirant la façade de la Gatienne.

 



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Mercredi 22 juillet 2009 3 22 /07 /Juil /2009 18:26

Ah ! La gloire des Romains ! La belle « Pax Romana » (paix des Romains)!

Combien de bâtiments ou monuments en sont témoins !

 

Mais le peuple ? Le petit peuple ? Est-il heureux ? Qui finance tous ces travaux : les termes, l’amphithéâtre, les aqueducs, les nombreuses voies romaines…la Pile ?...devinez !

 

Mais oui ! Tout le monde ! Nous n’avons pas inventé les impôts. Il apparaît qu’ils étaient déjà très lourds. Et les Gaulois restant …des Gaulois, on peut imaginer leur réaction !






Le poids de la fiscalité romaine entraîne des paysans gaulois pauvres à se révolter contre la domination romaine. On voit aussi se constituer des bandes armées de brigands, de soldats déserteurs, de paysans sans terre. C’est « la révolte des Bagaudes » (le mot bagaude vient du celte « bagad » qui signifie troupe, attroupement).

 

A tout cela s’ajoutent de nouvelles vagues d’invasions, des raids de Barbares : les Francs en particulier.

 

De nombreuses villes du Val de Loire, dont Caesarodunum (nom romain de Tours), sont dévastées et il devient urgent de se protéger. Alors très vite on construit des remparts, en utilisant les bâtiments existants.

 

C’est ainsi que l’amphithéâtre, du moins la moitié Sud de son mur extérieur, devient partie intégrante de l’enceinte gallo-romaine.

 

C’est le grand mur qui longe la « rue du Général Meusnier ».

Un autre vestige très bien conservé de ce rempart se trouve « rue du petit Cupidon », dans le jardin des archives départementales. Ici, la muraille possède encore une tour, mais aussi une poterne qui devait permettre le passage dans la cité d’une voie romaine.

On remarque d’ailleurs encore au sol deux profonds sillons,  témoins du passage des   chariots.

 




Les révoltes et invasions ont poussé les Romains à se fortifier, mais il faut savoir qu’une infime partie de la ville se trouve ainsi mise à l’abri. Seuls les bâtiments importants, et probablement le quartier administratif sont protégés par ce rempart. (Le reste de la population n’a qu’à se débrouiller tout seul !)

 

On appellera ce quartier fortifié « la cité ».

 


 

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Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /Juil /2009 14:44

En 2005, des recherches au pied de la Pile de Cinq-Mars ont mis à jour une statue qui devait mesurer environ 1m80. La voici avant sa restauration :



Cette statue représente un oriental (peut-être un Parthe), identifié ainsi par sa chevelure et son vêtement, mais son expression et son attitude avec un bras vers l’arrière et un collier qui fait plutôt penser à un carcan de prisonnier font dire aux chercheurs qu’il s’agit vraisemblablement d’un captif oriental. Le voici après une bonne toilette :

 




Que vient-il faire ici ?

Je vous donne l’hypothèse retenue comme étant la plus probable :

 

L’image du captif renvoie à des monuments funéraires célèbres présentant sur leur face des scènes illustrant la carrière militaire du défunt et ses actes de bravoure. Il pourrait alors appartenir à un trophée, mémoire d’une gloire passée. Dans ce cas, la statue n’est probablement pas isolée mais appartient à un groupe statuaire relatant un fait d’armes du défunt. Hors, on n’en a pas trouvé d’autres, ce qui ne veut rien dire car la statue est en tuffeau, pierre des coteaux de la région, très friable, et c’est presque un miracle que celle-ci ait survécu. 


Cette statue d’un captif nous fait dire que la Pile est surement conçue pour s’imposer à la vue des passants. Elle paraît avoir deux fonctions :

 

-   
U
ne fonction funéraire. Elle vise à signaler une tombe, à célébrer la mémoire d’un défunt. Mais ce n’est pas à proprement parler le tombeau. Elle marque seulement l’emplacement d’un espace funéraire rural et privé.

 

-    Elle a aussi, et surtout, une fonction symbolique, purement ostentatoire, proche de l’autocélébration. Elle signale l’importance du commanditaire. Il s’agit surement d’un propriétaire foncier (à 150 m de la Pile se trouvent les vestiges d’un domaine agricole), mais également vétéran de haut rang. Il ne pouvait être question d’un simple légionnaire, qui ne se serait pas permis d’afficher ainsi une victoire.

 




Ce vétéran appartenait sans aucun doute à l’élite de l’armée romaine et avait des responsabilités publiques dans la cité turonne proche. Modestie oblige, avec ce monument il affiche

la gloire de Rome… 
« Ave César !...Ave Moi ! »

 

 
Il revendique et affiche une culture, celle de Rome. C’est la mise en scène d’un passé glorieux, d’un rôle actif dans la politique impériale, un rôle de conquérant.

Lui ou ses descendants cherchent à affirmer leur légitimité en rappelant une victoire romaine à laquelle ils auraient participé. Bref ! Une façon d’affirmer richesse et pouvoir.

 


 

 

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