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Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /2009 18:07

Il est difficile de visiter Tours et la cathédrale Saint-Gatien sans parler d’une famille tourangelle importante de l’époque : les Beaune de Semblançay. Retenons surtout deux frères : Jacques et Martin.

 

Martin, le cadet, est archevêque de Tours de 1519 à 1527. C’est lui qui offre à la cathédrale le somptueux orgue renaissance que nous pouvons toujours admirer aujourd’hui, probablement en 1521.
                                                                                                       







C’est un an plus tard (en 1522) que débuteront les ennuis de son aîné,
Jacques Beaune baron de Semblançay.

 

Jacques est de loin le plus connu, le plus puissant aussi.

Au service des finances de plusieurs rois successifs : Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François 1er, il suscite de bonne heure la jalousie de ses contemporains car il est à la tête d’une fortune considérable. Il possède plusieurs châteaux en Touraine, dont :

                                                                                                

 
le « château de la Carte » à Ballan-Miré                        le château de Semblançay

                                                                                                      dont il est baron



et un magnifique hôtel particulier renaissance à Tours, dont il ne reste que des ruines.

 

On le trouve en empruntant un passage au n°28 de la rue Nationale. C’était l’hôtel particulier de l’époque renaissance le plus important de la ville et de nombreux rois y ont séjourné lors de leur passage à Tours. Il a été détruit par des bombardements en 1940 et ne subsistent aujourd’hui que la façade décorée de pilastres et la fontaine du XVIe siècle, sculptée en marbre blanc par l’atelier de Michel Colombe (le même atelier à qui l’on doit le tombeau d’enfants ).



Sous le règne de François 1er, Jacques Beaune de Semblançay devient surintendant des finances. Parmi ses attributions, il est chargé de rétribuer les troupes du roi.

 

Hors, son irrésistible ascension va prendre fin suite à un différent avec la reine mère Louise de Savoie :

 

En 1522, François 1er essuie une défaite en Italie et perd le Milanais car les troupes engagées ne reçoivent pas leur solde et se démobilisent. Le responsable est bien sûr…. le surintendant des finances !

Où est passé l’argent ? Il s’agit quand même de 400 000 écus !

Questionné, Jacques de Beaune avoue avoir remis cette somme à Louise de Savoie, qui l’exigeait pour rembourser une dette qu’elle avait envers la couronne. Comment refuser à la reine mère ?

 

Mais celle-ci, on s’en doute, ne lui pardonnera jamais cette dénonciation et sur son instigation une commission est nommée pour examiner les comptes du surintendant.  "Abondance de biens nuit … !"
Jacques de Beaune est arrêté lors d’un voyage à Paris et conduit à la Bastille. Malgré un procès controversé et un manque de preuves, il est condamné le 9 août 1527 à être pendu au gibet de Montfaucon et le 12 août, après avoir vainement espéré sa grâce vu son âge avancé, il est pendu…à 82 ans !

Son exécution a inspiré le poète Clément Marot, dont je vous livre ici l’épigramme :

Lorsque Maillart, juge d’Enfer, menoit

A Montfaucon Samblançay l’ame rendre,

A votre avis, lequel des deux tenoit

Meilleur maintien ? pour le vous faire entendre,

Maillart sembloit homme qui mort va prendre

   Et Samblançay fut si ferme vieillard

         Que l’on cuydoit, pour vray, qu’il menast pendre

      A Montfaucon le lieutenant Maillart.



Toute la famille va souffrir de disgrâce à la suite de l’exécution du surintendant, et tous leurs biens seront confisqués.

Martin, l’archevêque de Tours, suivra son frère de peu dans le caveau familial. Il est mort, dit-on « d’ennui et de mélancolie » la même année.

 

Après la mort de Louise de Savoie la reine mère, les Beaune de Semblançay seront réhabilités et il apparaît même que le roi devait en fait de fortes sommes d’argent à son surintendant (c’est jamais bon, ça !) , ce qui a probablement contribué à son élimination…

 

La prochaine fois, nous retrouverons le fil de notre histoire que nous avons dû quitter pour retracer les quatre siècles de construction de la cathédrale. Nous le ferons grâce à deux vitraux du XIIIe siècle qui se trouvent dans le chœur et racontent l’histoire de Saint-Martin.

 


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Jeudi 13 août 2009 4 13 /08 /2009 18:13

Nous avons vu la dernière fois les tours Renaissance (XVIe) de la Gatienne. Dans la cathédrale se trouvent également un superbe tombeau et des orgues de la même époque.

 

Une chapelle abrite un magnifique tombeau. Il est composé d’un sarcophage supportant deux gisants (sculptures allongées). Mélange de styles français et italien, digne représentant de la « Renaissance française », le socle est sculpté par l’Italien Jérôme de Fiesole et les gisants par le neveu de Michel Colombe (grand architecte tourangeau) Guillaume Régnault.

Il est en marbre de Carrare, d’un beau blanc laiteux, avec des incrustations de marbre noir sur les manteaux des enfants. La dalle sur laquelle reposent les gisants, les médaillons des petits côtés du sarcophage et les plaques de la base sont aussi en marbre noir. Imaginez également une autre base dans ce même marbre entre le sarcophage et son couvercle, aujourd’hui disparue.
 


                                                                    


Les gisants d’enfants sont accompagnés de deux anges porteurs d’oreillers et de deux autres porteurs d’écus, sur lesquels on peut voir des dauphins et des fleurs de lis.



Il s’agit du tombeau de deux enfants royaux :

            -        Charles Orland, mort à 3 ans,

            -       et son petit frère, Charles aussi, mort à 25 jours.


C’étaient les enfants du roi Charles VIII et de la reine Anne de Bretagne.

Princes héritiers, ils ont dans leur blason les fleurs de lis et les dauphins : la province du Dauphiné est réservée à l'héritier du trône de France, qui porte pour cette raison le titre de « Dauphin ».

Morts en bas-âge (c’était le cas pour de nombreux enfants à l’époque), leur disparition prématurée, puis la mort du roi Charles VIII leur père, feront de la reine Anne une veuve sans héritier et l’obligeront, soit à le rester, soit à épouser le successeur de son époux.


En effet, pour contrôler, et même s’approprier le duché de Bretagne, Louis XI avait eu l’idée de cette alliance entre son fils Charles VIII et la duchesse Anne. Pour être sûr de conserver ce duché, un contrat de mariage très spécial précisait qu’Anne de Bretagne devrait épouser le roi suivant (si elle désirait se remarier) au cas où  Charles mourrait sans héritier…ce qui fut le cas.

A la mort de son époux, elle épousera donc Louis XII et sera ainsi la reine de deux rois. En contrepartie, la Bretagne bénéficie de privilèges particuliers. Certains subsistent encore aujourd’hui, qui se manifestent, par exemple, par la gratuité des autoroutes dans toute
la Bretagne.


Aux angles du sarcophage, sur les écus et la robe des enfants on retrouve les dauphins et les fleurs de lis.

Autour du sarcophage, une corde avec des nœuds : c’est la cordelière des franciscains, symbole de veuvage depuis Anne de Bretagne.

Ce tombeau se trouvait au milieu du chœur de la basilique Saint-Martin de Tours. Il est épargné à la révolution grâce à sa beauté et transporté par la suite dans la cathédrale.

 



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Jeudi 6 août 2009 4 06 /08 /2009 16:51

400 ans d’architecture et de styles différents sont présents dans la « Gatienne » (surnom de la cathédrale de Tours) ; résumons :

            - base et fondations du XIIe

            - choeur du XIIIe

            - nef et transept du XIVe et XVe

            - façade et tours du XVe et XVIe

 




Avant de revenir à l’intérieur, regardons la façade…un riche décor flamboyant, véritable dentelle de pierre, la tapisse toute entière.

Elle est superbement ciselée, car construite dans une pierre calcaire très tendre, le tuffeau, qui nous vient des coteaux en bord de Loire et sera également la pierre des châteaux de la Loire.











Avec une telle décoration de flammes, d’arches élancées, de lignes verticales, hautes, on s’attendrait à voir la façade prolongée par des flèches qui chercheraient à atteindre le ciel…






Mais entre temps le XVIe siècle arrive, avec ses campagnes d’Italie et la découverte d’un nouveau style, qui devient LE STYLE à la mode, je veux parler bien sûr de la renaissance (= re-naissance de l’antiquité). Le style gothique, aussi flamboyant soit-il, devient complètement démodé, et il n’est pas question de poursuivre la construction des tours de la cathédrale avec ces éléments aussi vieillots. Ce ne seront donc pas des flèches, mais des dômes qui seront ajoutés, surmontés de lanternons, avec une décoration toute nouvelle, très influencée par l’Italie.

          

    La Gatienne est d’ailleurs une des premières cathédrales coiffées de dômes et non de flèches.





La décoration change aussi beaucoup. Finies les lignes élancées, les arcs brisés, voilà maintenant des arcades en anses de paniers, des niches contenant des statues, des colonnes aplaties ou pilastres et des médaillons, qui se mélangent parfois encore avec les pinacles gothiques. Ce mélange d’éléments des deux styles offre une transition qui empêche l’ensemble d’être choquant.




Quatre siècles de construction… et des décennies de restauration ! Fragilité de la pierre, détériorations dues au temps et à la pollution…

Peu de Tourangeaux ont vu la Gatienne sans échafaudages !

 

Dommage, me direz-vous ! Quoique…

 

Horsmis le fait que leur présence est indispensable pour effectuer les restaurations, certains ont pu trouver une autre utilité à ces échafaudages…

 
Les Tourangeaux vivants dans ce quartier en 1958 se souviennent peut-être que certains matins les cloches sonnaient en retard…et se demandent peut-être encore pourquoi ! Simple dérèglement du système ? Pourquoi pas ?

Je vais leur dire aujourd’hui la raison de ces quelques grasses matinées involontaires :

 

Quelques garnements, internes à proximité de la cathédrale, qui devaient se lever très tôt le matin pour se rendre à l’école, ont eu l’idée (géniale) de faire le mur et d’escalader les échafaudages jusqu’à une ouverture dans une des tours, leur permettant ainsi de rentrer. Il suffisait ensuite de monter jusqu’aux cloches pour dérégler le mécanisme…et rester au lit le lendemain, en disant attendre que les cloches sonnent pour se lever !

Bien sûr, ils se les sont fait sonner aussi ! et comme ils doivent peut-être encore des heures de colle…je ne nommerai personne !



La prochaine fois nous reviendrons à l’intérieur pour voir quelques chefs d’œuvre intéressants.

 


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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /2009 16:50

La « Cité » (ville romaine) est le 1er noyau dur de Tours, le 1er cœur de la ville. Il y en aura un 2ème : « Châteauneuf » que nous verrons prochainement.

 

Restons un peu dans la « cité », car c’est la que sera construite la cathédrale quelques siècles plus tard, placée sous le vocable de Saint-Gatien, 1er évêque de Tours. Les Tourangeaux l’appellent amicalement « la Gatienne ».




Elle remplace un édifice roman, dont il reste la base et les contreforts des tours sur l’ancien rempart romain.



La construction de cette cathédrale commence au XIIIe siècle et a demandé pas moins de 400 ans. Si le chevet est construit rapidement, en 40 ans, la suite des travaux plus laborieuse est dûe au manque de financement, ce qui entraîne une hétérogénéité des styles. Nous passons ainsi par toutes les étapes du style gothique, du primitif au flamboyant, en allant même jusqu’au style renaissance, chaque époque laissant sa propre empreinte…. superbe collection de styles en un même endroit !





La construction débute par le chevet (= chœur à l’intérieur), dans lequel se trouvent les vitraux les plus anciens (XIIIe). Puis, au lieu de continuer logiquement avec le transept et ensuite la nef, on commence à bâtir la nef sur les bases romanes, au niveau de la façade et on remonte vers le chœur (voir le plan)…seulement, on a du mal à joindre les deux bouts ! D’où un décrochement entre la nef et le chœur.

           
      Certains veulent voir là une allusion au Christ sur la croix, la tête penchée…ça n’engage qu’eux !



La partie basse de la nef est achevée au XIVe siècle et les fenêtres hautes au XVe.

En entrant, on a une impression formidable de hauteur : elle fait 29m, ce qui n’est pas extraordinaire pour une cathédrale, mais étant étroite, elle semble très haute, élancée vers le ciel. De plus, les piliers de la nef sont d’un seul jet et augmentent ainsi cette impression. 



En avançant jusqu’à la croisée des transepts, on découvre le chœur et ses hautes verrières, et les deux rosaces des transepts qui forment un ensemble harmonieux et raffiné.




       





La rosace du transept sud est un peu masquée par l’orgue et montre une forme losangée.








Celle du transept nord est parfaitement circulaire. Les angles, habituellement en pierre, sont ici en verre. Une rose tout en vitrail sans soutien de pierre, voilà qui constituait un rêve…et un défi aux lois de la pesanteur !

Hélas ! Trop de beauté….tue l’harmonie ! Menaçant de s’écrouler, il a fallu l’étayer, ce qui explique ce pilier en plein milieu. Quel dommage !




Quant au chœur (du XIIIe), il est considéré par Viollet-le-Duc comme l’un des plus beaux de France à cause de la forme élancée des supports : des piliers s’élevant jusqu’aux voûtes sans chapiteaux intermédiaires et trois niveaux d’ouvertures :

- des arcades élancées   
- un triforium ajouré

- des fenêtres hautes garnies de vitraux.

Quand on connaît Viollet-le-Duc, cela ne peut être qu’un magnifique compliment (justifié d’ailleurs). Il est très connu pour ses restaurations de monuments au XIXe, pas toujours fidèles… ni de bon goût.


Il disait paraît-il :  « Je ne cherche pas à restaurer les monuments exactement comme ils étaient, mais…comme ils auraient dû être ! » c’est dire !


Heureusement, la cathédrale n’est pas passée dans ses mains, même si le chœur aurait peut-être eu grâce à ses yeux, puisqu’il était à son goût.

 


Ah ! Les restaurations ! Nous en parlerons la prochaine fois en admirant la façade de la Gatienne.

 



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