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de Capucine11
Découvrez la vallée de la Loire et ses nombreux châteaux
au travers de son Histoire... et de ses petites histoires.


Une guerre s’est engagée entre Foulques Nerra le comte d’Anjou, et Eudes le comte de Blois pour la possession de la ville de Tours.
En prenant possession de son comté Foulques Nerra trouve une situation délicate : il possède Amboise qui constitue une enclave dans le comté de Blois tandis qu'Eudes, possède Saumur, point stratégique avancé en plein comté d'Anjou. Inadmissible pour l'un comme pour l'autre, il n’en faut pas plus pour provoquer la guerre et il est clair que le verrou avancé de Saumur constitue l'un des premiers objectifs de Foulques.
Pour préparer sa conquête de Saumur et se rapprocher en même temps de la si convoitée ville de Tours, il fait la conquête de Langeais, endroit stratégique puisque situé entre Tours et Saumur, et s’y implante en construisant une forteresse. Ce sera la 1ère d’une longue série.

Il reste encore aujourd’hui quelques ruines de cette forteresse à côté du château actuel
Avec Langeais commence l’encerclement de Tours. Foulques est un grand batailleur mais aussi un fin stratège. Il ne se lance pas la tête la première sur la ville, mais prépare sa conquête pas à pas. Il entoure progressivement la ville de points d’appui fortifiés, destinés à asphyxier les défenseurs et à faire tomber la ville de Tours comme un fruit mûr. C’est ainsi que toute la Touraine se couvre de forteresses et donjons.
Les donjons de Foulques sont très reconnaissables. Il est un des premiers, si ce n’est LE premier à construire des donjons en pierre (et non plus en bois), de forme carré. Il faudra attendre encore 200 ans pour voir apparaître les premiers donjons circulaires.

Son comté va de Vendôme à Angers, en passant par Château-Gontier, Semblançay, Langeais, Chinon, Montbazon, Loches, Montrichard, Amboise, … et tant d’autres !

Cette carte n’en fait apparaître que quelques uns bien sûr, mais donne une idée de l’encerclement de Tours
Vous l’aurez compris, toutes ces conquêtes se font au détriment du Comte de Blois.
Que dit le roi ? Foulques s’approprie tous ces fiefs par la force… et sans son consentement !
Eh bien, le roi ne dit rien ! Il semble qu’il l’aime bien. Il faut dire que Foulques lui rend hommage sans discuter et avec le plus grand respect. Il montre par là un bel exemple aux autres seigneurs et à ses propres vassaux. Ça plaît au roi !
Tours, par contre… parvient à échapper à Foulques ! Il meurt trop tôt pour concrétiser son rêve !
Il meurt au retour de son dernier voyage en Terre Sainte (Tiens donc ! encore un !) et est enterré dans l’abbaye de Beaulieu-lès-Loches, qu’il avait construit… en expiation pour un de ses crimes.
Des fouilles ont fait apparaître son tombeau
C’est le fils de Foulques Nerra, Geoffroy II Martel, qui gagnera la ville de Tours, cette fois-ci par le jeu normal du « fief donné en échange d’un service au roi » et non par la force.
En effet, le nouveau Comte de Blois Thibault III refuse de faire allégeance au roi Henri
1er.
Ce dernier demande assistance au
nouveau Comte d’Anjou Geoffroy II Martel pour faire céder le dissident.
C’est après un siège de 18 mois aux portes de Tours à Nouy (près de Saint-Martin le Beau) que le Comte d’Anjou remporte la bataille au nom du roi en 1044.
En remerciement pour son aide, le fils de Foulques Nerra, se voit confier par le roi, officiellement, le fief de Tours.
La Touraine appartient maintenant à la maison d’Anjou, qui commence ainsi son ascension vers une formidable puissance que nous verrons la prochaine fois.



A la mort de Charlemagne, après le partage de l’Empire, le pouvoir impérial s’affaiblit et les grands vassaux prennent de plus en plus d’importance dans leurs fiefs, qu’ils ont d’ailleurs tendance à s’approprier.
C’est le cas dans notre région du Val de Loire, où règnent deux lignées de Comtes, forts et indépendants, et tout aussi turbulents et batailleurs : les Comtes de Blois et les Comtes d’Anjou.
Ces deux maisons n’ont de cesse de combattre l’une contre l’autre, en particulier pour s’approprier la ville de Tours, cœur du conflit car très riche (grâce au pèlerinage de Saint-Martin).
La maison de Blois est une succession de « Thibault » et de « Eudes ». Le fondateur est Thibault dit « le tricheur », ce qui donnera le nom d’une ville de son fief : « Montrichard ».
La maison d’Anjou a une lignée de "Foulques" et de "Geoffroy".
En 940, Thibault le Tricheur happe le comté de Tours, de Chartres et de Blois. Il possède aussi les places fortes de Chinon, Montaigu, Vierzon, Sancerre et Saumur. Il a donc un Comté très large.
Son fils, Eudes 1er, aura moins de chance car il se retrouve face au nouveau comte d’Anjou, Foulques III Nerra, qui essaie de s’infiltrer dans ses terres, alléché surtout par la ville de Tours. Une lutte haineuse va désormais s’installer entre les deux Comtes.
Foulques, dit Nerra, le faucon noir, Comte d’Anjou, est redoutable. Il n’a que 20 ans quand il succède à son père et est déjà dévoré d’ambitions. Il doit son nom à son teint foncé, ce qui ne l’empêche pas d’être aussi noir dans l’âme. Personnage d’un naturel violent et d’une énergie peu commune, il est, paraît-il, « un des batailleurs les plus agités du Moyen Age », et on lui doit des batailles des plus sanglantes, la pire de toutes étant celle de Pontlevoy.
La bataille de Pontlevoy est considérée comme la plus sanglante de tout le Moyen Age
Il se montre souvent cruel. Assassin de ses prisonniers, incendiaire de fermes et de couvents, auteur de supplices atroces, on l’accuse, entre autres, d’avoir commandité l’incendie de la ville d’Angers, survenu quelques jours après avoir fait brûler vive son épouse qu’il avait accusée d’adultère. Poursuivi par la haine publique et par sa propre conscience, il a l’impression que ses nombreuses victimes sortent la nuit de leurs tombeaux pour troubler son sommeil et lui reprocher sa barbarie.
Mais ses remords sont à la hauteur de ses crimes :
Quand la coupe est trop pleine, il fait construire des abbayes pour expier ses péchés. Ce sera le cas de l’abbaye de Beaulieu-lès-Loches.

Comme il est généreux pour le clergé, celui-ci lui est soumis. Que d'abbayes, d'églises, de prieurés, de monastères ne doit-on pas à cet homme aussi extrême dans sa piété que dans sa violence ! Si le remord est trop grand, il part pour la Terre Sainte en pèlerinage… Il ira trois fois !
Juste une parenthèse pour dire que nombreux seront les croisés qui iront en Terre Sainte pour expier leurs crimes. C’est tellement commode ! Un crime, suivi d’une croisade pour se faire pardonner… et la conscience est en paix. On n’a plus qu’à recommencer…! Je n’exagère même pas.
Foulques Nerra devient un grand bâtisseur d’abbayes (maintenant vous savez pourquoi) mais aussi de châteaux et donjons, dont il couvrira la Touraine pour prendre la ville de Tours. Y parviendra-t-il ? C’est ce que nous verrons très bientôt.


Nous avons vu
comment Tours (Châteauneuf) est devenu un haut lieu de pèlerinage. Pour comprendre ce qui va suivre, parlons un peu de la situation du Pays en général et de l’époque féodale.
Après la chute de l’Empire romain, nous rentrons dans une ère de chaos et d’insécurité et devons affronter plusieurs invasions. De puissantes tribus germaniques envahissent l’Europe (déjà !) et s’y installent. A peine ces invasions de l’Est endiguées, il faut faire face aux Vikings… Nous avons vu les dégâts qu’ils ont fait dans l’ancienne Martinopole ( voir article 24) jusqu’à ce qu’ils promettent de se tenir tranquille quand le roi Carolingien Charles le Simple leur cède un territoire : la Normandie.
Le pays vit dans la peur, il est dangereux de s’aventurer dans les forêts hostiles où les bandits ont le contrôle et les premiers Mérovingiens s’avèrent être des rois médiocres et incapables de contrôler la situation. Trop occupés à se détruire ils ont peu fait pour améliorer cette situation de chaos.
Il faut attendre le grand Charlemagne pour voir la situation s’améliorer. Digne successeur de l’Empire romain, version chrétienne, couronné Empereur en 800, Charlemagne veut restaurer l’administration et l’Etat.
Ce souci d’une bonne administration passe par l’élévation du niveau des « fonctionnaires » et donc par une réforme de l’enseignement.
Il paraît qu’il a eu « l’idée folle d’inventer l’école ». En fait, ce n’était pas encore l’école de nos chers bambins, mais pour ses « fonctionnaires » et pour les moines aussi.
Une école est ouverte dans chaque évêché et chaque monastère. On y étudie le latin, les textes antiques, la calligraphie, l'art de l'enluminure…
On invente même une nouvelle écriture : la minuscule « caroline », à l’origine de nos caractères d’imprimerie.
Il sait s’entourer de gens compétents et fait appel aux grands intellectuels du temps. Les résultats sont tels qu’on peut parler à juste titre de « Renaissance Carolingienne ».
Homme intelligent et cultivé, Charlemagne est aussi un grand conquérant. Il est bientôt à la tête d’un immense territoire d’un million de km², et beaucoup le considèrent comme le précurseur de « l’Europe ». D’autres empereurs ou dictateurs (Napoléon, Hitler) essaieront beaucoup plus tard de reconstituer cet empire… mais sans jamais y parvenir.
Toutefois, un aussi grand empire s’avère difficile, voire impossible à gouverner, ce qui poussera Charlemagne à déléguer ses pouvoirs à des responsables de régions, contrées ou districts. L’insécurité du territoire est telle que le royaume est délimité géographiquement de telle sorte que l’on peut aller d’un point à un autre en une journée de cheval. Les rivières ou forêts délimitent les régions ainsi formées. (C’est déjà la régionalisation).
De sa capitale à Aix la Chapelle, Charlemagne envoie ses « missi dominici » (= envoyés du maître) pour surveiller les centaines de comtes qui le représentent dans tous ses territoires.
En déléguant ses pouvoirs ainsi, il encourage le processus de « vassalité » et crée un nouveau système de gouvernement : le « système féodal ».
Le principe est simple :
Le vassal (ou responsable de région) prête serment de fidélité au roi, ou à l’empereur, et doit lui fournir les soldats dont il peut avoir besoin pour maintenir la paix… ou faire la guerre. En retour, le roi lui octroie des « bénéfices » (on appellera ça plus tard un « fief », d’où le mot « féodal ») et le protège de son armée. C’est un échange de bons procédés, du donnant, donnant.
Toute une organisation hiérarchique de la noblesse se développe ainsi, liant les membres entre eux. Le régime féodal est fait pour se protéger des envahisseurs, des guerres. Chaque seigneur s’engage envers un seigneur plus puissant : il devient son vassal. Le pouvoir d’un seigneur se mesure au nombre de ses vassaux, qui eux-mêmes peuvent avoir des arrière-vassaux et ces derniers des sous-vassaux, etc… Chaque vassal recevant, en échange de sa loyauté, un fief, un territoire. Et le plus puissant protège de son armée le plus faible.
On donne un titre différent à chaque vassal, selon son importance. Du plus important au plus petit, on a ainsi le Prince, le Duc, le Marquis, le Comte, le Vicomte, le Baron, le Chevalier et l’écuyer. Bref ! Tout un organigramme ! Tout en bas de l’échelle se trouvent les paysans qui, en échange de leur travail, reçoivent la protection du seigneur.
En théorie, le vassal n’est pas le vrai propriétaire de son fief. A sa mort, la terre revient au suzerain, mais dans la pratique, le fils du vassal renouvelle le serment de fidélité fait
par son père et ces « bénéfices » deviennent héréditaires.
A la mort de Charlemagne, ses fils et successeurs, entre lesquels il a partagé son empire, ne se montrent pas à la hauteur, le pouvoir impérial s’affaiblit.
Les grands vassaux prennent de l’indépendance, de l’importance. Ils s’approprient leur fief et il arrive même que des vassaux deviennent plus riches et puissants que leur seigneur.
Ce sera le cas des Comtes d’Anjou que nous verrons la prochaine fois.


Après les invasions normandes, la Martinopole se met à l’abri derrière un rempart et prend le nom de « Châteauneuf ». La basilique, complètement détruite, est reconstruite dès le XIe siècle, encore plus grande. Elle mesure 114 m de longueur et 24 m de hauteur sous voute.
Le pèlerinage de Saint-Martin, existant bien avant celui de Saint-Jacques de Compostelle, était le 3ème au monde après Rome et Jérusalem, puis une étape incontournable de Saint-Jacques de Compostelle. Châteauneuf devient le véritable centre économique de l’ensemble tourangeau.
Nous avons vu la dernière fois les illustres pèlerins de Saint-Martin (rois et papes), citons encore ici le roi Charles VII, qui offre avec sa favorite Agnès Sorel une châsse d’or à la basilique pour y transférer le corps de St-Martin.
Mais pendant les guerres de religions, les Huguenots saccagent ce nouveau tombeau et seules sont sauvées quelques reliques du Saint : un morceau du crâne et un os du bras.
La basilique du XIe siècle, remaniée plusieurs fois au fil du temps et des modes architecturales, survit jusqu’à la révolution. Pendant cette époque mouvementée, elle sert d’abord d’écurie, puis de carrière de pierres… Disons que les gens viennent se servir tout simplement. Une fois les pierres du chaînage enlevées, la nef s’effondre.
En 1802, le préfet Pommereul veut en finir avec cette ruine et ordonne sa destruction. Les pierres sont vendues, on fait construire la rue des Halles et des immeubles pour assurer la démolition presque complète de la basilique. Il n’en reste aujourd’hui que quelques vestiges, dont deux tours :
- la « tour
Charlemagne », appelée ainsi car la femme de Charlemagne est enterrée au pied de celle-ci, était située au bout du transept nord.
- la « tour de l’Horloge », qui était en façade.
Elles sont séparées aujourd’hui par la rue des Halles, qui passe donc en plein milieu de la malheureuse basilique !
Ce n’est qu’en 1860 que le tombeau de Martin est retrouvé grâce à des fouilles et que la décision est prise de construire une nouvelle basilique, dont l’architecte sera Victor Laloux.
Regardez bien le plan, qui explique tout.
Le tombeau de Saint-Martin a changé de châsse, nous l’avons vu, mais jamais de place. De la toute première chapelle à la grande basilique, il a toujours été placé dans le chœur.
Il fallait donc qu’il y reste ! Et que le chœur soit construit à cet emplacement précis.
En soi, ce n’était pas un problème, sauf que les édifices religieux étaient traditionnellement orientés d’Est en Ouest, et là, ce n’est plus possible. Souvenez-vous ! La rue des Halles qui passe en plein milieu… et les maisons ! Que faire ?
Qu’à cela ne tienne ! On va l’orienter dans l’autre sens, où il y a plus de place… toutefois pas assez pour lui donner des dimensions aussi imposantes que la précédente.
Et la nouvelle basilique fait ainsi exception à la règle on ayant une orientation Nord-Sud.
Que dire de cette nouvelle basilique ? Elle est beaucoup plus petite, et… reflète bien son époque, le XIXe !
Epoque romantique, qui n’a pas vraiment de style bien déterminé (la révolution est passée par là, obligeant à plus de modestie). Epoque où l’on s’inspire, selon son goût, de ce que l’on aime le plus des styles du passé. On construit ainsi souvent du « néo-gothique », du « néo-tout »… ici, ce sera du « néo-romano-byzantin » !
Ainsi s’expliquent la coupole, les décorations avec des éléments de styles mélangés, les colonnes en imitation marbre (le vrai est trop cher) et le tombeau de Martin, lui qui voulait un simple lit de cendres, se retrouve en forme de temple grec.
Gardons plutôt en mémoire, grâce aux documents qui sont parvenus jusqu’à nous, l’image de la basilique du XIe siècle, qui correspond à l’époque qui va nous intéresser maintenant, l’époque féodale avec deux grandes familles régnant dans la région : les Comtes de Blois et les Comtes d’Anjou… mais ce sera pour la prochaine fois…



Nous avons vu l’église de Candes, construite autour de la cellule où s’est éteint Saint-Martin. Nous savons aussi que les Tourangeaux sont allés chercher le corps de leur évêque à Candes pour le ramener dans leur ville… non sans mal (voir article 18).
Arrivé à Tours, le corps de Martin est placé dans un sarcophage de pierre et enterré dans le cimetière public, en pleine campagne, hors des murs de Caesarodunum, la ville romaine. Nous sommes le 11 novembre 397. Les cimetières chrétiens étaient toujours situés en dehors des villes.
Ce n’est que 40 ans plus tard que Brice, le successeur de Martin à l’épiscopat, fait construire sur le tombeau un petit édifice en bois couvert de paille et de jonc. Le tombeau est recouvert de la chape (manteau) que le soldat romain Martin avait partagé avec un pauvre à Amiens (article 14). Cet édifice prendra pour cette raison le nom de chapelle (qui protège la chape). Voilà l’origine de nos chapelles !
Au Ve siècle, l’évêque suivant, Perpet, trouvant ce lieu indigne, remplace la chapelle par une première basilique.
Dès cette époque, une foule de pèlerins accourt sur le tombeau de Martin, foule qu’il va falloir accueillir et héberger. Plusieurs hospices sont donc construits, un pour les nobles, l’autre pour les pauvres ; des hôtelleries particulières s’installent aussi, ainsi que toutes sortes d’activités artisanales et commerciales :
- des boutiques d’orfèvres, où l’on achète des ex-voto, des vases sacrés et autres souvenirs religieux.
- des cordonniers (les pèlerins marchent beaucoup)
- des tisserands
- plusieurs monastères d’hommes et de femmes
- des oratoires
- des églises. Au Xe siècle, on ne compte pas moins de 28 églises autour de Saint-Martin.
- des auberges aussi bien sûr, des rôtisseries.
On le voit bien, toute une ville se crée et grandit autour de la basilique, une nouvelle ville que l’on nomme « la Martinopole », une ville qui a même le privilège de « battre monnaie » :
la livre Tournois.
A l’entrée de la ville, passage obligé pour se rendre à la basilique, se trouve la maison du changeur, où les pèlerins peuvent changer leur monnaie.
La maison du Changeur se situe à l'angle de la rue de la Monnaie et de la rue du Change (elle est recouverte d'ardoises, signe de richesse)
Les rues du « vieux Tours » (qui correspond à l’ancienne Martinopole) se souviennent encore de cette époque… On retrouve ainsi la « rue des orfèvres », la « rue du change », la « rue de la monnaie », la « place de la livre Tournois », la « rue de la rotisserie »...
Ah ! Les Tourangeaux ne s’y sont pas trompés en allant jusqu’à sortir le corps de Martin par la fenêtre de la cellule fermée à clef à Candes, pour qu’il ne leur échappe pas…ils connaissaient sa popularité…et en effet, la Martinopole devient riche, très riche et reçoit la visite d’illustres pèlerins :
- Clovis, qui prend l’engagement ici de se faire baptiser et institue Martin patron de la monarchie franque
- Dagobert (mais oui… ce bon roi qui mettait sa culotte à l’envers!) avec qui Martin devient patron de la famille royale en compagnie de Saint-Denis,
- Pépin le Bref
- Charlemagne
- pratiquement tous les rois capétiens
- Saint-Louis y vient trois fois
- et bien d’autres têtes couronnées… Philippe Auguste, François 1er, Louis XIV…j’en oublie…
- des papes : Urbain II, Alexandre III et enfin, en 1996, n’oublions pas le pape Jean-Paul II, qui est venu lui aussi sur le tombeau de Martin.
Bref ! (comme disait Pépin), tout va bien pour la Martinopole… jusqu’à ce qu’arrivent, fin IXe, les Normands. Sacrés Normands ! Ils ravagent et incendient tout sur leur passage. La basilique Saint-Martin n’y résiste pas. Elle est entièrement détruite !
Quand le calme revient, on prend modèle sur la ville romaine (Caesarodonum), qui, bien à l’abri derrière son rempart, n’a pas souffert des Normands.
La Martinopole s’entoure alors d’une enceinte fortifiée et prend le nom de
« Châteauneuf ».
Nous sommes maintenant en présence de deux villes fortifiées, l’une à côté de l’autre, et en concurrence l’une avec l’autre…il faudra attendre le XIVe siècle et la guerre de cent ans pour les voir réunies au sein d’un même rempart. Mais ce n’est pas là le propos d’aujourd’hui, nous y viendrons en temps et en heure…
Châteauneuf vient de naître et la basilique Saint-Martin sera elle aussi reconstruite, comme nous le verrons la prochaine fois…
Reprenons aujourd’hui le fil de notre histoire en revenant à Candes-Saint-Martin.
Nous avons vu que c’est dans ce village qu’est mort Martin, l’évêque de Tours (revoir l’article18).
Magnifique village situé à une cinquantaine de kilomètres de Tours, et une dizaine de Saumur, aux portes de l’Anjou, Candes est situé au confluent de la Loire et de la Vienne, d’où son nom, qui vient du latin « candatum » et signifie confluent.
Le village est groupé autour de son église, d’une taille et allure impressionnante pour un si petit village, car celle-ci a été fortifiée pendant la guerre de cent ans (époque que nous verrons plus tard dans notre histoire).
La première église de Candes a été fondée par Martin, lors de son évangélisation des campagnes. Elle était dédiée à Saint-Maurice, qui était, comme Martin, dans la légion romaine. Il commandait la « légion thébaine », une troupe appelée d’Egypte, pour soutenir l’empereur Maximilien, ce même Maximilien avec qui Martin eut du fil à retordre. Vous souvenez-vous qu’il l’avait obligé à communier avec les évêques persécuteurs de ceux que lui-même venait défendre ? Maurice a eu moins de chance : Maximilien voulait le contraindre, lui et ses soldats, à agir contre leur conscience en persécutant d’autres chrétiens. Ils refusèrent…et furent massacrés.
Martin s’est rendu lui-même sur le lieu du martyre et en a rapporté trois fioles contenant du sang. Selon la légende, ce sang était sécrété par les brins d’herbe à l’endroit du massacre,
donc le sang des martyres.
Il donna une des fioles à la cathédrale d’Angers, la deuxième à la cathédrale de Tours et la troisième à l’église de Candes.
La première fiole fut détruite durant les guerres de religion, la deuxième durant la révolution française. Seule demeure la fiole de Candes.
La première église de Candes fut donc placée sous le patronage de
Saint-Maurice puisqu’elle en conservait les reliques.
Mais après la mort de Martin, le nom de Candes est de plus en plus associé au nom de
Saint-Martin.
Ainsi, l’église actuelle, construite au XIIe siècle, est dédiée à
« Saint-Martin et Saint-Maurice »
mais de plus en plus souvent on parle de
« l’église Saint-Martin »
et le nom de Maurice s’évanouit dans les annales de l’histoires.
La commune de Candes elle-même changera de nom pour devenir officiellement « Candes-Saint-Martin » en 1949.
Voyons l’église plus en détail :
Elle est construite au XIIe siècle dans le style « gothique Plantagenêt »…c’est l’époque où les rois Plantagenêt d’Angleterre vivaient en Touraine (je n’en parlerai pas aujourd’hui car nous y viendrons très bientôt).
Nous sommes encore loin du style gothique qui devient flamboyant au XVe siècle. Ici, c’est un style encore très pur dans ses lignes et sobre dans ses décorations. Les voûtes se brisent déjà et s’élancent davantage que dans le style roman.
Ici la nef, composée de trois vaisseaux de dimensions identiques, donc de même hauteur (ce qui est très rare) y gagne une clarté et une légèreté étonnantes, ainsi qu’une impression incroyable de grandeur et de hauteur.
Les chapiteaux d’angles sont décorés de frises de personnages vêtus comme au XIIe siècle et…peints ! Je le souligne car il est exceptionnel de voir encore des sculptures polychromes dans nos églises aujourd’hui et nous oublions bien souvent, ou ne savons tout simplement pas, que les églises et cathédrales étaient autrefois peintes. Imaginez ces porches de cathédrales richement sculptés et…polychromes ! (Certaines illuminations de villes recréent aujourd’hui sur les cathédrales les couleurs de leurs façades et porches. C’est surprenant, on n’est pas habitué).
Imaginez donc aussi ce porche de l’église de Candes polychrome…et les statues… avec des têtes bien sûr ! Mais là, ce n’est malheureusement pas rare, la plupart des statues ont été décapitées pendant la révolution française. On décapitait autant les rois, reines et nobles que les Saints…même en statues ! Surtout si le curé de la paroisse refusait de célébrer le culte de la « déesse raison », seul culte reconnu par les révolutionnaires, qui s’inspirait des idéaux des libres-penseurs comme Voltaire ou Rousseau et qui nous lègue ces trois mots : liberté, égalité, fraternité.
Les clercs de Candes n’ont pas pu garder le corps de Martin, subtilisé par les Tourangeaux (revoir article 18), mais ils ont gagné là une magnifique église en vérité.
Avant de quitter Candes, sortons du village vers Saumur en suivant la Loire pour nous trouver au pied du château de Montsoreau, qui avait autrefois les pieds dans l’eau. Il a inspiré Alexandre Dumas dans son roman « la Dame de Montsoreau ». Le voici :
La prochaine fois, nous suivrons la dépouille mortelle de Martin jusqu’à Tours et verrons la basilique qui abrite toujours son tombeau.



Avant de quitter l’atmosphère des caves, faisons encore un petit crochet à Savonnières, où se trouvent des grottes naturelles assez particulières.
Savonnières est un village situé dans la vallée du Cher à une petite vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Tours.
A l’époque romaine, quand Tours s’appelait Caesarodunum, les Romains construisirent une voie reliant Tours à Chinon. Cette voie suivait les rives du Cher et passait par Savonnières. En raison de la situation idéale de ce site le long de la voie, de la présence d’un ruisseau tombant d’une falaise et de la main d’œuvre existant sur place, Savonnières est choisie pour la construction d’un moulin à savon. Ce savon est fabriqué à base d’une plante, la saponaire ou « saponaria », qui donnera le nom de Savonnières.
Le bourg était prospère aussi grâce au développement du commerce fluvial sur le Cher qui a subsisté jusqu’au XIXe siècle. A cette époque, environ 2000 bateaux se croisaient chaque année au port de Savonnières où huit auberges pouvaient accueillir les mariniers. Deux chantiers de bateaux attestent aussi du rôle que jouait le village en matière de commerce fluvial.
Plusieurs ponts sur le Cher se sont succédés à Savonnières à partir du XIXe siècle, soit détruits par des crues, soit par les guerres. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, il est détruit pas les troupes françaises pour couvrir leur retraite, puis réparé. Oublié par les Allemands en 1944, il a permis le ravitaillement de la ville de Tours complètement isolée par ailleurs.
Aujourd’hui, Savonnières reste célèbre en Touraine pour ses courses d’ânes (oui ! les revoilà nos chers bourricots !)
Mais aussi pour ses grottes pétrifiantes.
Ces grottes sont découvertes en 1547 par Bernard Palissy:
Célèbre potier de la renaissance, Bernard Palissy a consacré 20 ans de sa vie à chercher le secret des émaux. Ses pièces les plus connues sont des vases, statuettes, bassins, plats, ustensiles divers, céramiques à décors naturalistes de fruits, feuilles ou reptiles en relief. Elles sont la réponse de Palissy à son goût pour les grottes…qui l’a amené à découvrir celle de Savonnières.
Cette longue recherche pour découvrir le secret des émaux l’a complètement ruiné ; Il en est venu à brûler ses meubles pour se chauffer.
De plus, il était protestant et vivait à l’époque des guerres de religion, époque où les protestants étaient pourchassés.
Bien que huguenot, Catherine de Médicis le protège pendant une quinzaine d’années car elle aime ce qu’il fait, mais il est finalement arrêté à cause de sa religion sur ordre de la Ligue (parti ultra catholique) et meurt à la Bastille de Paris, en 1589 (ou 1590 ?) « de faim, de froid et de mauvais traitements »…
Les grottes sont ensuite oubliées et redécouvertes en 1947 par un spéléologue. De ces grottes partent deux souterrains d’environ 2 km, dont l’un menait à Villandry (nous en visiterons le château et les jardins plus tard dans notre histoire).
Comme dans toutes les grottes, il y a des stalagtites (qui tombent) et des stalagmites (qui montent), mais la particularité de cette grotte est qu’elle suinte 100 fois plus que la moyenne, formant par endroits des draperies de calcaire là où l’eau ruisselle plus vite et des petits lacs recouverts d’une couche de calcaire très fine.
C’est cette eau ruisselante qui a donné l’idée de la pétrification d’objets.
On dépose des objets sous ces ruissellements, ils vont ainsi se recouvrir de calcaire au bout de 6 mois à 1 an. L'eau ruisselante sculpte les objets, remplit des moules réalisés d'après des pierres lithographiques et matrices en cuivre datant du 19ème siècle et recrée d'étonnants bas-reliefs et objets pétrifiés. Il faut les retourner régulièrement pour éviter qu’ils ne s’accrochent entre eux.
Ces objets et petits tableaux se bonifient même avec le temps car le calcaire, en se patinant, prend l’aspect de l’ivoire.
Pour des explications très simples je vous renvoie au lien suivant (cliquez ici)
Nous avons passé pas mal de temps sous terre, dans les habitations troglodytiques, les champignonnières, les caves et grottes… Il est temps maintenant de remonter à la surface et de revenir dans notre histoire, ce que nous ferons la prochaine fois.



Après un séjour en « Rabelaisie » nous allons voir aujourd’hui les caves de vins blancs, tranquilles et pétillants de Vouvray et Montlouis.
Nous passons des vins rouges aux vins blancs… Au fait, et si on disait un mot sur la différence de fabrication des rouges et des blancs. J’ai longtemps pensé que le raisin noir donnait du vin rouge, et le raisin vert du vin blanc… (Tous les connaisseurs doivent hurler !)
Pour ceux qui sont comme moi (je suis sûre qu’il y en a), une petite explication toute simple :
Les vins blancs sont fermentés sans les peaux dans des cuves ou tonneaux.
Les vins rouges sont fermentés avec une couverture de peaux de raisin. L’alcool étant un bon solvant, il permet l’extraction de couleur, tanins et arôme des peaux.
Nous rencontrons deux types de caves :
- Les caves de Saumur, les plus grandes et modernes, où le travail est de plus en plus mécanisé.
- Les caves de Vouvray et Montlouis, qui restent très traditionnelles et, à mon sens, plus belles et authentiques.
Vouvray et Montlouis sont deux villages en bord de Loire qui se font presque face.
vignoble de Vouvray Vouvray
Montlouis
Il suffirait de traverser la Loire pour passer de l’un à l’autre… mais alors, en barque, ou à la nage, ce qui n’est pas recommandé! Les deux villages s’affrontent depuis longtemps et ne sont pas prêts de jeter un pont sur le fleuve pour se rejoindre.
A l’origine, il n’existait que l’appellation de Vouvray pour les vins de Vouvray et Montlouis.
Depuis une querelle, Montlouis fabrique son propre vin sous sa propre appellation, nous avons donc maintenant deux AOC différentes.
Partons à Vouvray et intéressons nous surtout aux vins blancs pétillants qui sont fabriqués selon la méthode champenoise (non, non ! Ce n’est pas du champagne mais c’est la même méthode).
Bien sûr, tout commence aux vendanges, assez tardives, car on attend que les grappes soient bien mûres.
Tiens ! revoilà l'âne de Martin !
Le jus de raisin pressé est mis en fûts de chêne (sans les peaux), où il va fermenter pendant 6 à 10 mois.
Dans certaines caves, comme à Saumur, les tonneaux de chêne sont remplacés par d’énormes cuves en inox (il paraît que le résultat est le même… Je veux bien !)
Une fois cette fermentation naturelle terminée, on rajoute au vin, mis maintenant en bouteilles, des levures et des phosphates qui vont provoquer une seconde fermentation… et les bulles.
Les bouteilles sont fermées avec une simple capsule et placées sur des pupitres. Elles y restent 4 à 6 semaines, durant lesquelles un remueur les tourne chaque jour d’un quart de tour, tout en leur imprimant une légère secousse et en les inclinant de plus en plus. D’abord presque horizontales, elles finissent à la verticale, goulot vers le bas. Le but est de faire descendre vers le col le dépôt qui résulte de la fermentation.
Travail impressionnant, maintenant exécuté par des machines dans les grandes caves.
Pour vous donner une idée de ce travail : Un bon remueur tourne 12 000 bouteilles de l’heure !
Après un bon mois de remuage, le dépôt est formé et complètement rassemblé dans le goulot. Il est maintenant temps de l’évacuer : C’est le dégorgement.
Il y a deux méthodes :
- La première consiste à décapsuler adroitement tout en redressant la bouteille rapidement, il faut un véritable coup de main pour ne pas perdre trop de vin.
- L’autre méthode consiste à durcir d’abord le dépôt dans le goulot en le plongeant dans un bain de saumure, ce qui permet de l’évacuer facilement en décapsulant simplement la bouteille.
On complète ce qu’on a perdu pendant le dégorgement avec une liqueur faite de vieux vins spécialement conservés, et c’est la quantité de liqueur ajoutée qui fera la différence entre un pétillant sec (peu de liqueur), demi sec (un peu plus) et moelleux (encore plus).
Ensuite, bien sûr, les bouteilles sont bouchées et revêtues d’un muselet qui emprisonne le bouchon de liège définitif… jusqu’au bouquet final !
Avant de quitter l’atmosphère des caves, nous ferons la prochaine fois un petit crochet à Savonnières où se trouvent des grottes naturelles assez particulières.




Comme promis, je vous emmène aujourd’hui dans les caves à vin de la vallée de la Loire.
Pour son vin, la Touraine est coupée en deux :
- A l’ouest, les vins rouges de Chinon, Bourgueil et Saint-Nicolas de Bourgueil avec comme cépages principaux le Gamay (60% de la récolte), le Cabernet franc, Cabernet Sauvignon et Pinot noir.
- A l’est, les vins blancs, tranquilles et pétillants, de Vouvray et Montlouis, dont les cépages principaux sont le Sauvignon (80%), Chenin blanc et Chardonnay.

Allons d’abord à Chinon, dans la vallée de la Vienne (un des affluents de la Loire au sud du grand fleuve) où le vin rouge est roi.
C’est le Pays natal de François Rabelais, un libre penseur du XVIe siècle, écrivain, prêtre, légiste et médecin,
célèbre surtout pour ses « guerres picrocholines », guerres burlesques qui opposent Picrochole et Grandgousier. Elles se composent de deux romans : « Gargantua » et
« Pantagruel », qui sont si crus que Rabelais les a signés avec l’anagramme de son nom « Alcofribas Nasier ». Il a bien fait ! Ils ont été immédiatement censurés par la
faculté de théologie. Si vous voulez découvrir Rabelais plus en détail, je vous oriente vers le lien suivant…cliquez ici
Picrochole (en grec : bile amère) est un roi toujours en colère et prêt à guerroyer, un roi sanguinaire et barbare. Il déclenche une guerre sanglante à son voisin Grandgousier à la suite d’une bagarre à propos de « fouaces » (sorte de brioche). Rabelais dénonce les guerres de conquête et beaucoup voient là une allusion à Charles Quint et à son désir ridicule de dominer le monde… (il y en a eu d’autres !)
Quant à Grandgousier, c’est un roi empli de belles valeurs : humaniste, pacifiste, simple et bon. Marié à Gargamelle, c’est le père de Gargantua. François Rabelais pourrait s'être inspiré de son propre père, Antoine Rabelais, pour le personnage de Grandgousier, qui, s'il est roi, se comporte comme un personnage respecté, hors du besoin, mais pas plus. Il mène une vie simple en famille, sans cour - simple notable.
Mais voyons la naissance et la jeunesse de Gargantua, pour nous mettre dans l'ambiance rabelaisienne :
Grandgousier, son père, adore manger. Enceinte de Gargantua, Gargamelle, la future mère, fait abattre des centaines de
milliers de bœufs pour mardi-gras, et elle invite des amis pour ce repas trop imposant pour elle. Malgré son état, Gargamelle ne peut résister aux tripes et au vin. Pendant la beuverie, elle
ressent des contractions et met au monde de manière insolite Gargantua : Il sort de l’oreille de sa mère.
A peine est-il né qu’il crie à boire d’une voix terrible. Son père, en découvrant l’enfant, s’écrie : « Que grand tu as ! » (sous entendu le gosier), et l’enfant est alors appelé Gargantua.
Pour l’allaiter, il faut le lait de dix-sept mille neuf cent treize vaches. Quand il crie trop fort les gouvernantes l’amusent en lui donnant du vin.
Gargantua, un géant, n'est en rien méchant, ni menaçant, même si du fait de sa taille, on préfère plutôt le voir s'éloigner. Et, s'il lui arrive de faire des dégâts, c'est bien malgré lui, et il se montre souvent prêt à réparer. En somme, un gentil géant, même s’il a failli dévorer six pélerins dans une salade… Heureusement, ceux-ci se sont accrochés à ses dents et Gargantua, sentant une gêne, les a décrochés avec un cure-dent. Bien sûr, ça dévore, un géant, et le fils de Gargantua, Pantagruel, aura autant d’appétit…ne parle-t-on pas aujourd’hui encore d’un repas pantagruélique?
De trois à cinq ans, ses parents ne lui imposent pas de limites : il boit, mange, dort, court après les papillons
et se roule dans les ordures selon son bon plaisir. Puis il est envoyé à Paris faire ses études, sur une jument à sa taille. Sur la route, la jument chasse les taons et les mouches de sa queue
avec une telle force qu’elle rase toute la forêt deBeauce. Gargantua arrive enfin à Paris.
Il visite la ville et fait l’objet de la curiosité des parisiens. Pensant qu’ils attendent un cadeau de bienvenue, il leur urine dessus, en gage de bonne volonté, et noie la plupart des habitants. On prétend qu’il a ainsi « pissé la Seine », et que c’est à lui seul que les Parisiens doivent ce beau fleuve.
Oups ! Mille pardons pour ce vocabulaire ! Mais c’est celui de Rabelais…
J’espère ne pas offenser les Chinonais en disant qu’ils vivent toujours selon les préceptes de Rabelais, sur le
« bien boire ». Bon vivant, celui-ci était un grand amateur de Chinon.
Il est né vers 1494 (on n’est pas sûr de sa date de naissance) à la maison des champs de la "Devinière", à Seuilly, au sud-ouest de Chinon et goûta du vin de Chinon dès son enfance au vignoble de ses parents. "Je sais où est Chinon et la cave Paincte, aussi j'y ai bu maints verres de vin bon et frais".
Voyez un peu ses conseils :
« Jamais homme noble ne hait le bon vin. »
«L'odeur du vin, ô combien plus est friant, riant, priant, plus céleste et délicieux que d'huile! »
« L'appétit vient en mangeant, la soif disparaît en buvant. »
« Le vin est ce qu'il y a de plus civilisé au monde. »
«Buvez, afin d'éviter que la soif advienne!»
« Buvez toujours, ne mourrez jamais »
La mémoire de Rabelais est toujours très honorée à Chinon.
Montons maintenant plus haut (voyez la carte) et traversons la Loire. Sur la rive droite (nord) en rentrant dans les terres se trouvent deux villages tout près l’un de l’autre : Bourgueil et Saint-Nicolas de Bourgueil.
Là aussi c’est le règne du vin rouge. Un de nos acteurs les plus populaires et aujourd’hui disparu est originaire de ce pays de Bourgueil : Jean Carmet. Il y possédait une propriété viticole et recevait là ses amis, dont Gérard Depardieu.
Si vous ne le connaissez pas ou aimeriez simplement le revoir, je vous propose de cliquer sur cette petite vidéo pour l’entendre dans ses « brèves de comptoir ».
oups ! coupez la musique avant
de voir la vidéo.
Je vous ai mis le vin à la bouche ?
Si vous voulez goûter les vins de Touraine, vous pouvez tous les retrouver en cliquant sur la bannière ci-dessous, chez Lavinia. Dans la catégorie « vins français », sélectionnez « vallée de la Loire »…ils y sont tous !
En vous inscrivant (gratuitement) vous bénéficierez de remises en argent.

Nous avons parlé Chinon et Bourgueil, vins rouges de Touraine, la prochaine fois nous nous consacrerons aux vins blancs pétillants de Vouvray et Montlouis et à leur fabrication.



Nous avons vu dans les épisodes précédents la vie…et la mort de Saint-Martin à Candes, un village situé à une dizaine de kilomètres de Saumur.
Ici nous allons faire une petite pause dans notre histoire et nous arrêter dans cette partie du Val de Loire : le Saumurois.
La région de Saumur se caractérise par ses maisons pittoresques en tuffeau et ses toits d'ardoise, et le village de Candes en est un bel exemple.
Le Tuffeau est une pierre calcaire très tendre et blanche, comme de la craie et nous vient directement des
coteaux qui bordent la Loire et servaient de carrières de pierre.
Puis ces carrières ont été transformées :
- soit en caves à vin, idéales pour la conservation de celui-ci car la température y est constante. Eté comme hiver, il y fait entre 11° et 13°. C’est le cas à Vouvray, Montlouis, Bourgueil, Saumur, pour ne citer que les plus grands noms.
Les vignobles s’étalent sur les coteaux, parfois creusés de « cheminées » et ainsi reliés aux caves à l’intérieur du coteau. On pouvait donc rentrer le raisin directement du vignoble dans la cave par ces cheminées (Noël à la saison des vendanges). Vous pouvez voir dans l’exemple ci-dessous une de ces caves troglodytiques de Saumur.
- A Saumur toujours, certaines anciennes carrières sont utilisées comme champignonnières. C’est là que l’on produit aujourd’hui 70% des « champignons de Paris », appelés ainsi car à l’origine ils étaient cultivés dans la région parisienne. Aujourd’hui les conditions sont idéales à Saumur, dans les anciennes carrières pour leur température et leur hygrométrie, mais aussi grâce à son école nationale d’équitation, le « cadre noir », qui fournit aux champignonnières le fumier de cheval nécessaire pour le compost sur lequel poussent les champignons.
- Caves, champignonnières…mais aussi habitations.
Innombrables sont les maisons aménagées dans le coteau dans toute la Touraine et l’Anjou. Ce ne sont pas les « maisons du pauvre », loin de là, certaines sont magnifiques comme en témoignent ces quelques exemples, parfois aussi transformées en hôtels ou restaurants…aujourd’hui en tout cas aménagées avec tout le confort, fraîches l’été et plutôt climatisées l’hiver.
Un autre avantage ? Rien n’empêche d’agrandir en creusant plus loin dans le coteau (à condition bien sûr de prendre des précautions pour que celui-ci ne vous tombe pas sur la tête). Ne riez pas…c’est arrivé !
Le tuffeau des maisons se marie remarquablement bien avec l’ardoise, qui, elle, nous vient d’Anjou, de Trélazé, à côté
d’Angers. Une ardoise de très bonne qualité, qui était acheminée par bateau sur la Loire et que l’on retrouve dans toute la Touraine.
En s’éloignant vers l’est de Tours, le chemin est plus long pour acheminer l’ardoise, le coût plus important, on se rapproche de la Sologne. Là, on utilise davantage la brique et les tuiles. On peut donc couper la Touraine en deux pour ses matériaux de construction: à l’ouest, vers l’Anjou, le tuffeau et l’ardoise ; à l’Est, vers la Sologne, un mélange de tuffeau et de briques et des toits en tuiles.
Nous avons vu les carrières de tuffeau transformées en caves à vin pour certaines…et si on rentrait dans ces caves la prochaine fois? Je ne pourrai pas vous le faire gouter mais nous pouvons toujours en parler…
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