Accueil
de Capucine11
Découvrez la vallée de la Loire et ses nombreux châteaux
au travers de son Histoire... et de ses petites histoires.
devotredom

devotredom
Ah ! La gloire des Romains ! La belle « Pax Romana » (paix des Romains)!
Combien de bâtiments ou monuments en sont témoins !
Mais le peuple ? Le petit peuple ? Est-il heureux ? Qui finance tous ces travaux : les termes, l’amphithéâtre, les aqueducs, les nombreuses voies romaines…la Pile ?...devinez !
Mais oui ! Tout le monde ! Nous n’avons pas inventé les impôts. Il apparaît qu’ils étaient déjà très lourds. Et les Gaulois restant …des Gaulois, on peut imaginer leur réaction !
Le poids de la fiscalité romaine entraîne des paysans gaulois pauvres à se révolter contre la domination romaine. On voit aussi se constituer des bandes armées de brigands, de soldats déserteurs,
de paysans sans terre. C’est « la révolte des Bagaudes » (le mot bagaude vient du celte « bagad » qui signifie troupe, attroupement).
A tout cela s’ajoutent de nouvelles vagues d’invasions, des raids de Barbares : les Francs en particulier.
De nombreuses villes du Val de Loire, dont Caesarodunum (nom romain de Tours), sont dévastées et il devient urgent de se protéger. Alors très vite on construit des remparts, en utilisant les bâtiments existants.
C’est ainsi que l’amphithéâtre, du moins la moitié Sud de son mur extérieur, devient partie intégrante de l’enceinte gallo-romaine.
C’est le grand mur qui longe la « rue du Général Meusnier ».
Un autre vestige très bien conservé de ce rempart se trouve « rue du petit Cupidon », dans le jardin des archives départementales. Ici, la muraille possède encore une tour, mais aussi une poterne qui devait permettre le passage dans la cité d’une voie romaine.
On remarque d’ailleurs encore
au sol deux profonds sillons, témoins du passage des chariots.
Les révoltes et invasions ont poussé les Romains à se fortifier, mais il faut savoir qu’une infime partie de la ville se trouve ainsi mise à l’abri. Seuls les bâtiments importants, et probablement le quartier administratif sont protégés par ce rempart. (Le reste de la population n’a qu’à se débrouiller tout seul !)
On appellera ce quartier fortifié « la cité ».


En 2005, des recherches au pied de la Pile de Cinq-Mars ont mis à jour une statue qui devait mesurer environ 1m80. La
voici avant sa restauration :
Cette statue représente un oriental (peut-être un Parthe), identifié ainsi par sa chevelure et son vêtement, mais son expression et son attitude avec un bras vers l’arrière et un collier qui fait plutôt penser à un carcan de prisonnier font dire aux chercheurs qu’il s’agit vraisemblablement d’un captif oriental. Le voici après une bonne toilette :
Que vient-il faire ici ?
Je vous donne l’hypothèse retenue comme étant la plus probable :
L’image du captif renvoie à des monuments
funéraires célèbres présentant sur leur face des scènes illustrant la carrière militaire du défunt et ses actes de bravoure. Il pourrait alors appartenir à un trophée, mémoire d’une gloire
passée. Dans ce cas, la statue n’est probablement pas isolée mais appartient à un groupe statuaire relatant un fait d’armes du défunt. Hors, on n’en a pas trouvé d’autres, ce qui ne veut rien
dire car la statue est en tuffeau, pierre des coteaux de la région, très friable, et c’est presque un miracle que celle-ci ait survécu.
Cette statue d’un captif nous fait dire que la Pile est surement conçue pour s’imposer à la vue des passants. Elle paraît avoir deux fonctions :
-
Une fonction funéraire. Elle vise à signaler une tombe, à célébrer la mémoire d’un défunt. Mais ce n’est pas à
proprement parler le tombeau. Elle marque seulement l’emplacement d’un espace funéraire rural et privé.
- Elle a aussi, et surtout, une fonction symbolique, purement ostentatoire, proche de l’autocélébration. Elle signale l’importance du commanditaire. Il s’agit surement d’un propriétaire foncier (à 150 m de la Pile se trouvent les vestiges d’un domaine agricole), mais également vétéran de haut rang. Il ne pouvait être question d’un simple légionnaire, qui ne se serait pas permis d’afficher ainsi une victoire.
Ce vétéran appartenait sans aucun doute à l’élite de l’armée romaine et avait des responsabilités publiques dans la
cité turonne proche. Modestie oblige, avec ce monument il affiche
la gloire de Rome…
« Ave César !...Ave Moi ! »
Il revendique et affiche une culture, celle de Rome. C’est la mise en scène d’un passé glorieux, d’un rôle actif dans
la politique impériale, un rôle de conquérant.
Lui ou ses
descendants cherchent à affirmer leur légitimité en rappelant une victoire romaine à laquelle ils auraient participé. Bref ! Une façon d’affirmer richesse et
pouvoir.


Le pont-aqueduc de Luynes n’est pas le seul monument gallo-romain intéressant de la région. Continuons toujours à descendre la Loire pour arriver à
Cinq-Mars-la-Pile (déformation de « Saint-Médard », devenu « Saint-Mars » puis
« Cinq-Mars »). Ce que vous apercevez alors à flan de coteau pourrait passer pour une immense cheminée…. Sacrilège suprême ! C’est la Pile de Cinq-Mars, une
tour pleine de 29,40 m en brique, avec un remplissage de moellons, qui elle aussi date du temps des
Romains.
Etant située en face du confluent de la Loire et du Cher, on a longtemps pensé qu’il s’agissait d’une immense borne, servant à orienter la navigation (ce qui
d’ailleurs n’empêchait pas !). Ou bien s’agissait-il d’un mausolée ?
La 2ème hypothèse se rapproche davantage de ce qui semble la vérité aujourd’hui. Il convient d’être très prudent, car cette « Pile » est un cas unique avec :
- Ses panneaux mosaïqués au 2ème étage (en général, cette décoration orne l’intérieur des niches)
- Le sommet couvert d’une pyramide aujourd’hui disparue
Mais elle est aussi unique dans sa signification. On connaît d’autres exemples de monuments funéraires de ce type et de
cette époque en France, mais avec de grandes différences.
Simple monument funéraire ? Sûrement pas !
Des recherches en 2005 ont mis à jour trois éléments nouveaux :
- une terrasse monumentale à proximité
- un bâtiment semi-excavé
…. et surtout une statue !
Nous verrons cette statue et l’hypothèse qui en découle sur la signification de la Pile très prochainement.


Après une parenthèse sur l’histoire de la toilette, restons encore un instant dans le bain. Les Romains en sont
friands, nous l’avons vu, mais le problème de cette manie romaine est qu’elle est très gloutonne en eau. Cela les conduit à développer des techniques assez extraordinaires pour l’époque. Pour
acheminer l’eau, ils vont construire des aqueducs. Nous connaissons le pont-aqueduc du Gard…
Il reste actuellement 44 piles du pont (99 à l’origine) sur une distance de 300 m, dont 9 sont encore reliées par des arches.
Quelques familles romaines puissantes habitaient cette partie de la région, à proximité de Tours, de riches propriétaires fonciers essentiellement.
Nous le verrons d’ici peu avec un autre monument romain à quelques kilomètres seulement de Luynes, à Cinq-Mars-la-Pile. Ce sera l’objet de notre prochaine balade.








Derniers Commentaires