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de Capucine11
Découvrez la vallée de la Loire et ses nombreux châteaux
au travers de son Histoire... et de ses petites histoires.

400 ans d’architecture et de styles différents sont présents dans la « Gatienne » (surnom de la cathédrale de Tours) ; résumons :
- base et fondations du XIIe
- choeur du XIIIe
- nef et transept du XIVe et XVe
- façade et tours du XVe et XVIe
Avant de revenir à l’intérieur, regardons la façade…un riche décor flamboyant, véritable dentelle de pierre, la tapisse toute entière.
Elle est superbement ciselée, car construite dans une pierre calcaire très tendre, le tuffeau, qui nous vient des coteaux en bord de Loire et sera également la pierre des châteaux de la Loire.
Avec une telle décoration de flammes, d’arches élancées, de lignes verticales, hautes, on s’attendrait à voir la façade prolongée par des flèches qui chercheraient à atteindre
le ciel…
Mais entre temps le XVIe siècle arrive, avec ses campagnes d’Italie et la découverte d’un nouveau style, qui devient LE STYLE à la mode, je veux parler bien sûr de la renaissance (= re-naissance de l’antiquité). Le style gothique, aussi flamboyant soit-il, devient complètement démodé, et il n’est pas question de poursuivre la construction des tours de la cathédrale avec ces éléments aussi vieillots. Ce ne seront donc pas des flèches, mais des dômes qui seront ajoutés, surmontés de lanternons, avec une décoration toute nouvelle, très influencée par l’Italie.
La Gatienne est d’ailleurs une des premières cathédrales coiffées de dômes et non de flèches.
La décoration
change aussi beaucoup. Finies les lignes élancées, les arcs brisés, voilà maintenant des arcades en anses de paniers, des niches contenant des statues, des colonnes aplaties ou pilastres et
des médaillons, qui se mélangent parfois encore avec les pinacles gothiques. Ce mélange d’éléments des deux styles offre une transition qui empêche l’ensemble d’être choquant.
Quatre siècles de construction… et des décennies de restauration ! Fragilité de la pierre, détériorations dues au temps et à la pollution…
Peu de Tourangeaux ont vu la Gatienne sans échafaudages !
Dommage, me direz-vous ! Quoique…
Horsmis le fait que leur présence est indispensable pour effectuer les restaurations, certains ont pu trouver une autre utilité à ces échafaudages…
Les Tourangeaux vivants dans ce quartier en 1958 se souviennent peut-être que certains matins les cloches sonnaient en retard…et se demandent peut-être encore pourquoi !
Simple dérèglement du système ? Pourquoi pas ?
Je vais leur dire aujourd’hui la raison de ces quelques grasses matinées involontaires :
Quelques garnements, internes à proximité de la cathédrale, qui devaient se lever très tôt le matin pour se rendre à l’école, ont eu l’idée (géniale) de faire le mur et d’escalader les échafaudages jusqu’à une ouverture dans une des tours, leur permettant ainsi de rentrer. Il suffisait ensuite de monter jusqu’aux cloches pour dérégler le mécanisme…et rester au lit le lendemain, en disant attendre que les cloches sonnent pour se lever !
Bien sûr, ils se les sont fait sonner aussi ! et comme ils doivent peut-être encore
des heures de colle…je ne nommerai personne !
La prochaine fois nous reviendrons à l’intérieur pour voir quelques chefs d’œuvre intéressants.


La « Cité » (ville romaine) est le 1er noyau dur de Tours, le 1er cœur de la ville. Il y en aura un 2ème : « Châteauneuf » que nous verrons prochainement.
Restons un peu dans la « cité », car c’est la que sera construite la cathédrale quelques siècles plus tard,
placée sous le vocable de Saint-Gatien, 1er évêque de Tours. Les Tourangeaux l’appellent amicalement « la Gatienne ».
Elle remplace un édifice roman, dont il reste la base et les contreforts des tours sur l’ancien rempart
romain.
La construction de cette cathédrale commence au XIIIe
siècle et a demandé pas moins de 400 ans. Si le chevet est construit rapidement, en 40 ans, la suite des travaux plus laborieuse est dûe au manque de financement, ce qui entraîne une
hétérogénéité des styles. Nous passons ainsi par toutes les étapes du style gothique, du primitif au flamboyant, en allant même jusqu’au style renaissance, chaque époque laissant sa propre
empreinte…. superbe collection de styles en un même endroit !
La construction débute par le chevet (= chœur à l’intérieur), dans lequel se trouvent les vitraux les plus anciens (XIIIe). Puis, au lieu de continuer logiquement avec le transept et ensuite la nef, on commence à bâtir la nef sur les bases romanes, au niveau de la façade et on remonte vers le chœur (voir le plan)…seulement, on a du mal à joindre les deux bouts ! D’où un décrochement entre la nef et le chœur.
Certains veulent voir là une allusion au Christ sur la croix, la tête penchée…ça n’engage qu’eux !
La partie basse de la nef est achevée au XIVe siècle et les fenêtres hautes au XVe.
En entrant, on a une impression formidable de hauteur : elle fait 29m, ce qui n’est pas extraordinaire pour une
cathédrale, mais étant étroite, elle semble très haute, élancée vers le ciel. De plus, les piliers de la nef sont d’un seul jet et augmentent ainsi cette impression.
En avançant jusqu’à la croisée des transepts, on découvre le chœur et ses hautes verrières, et les deux rosaces des transepts qui forment un ensemble harmonieux et raffiné.
La rosace du transept sud est un peu masquée par l’orgue et montre une forme losangée.
Celle du transept nord est parfaitement circulaire. Les angles, habituellement en pierre, sont ici en verre. Une rose tout en vitrail sans soutien de pierre, voilà qui constituait un
rêve…et un défi aux lois de la pesanteur !
Hélas ! Trop de beauté….tue l’harmonie ! Menaçant de s’écrouler, il a fallu l’étayer, ce qui explique ce
pilier en plein milieu. Quel dommage !
Quant au chœur (du XIIIe), il est
considéré par Viollet-le-Duc comme l’un des plus beaux de France à cause de la forme élancée des supports : des piliers s’élevant jusqu’aux voûtes sans chapiteaux intermédiaires et trois
niveaux d’ouvertures :
- des arcades élancées
- un triforium ajouré
- des fenêtres hautes garnies de vitraux.
Quand on connaît Viollet-le-Duc, cela ne peut être qu’un magnifique compliment (justifié d’ailleurs). Il est très connu pour ses restaurations de monuments au XIXe, pas toujours fidèles… ni de bon goût.
Il disait paraît-il : « Je ne cherche pas à restaurer les monuments exactement comme ils étaient, mais…comme ils auraient dû être ! » c’est
dire !
Heureusement, la cathédrale n’est pas passée dans ses mains, même si le chœur aurait peut-être eu grâce à ses yeux, puisqu’il était à son goût.
Ah ! Les restaurations ! Nous en parlerons la prochaine fois en admirant la façade de la Gatienne.


Ah ! La gloire des Romains ! La belle « Pax Romana » (paix des Romains)!
Combien de bâtiments ou monuments en sont témoins !
Mais le peuple ? Le petit peuple ? Est-il heureux ? Qui finance tous ces travaux : les termes, l’amphithéâtre, les aqueducs, les nombreuses voies romaines…la Pile ?...devinez !
Mais oui ! Tout le monde ! Nous n’avons pas inventé les impôts. Il apparaît qu’ils étaient déjà très lourds. Et les Gaulois restant …des Gaulois, on peut imaginer leur réaction !
Le poids de la fiscalité romaine entraîne des paysans gaulois pauvres à se révolter contre la domination romaine. On voit aussi se constituer des bandes armées de brigands, de soldats déserteurs,
de paysans sans terre. C’est « la révolte des Bagaudes » (le mot bagaude vient du celte « bagad » qui signifie troupe, attroupement).
A tout cela s’ajoutent de nouvelles vagues d’invasions, des raids de Barbares : les Francs en particulier.
De nombreuses villes du Val de Loire, dont Caesarodunum (nom romain de Tours), sont dévastées et il devient urgent de se protéger. Alors très vite on construit des remparts, en utilisant les bâtiments existants.
C’est ainsi que l’amphithéâtre, du moins la moitié Sud de son mur extérieur, devient partie intégrante de l’enceinte gallo-romaine.
C’est le grand mur qui longe la « rue du Général Meusnier ».
Un autre vestige très bien conservé de ce rempart se trouve « rue du petit Cupidon », dans le jardin des archives départementales. Ici, la muraille possède encore une tour, mais aussi une poterne qui devait permettre le passage dans la cité d’une voie romaine.
On remarque d’ailleurs encore
au sol deux profonds sillons, témoins du passage des chariots.
Les révoltes et invasions ont poussé les Romains à se fortifier, mais il faut savoir qu’une infime partie de la ville se trouve ainsi mise à l’abri. Seuls les bâtiments importants, et probablement le quartier administratif sont protégés par ce rempart. (Le reste de la population n’a qu’à se débrouiller tout seul !)
On appellera ce quartier fortifié « la cité ».


En 2005, des recherches au pied de la Pile de Cinq-Mars ont mis à jour une statue qui devait mesurer environ 1m80. La
voici avant sa restauration :
Cette statue représente un oriental (peut-être un Parthe), identifié ainsi par sa chevelure et son vêtement, mais son expression et son attitude avec un bras vers l’arrière et un collier qui fait plutôt penser à un carcan de prisonnier font dire aux chercheurs qu’il s’agit vraisemblablement d’un captif oriental. Le voici après une bonne toilette :
Que vient-il faire ici ?
Je vous donne l’hypothèse retenue comme étant la plus probable :
L’image du captif renvoie à des monuments
funéraires célèbres présentant sur leur face des scènes illustrant la carrière militaire du défunt et ses actes de bravoure. Il pourrait alors appartenir à un trophée, mémoire d’une gloire
passée. Dans ce cas, la statue n’est probablement pas isolée mais appartient à un groupe statuaire relatant un fait d’armes du défunt. Hors, on n’en a pas trouvé d’autres, ce qui ne veut rien
dire car la statue est en tuffeau, pierre des coteaux de la région, très friable, et c’est presque un miracle que celle-ci ait survécu.
Cette statue d’un captif nous fait dire que la Pile est surement conçue pour s’imposer à la vue des passants. Elle paraît avoir deux fonctions :
-
Une fonction funéraire. Elle vise à signaler une tombe, à célébrer la mémoire d’un défunt. Mais ce n’est pas à
proprement parler le tombeau. Elle marque seulement l’emplacement d’un espace funéraire rural et privé.
- Elle a aussi, et surtout, une fonction symbolique, purement ostentatoire, proche de l’autocélébration. Elle signale l’importance du commanditaire. Il s’agit surement d’un propriétaire foncier (à 150 m de la Pile se trouvent les vestiges d’un domaine agricole), mais également vétéran de haut rang. Il ne pouvait être question d’un simple légionnaire, qui ne se serait pas permis d’afficher ainsi une victoire.
Ce vétéran appartenait sans aucun doute à l’élite de l’armée romaine et avait des responsabilités publiques dans la
cité turonne proche. Modestie oblige, avec ce monument il affiche
la gloire de Rome…
« Ave César !...Ave Moi ! »
Il revendique et affiche une culture, celle de Rome. C’est la mise en scène d’un passé glorieux, d’un rôle actif dans
la politique impériale, un rôle de conquérant.
Lui ou ses
descendants cherchent à affirmer leur légitimité en rappelant une victoire romaine à laquelle ils auraient participé. Bref ! Une façon d’affirmer richesse et
pouvoir.


Le pont-aqueduc de Luynes n’est pas le seul monument gallo-romain intéressant de la région. Continuons toujours à descendre la Loire pour arriver à
Cinq-Mars-la-Pile (déformation de « Saint-Médard », devenu « Saint-Mars » puis
« Cinq-Mars »). Ce que vous apercevez alors à flan de coteau pourrait passer pour une immense cheminée…. Sacrilège suprême ! C’est la Pile de Cinq-Mars, une
tour pleine de 29,40 m en brique, avec un remplissage de moellons, qui elle aussi date du temps des
Romains.
Etant située en face du confluent de la Loire et du Cher, on a longtemps pensé qu’il s’agissait d’une immense borne, servant à orienter la navigation (ce qui
d’ailleurs n’empêchait pas !). Ou bien s’agissait-il d’un mausolée ?
La 2ème hypothèse se rapproche davantage de ce qui semble la vérité aujourd’hui. Il convient d’être très prudent, car cette « Pile » est un cas unique avec :
- Ses panneaux mosaïqués au 2ème étage (en général, cette décoration orne l’intérieur des niches)
- Le sommet couvert d’une pyramide aujourd’hui disparue
Mais elle est aussi unique dans sa signification. On connaît d’autres exemples de monuments funéraires de ce type et de
cette époque en France, mais avec de grandes différences.
Simple monument funéraire ? Sûrement pas !
Des recherches en 2005 ont mis à jour trois éléments nouveaux :
- une terrasse monumentale à proximité
- un bâtiment semi-excavé
…. et surtout une statue !
Nous verrons cette statue et l’hypothèse qui en découle sur la signification de la Pile très prochainement.


Après une parenthèse sur l’histoire de la toilette, restons encore un instant dans le bain. Les Romains en sont
friands, nous l’avons vu, mais le problème de cette manie romaine est qu’elle est très gloutonne en eau. Cela les conduit à développer des techniques assez extraordinaires pour l’époque. Pour
acheminer l’eau, ils vont construire des aqueducs. Nous connaissons le pont-aqueduc du Gard…
Il reste actuellement 44 piles du pont (99 à l’origine) sur une distance de 300 m, dont 9 sont encore reliées par des arches.
Quelques familles romaines puissantes habitaient cette partie de la région, à proximité de Tours, de riches propriétaires fonciers essentiellement.
Nous le verrons d’ici peu avec un autre monument romain à quelques kilomètres seulement de Luynes, à Cinq-Mars-la-Pile. Ce sera l’objet de notre prochaine balade.


Les Romains aiment l’eau et nous en donnent le goût pendant plus longtemps qu’on ne le pense. On s’imagine souvent que les hommes et les femmes du Moyen Age ne se lavaient pas, ou peu. C’est injuste !
En fait, on se lavait fréquemment, non seulement pour être
propre, mais aussi par plaisir. Il y a même une véritable obsession de la propreté infantile. Les bébés sont lavés plusieurs fois par jour, après chaque sieste :
le bain est donné
« quand l’enfant aura
assez dormi, même si l’on doit le laver trois fois par jour. On le baigne pour nourrir la chair nettement».
A l’âge adulte, les bains sont tout à fait intégrés à la vie quotidienne. Chaque quartier possède ses bains propres. Il est plus facile pour la plupart des gens d’aller aux étuves que de se préparer un bain chaud chez soi. Les « thermes » existent donc encore et la mode des bains est d’ailleurs remise à l’honneur par l’intermédiaire des croisés qui découvrent l’Empire Romain d’Orient (eh oui, toujours les Romains !). Ils y découvrent la relaxation du bain et rapportent chez nous cette pratique de bien-être.
Vers le XIIe siècle, la simplicité des mœurs fait qu’on ne voit pas malice à se montrer nu, les bains sont pris en commun, mais au fil du temps cette pratique prend un « caractère plaisant » prétexte à toutes sortes « d’agréments » galants.
Etuves publiques
On voit sur cette miniature des couples qui, après avoir festoyé autour d’une table installée dans une immense cuve remplie d’eau, se dirigent vers les chambres à coucher.
En d’autres termes, les bains publics deviennent progressivement des lieux de
débauche, de prostitution. Ce sont de vrais « bordiaux ».
Des règlements tentent bien d’interdire l’accès aux bains des malades (en particulier les lépreux) et des prostituées. A la fin du XVe siècle, les procès se multiplient….en vain. Le ver est dans le fruit ! Ils doivent fermer. Cela devient même inévitable avec l’apparition de la syphilis. C’est la fin des bains publics.
Finis les bains d’immersion, voici venue l’ère des ablutions. L’eau devient objet de toutes les craintes. On croit qu’elle ouvre les pores de la peau et que les microbes peuvent ainsi rentrer.
Au XVIe siècle, Les plus riches disposent de bains privés, dont on use pour honorer les invités lors de festivités, et où il n’est pas rare de manger. Il est
réservé à une élite cultivée et savante. Il fait l’objet de tout un cérémonial qui se donne dans la chambre, espace de réception et est accompagné de nombreux parfums, herbes rares et ustensiles
de toilette précieux.
Cette peinture nous montre
Gabrielle d’Estrées au bain avec sa sœur. Le pincement de téton signifie que Gabrielle est enceinte. Rappelons qu’elle était une des favorites d’Henri IV, dont elle eut 3 enfants.
Pour Henri IV, le bain n’est qu’un prétexte à des rendez-vous galants….quand il en prend !
Une fois par mois… même s’il n’en a pas besoin !
Son odeur était si forte qu’elle en piquait les yeux !
En fait, grand amateur d’ail, il aime aussi les odeurs corporelles fortes au point, paraît-il, de demander à ses maîtresses de ne pas se laver avant l’acte.
On comprend que Gabrielle ait eu envie de prendre un bain….après !
Petit à petit, les bains privés finissent par disparaître à leur tour.
Pour se laver, on change de linge de corps…c’est la naissance de la chemise, blanche de préférence, dont les cols et manchettes dépassent pour montrer que l’on est propre.
On pratique maintenant « la toilette sèche » : on utilise uniquement un linge propre et sec pour frotter les parties visibles du corps (le visage et les mains). On pense que les vêtements captent la saleté, donc le corps dessous est propre et pas besoin de se laver…les parfums font le reste.
Le bain ne se prend plus que sur ordonnance
médicale.
Même Louis XIV , le grand « Roi Soleil », en est réduit aux simples ablutions.
En construisant Versailles, il fait aménager un appartement de bains de plusieurs pièces richement décoré d’œuvres d’art et de marbre, mais la baignoire octogonale
finira en bassin dans les jardins, car la faculté (comprenez les médecins) lui déconseille les bains, trop dangereux. Le roi se lave le visage et les mains…et cache les odeurs à grand renfort de
parfums.
Toujours à Versailles, vous pouvez voir la reine Marie-Antoinette sur cette petite vidéo qui déteste tout
le cérémonial de la toilette, car publique, mais qui adore prendre son bain. Par contre, il faut se reposer après… pour s’en remettre ! L’eau est toujours dangereuse !
Il faut attendre le XIXe siècle pour voir un renouveau de l’hygiène avec les fosses sceptiques, les eaux usées, le début du tout à l’égout, qui remplace le « tout à la rue », la toilette quotidienne à l’eau et au savon.
Mais tout cela va prendre du temps :
- en 1962 : seulement 29% des foyers ont une baignoire ou une douche.
- Aujourd’hui, 44% des Français se lavent tous les jours.


L’importance de l’amphithéâtre de Caesarodunum laisse présager également de l’importance des
thermes.
Citons en un à proximité de l’arène, sachant qu’il y en avait plusieurs.
La civilisation romaine nous fait faire un grand pas en avant
dans le domaine de l’hygiène corporelle, et nous donne des habitudes de propreté que nous nous dépêcherons de reperdre plus tard !
Les Romains aiment l’eau.
Les thermes ont une place cruciale dans la vie des Romains. Ce sont des établissements de bains publics chauds, ouverts à tous, riches et pauvres. On y sépare en général les hommes et les femmes, quoiqu’à la fin de l’Empire Romain, certains étaient, paraît il, mixtes.
En général, les Romains se lèvent très tôt et font une petite toilette rapide
avant d’aller travailler. Ils travaillent toute la matinée puis se rendent aux bains. Ils aiment passer d’un bain froid à tiède puis chaud et froid à nouveau (comme aujourd’hui dans les saunas).
C’est un long moment de détente qui va durer une grande partie de l’après-midi.
Bien sûr, on ne reste pas dans l’eau jusqu’au soir. Ce lieu a aussi une fonction sociale importante. Dans les plus grands on y trouve : une bibliothèque, un endroit pour faire du sport et toute une infrastructure très moderne pour l’époque.
On s’y lave, mais on y rencontre aussi ses amis, on joue aux dés, on y fait du sport, on traite des affaires, on se restaure…bref ! Ces établissements sont au centre de la vie sociale.
Pour les assister les riches sont accompagnés de leurs propres esclaves et les pauvres peuvent recourir à ceux qui travaillent dans les
thermes.
Toutes ces personnes et ces activités créent une atmosphère très vivante, voire même bruyante, pas toujours au goût du voisinage, comme en témoigne le philosophe Sénèque qui retrace bien
l’ambiance qui y règne :
« Imagine toutes les sortes de voix qui peuvent te faire prendre tes oreilles en haine ; lorsque les sportifs s’exercent et travaillent aux haltères, pendant leur effort, ou leur semblant d’effort, j’entends des gémissements, et, chaque fois qu’ils reprennent haleine, c’est un sifflement et une respiration aiguë. Lorsque je tombe sur un paresseux et quelqu’un qui se contente d’une friction à bon marché, j’entends le claquement de la main sur les épaules…. Et s’il vient par là-dessus un joueur de balles, qui commence à compter les coups, tout est consommé ! Ajoute à cela le querelleur, et le voleur pris sur le fait, et l’homme qui aime entendre sa voix, quand il prend un bain. Ajoute encore les gens qui sautent dans la piscine au milieu d’un fracas d’eau éclaboussée. Mais en plus de ces gens-là, dont la voix est au moins normale, imagine la voix aiguë et aigre des épileurs, qui veulent se faire ainsi mieux entendre, et poussent tout d’un coup des cris, sans se taire jamais, sinon lorsqu’ils épilent une aisselle et alors, font crier les autres à leur place. Et puis, les cris variés du pâtissier, et le marchand de saucisses, et le vendeur de petits pâtés, et tous les garçons de taverne qui annoncent leur marchandise avec une mélopée caractéristique. »


Après la défaite de Vercingétorix et des Gaulois à Alésia, toute la Gaule est occupée par les Romains.
Toute ? … sauf peut-être un certain petit village,
quelque part en
Armorique !
Tours devient Caesarodunum : « la butte de César » On donne à cet endroit le nom de l’Empereur, c’est dire l’importance qu’on lui accorde. Cette ville romaine s’étire le long de la Loire, du quartier actuel de la cathédrale, légèrement surélevé, jusqu’à l’actuel « vieux Tours », plus loin à l’Ouest. Là encore, on retrouve l’omniprésence du fleuve.
N’oublions pas que la Loire est le plus long fleuve de France avec 1013 kms,
elle prend sa source dans le Massif Central au Mont Gerbier des Joncs, même si l’endroit fait encore aujourd’hui l’objet de querelles…on s’arrache l’endroit exact de la source. Par contre, tout le monde est d’accord : elle se jette bien dans l’Atlantique ! ouf !
Traversant une grande partie de la France, pardon de la Gaule, c’est une « route » importante, et Caesarodunum, noeud de communication, se trouve situé à un carrefour de plusieurs voies romaines et joue ainsi un rôle de Capitale Romaine.
Les vestiges qui subsistent en témoignent.
Autant il ne
nous reste rien des constructions gauloises qui étaient en bois et ont toutes brûlé (seules des fouilles ont permis de retrouver des médailles ou objets gaulois divers qui attestent la présence
de ce peuple), autant les Romains ont laissé de nombreuses traces de leur passage par leurs bâtiments.
En effet, les constructions romaines sont maintenant solides, elles sont faites en ce qu’on appelle « le petit
appareil » ; c’est un assemblage de petits moellons séparés régulièrement par des rangées de briques, très reconnaissable.
A Caesarodunum, les bâtiments principaux sont situés sur cette petite butte (quartier cathédrale). On y trouve des thermes, reliés à la Loire par des canalisations, et un amphithéâtre.
Cet amphithéâtre est plus important que ceux de Nîmes et Arles :
- 25000 spectateurs pour Nîmes
- 25000 également pour Arles
- 34000 spectateurs à Tours
L’absence de blocs de gradins nous fait dire que l’amphithéâtre ne
possédait pas de sièges en pierre, donc que les nombreux spectateurs s’installaient sur une pente de gazon ou sur des tribunes en bois. Il faisait alors partie des cinq plus grands amphithéâtres
de l’Empire romain, et aurait concurrencé celui d’Autun, de Milan, de Santiponce et de Carthage. Bien sûr le Colisée reste largement en tête avec entre 50000 et 75000
places.
On retrouve la trace de ces arènes en suivant une petite rue derrière la cathédrale : »la rue du Général Meusnier » qui part en demi-cercle et suit
ce qui était le mur d’enceinte de l’amphithéâtre. En continuant par la « rue Manceau » on le traverse en son milieu.


Aujourd’hui, nous allons commencer notre promenade à l’époque gauloise.
En Touraine vivait une peuplade celtique : « les Turons », qui ont donné leur nom à la ville de Tours actuelle. L’étymologie de ce mot n’est pas encore bien éclaircie. Deux hypothèses prédominent :
- « tur, turon » signifie en celtique « qui tourne », « qui change », désignerait donc l’instabilité de leur caractère.
- Ou « turo » dans la langue gauloise « fort, gonflé », ceux qui sont gonflés.
Etaient-ils instables ou gonflés ? Nous ne le saurons peut-être jamais !
Ce peuple turon n’avait pas de ville capitale à proprement parlé, mais des cités réparties sur le territoire et établies sur des buttes dominant la Loire. Il était primordial d’être près des fleuves, qui ont toujours joué un rôle de communication, un moyen de transport important. De plus, la Loire était très riche en poissons, on parle souvent des saumons de Loire, qui pullulaient au point qu’un jour il a fallu règlementer en interdisant aux patrons qui nourrissaient leurs employés de leur donner du saumon plus de quatre fois par semaine.
Ce fleuve nourricier et autoroute en même temps, il fallait aussi le surveiller. Les coteaux en bord de Loire étaient donc toujours très peuplés, et le resteront. Une des cités principales des Turons se trouvait à Amboise, à proximité du château actuel (sur le coteau bien sûr) sur « le site des chatelliers », juste en face d’une île sur la Loire ; c’était un oppidum celtique facile à protéger, sur une butte, entouré de remparts en terre avec une structure en bois.
Il sera détruit plus tard lors des révoltes des Bagaudes (sorte de révolte paysanne).
Nos braves Turons étaient plutôt paisibles, mais leur tranquillité sera troublée quand les Romains envahiront la Gaule. Bien sûr, ils se défendent et font d’ailleurs partie des premiers peuples à se rallier à Vercingétorix pour lutter contre César. Ils fourniront 8000 hommes à l’armée de secours.
Nous connaissons la suite ; ils sont battus à Alésia en 52 avant JC et la Gaule devient romaine.
Tours s’appellera alors « Caesarodunum » (plus tard « cité libre des Turons »).


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