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de Capucine11
Découvrez la vallée de la Loire et ses nombreux châteaux
au travers de son Histoire... et de ses petites histoires.

Restons encore dans le cloître des moniales, dit le « Grand Moustier », dans lequel nous avons vu la salle capitulaire (article 43).
Dans l’autre partie du cloître, en face, se trouve le réfectoire, accolé à la cuisine.
C’est dans cette salle de 46 m de long (non chauffée) que se retrouvent deux fois par jour toutes les moniales pour leurs repas quotidiens.
Le réfectoire répond à une organisation bien précise. Les moniales prennent place selon leur ancienneté à des tables qui longent les murs, l’abbesse et la Grande Prieure sont placées au fond de la salle au balcon (que vous voyez tout au fond sur l’image). Proche de celle-ci se trouve également une chaire (à l’emplacement de la porte actuelle), dans laquelle une des plus jeunes moniales fait la lecture d’extraits de la bible pendant que les autres mangent dans le silence le plus recueilli.
Il arrive parfois qu’une moniale, punie pour avoir commis quelque faute, doive rester le temps du repas allongée à plat ventre par terre, les bras en croix, sur le sol froid… surplombée par l’abbesse qui peut la surveiller du haut de sa galerie !
Si nous ressortons côté extérieur au cloître, nous nous retrouvons dans les jardins de l’abbaye.
Pour pouvoir se retirer du monde, les moniales essaient de vivre en autosuffisance. Elles essaient donc de produire tout ce dont elles ont besoin, d’où l’importance des jardins.
Ceux-ci sont organisés géométriquement et symétriquement.
On y fait pousser :
- des plantes médicinales, pour se soigner
- des plantes d’agrément pour fleurir les autels
- des plantes potagères ou vivrières (céréales, légumes, grains)
- des plantes à boisson (bière et vin) (il faut bien vivre un peu !)
- des plantes techniques, à fibres, pour tisser les toiles et les vêtements
Et bien sûr, on cultive aussi un verger, pour les fruits.
En arrière-plan du jardin, c’est l’extérieur du réfectoire que nous pouvons voir, prolongé sur sa gauche par un drôle de bâtiment au toit en écailles de tortue, surmonté d’une pyramide et de petits clochetons à l’étrange allure néo byzantine. Ce dernier est relié au réfectoire par une porte.
Longtemps ce petit bâtiment passait pour être une chapelle funéraire… ce qui prouve notre parfaite intelligence des choses et des habitudes du Moyen Âge !… Ou bien on croyait y voir la « tour d’Evraud », dans laquelle un bandit du même nom allumait un feu la nuit pour attirer ses victimes…
C’est un Anglais, paraît-il, qui nous a révélé la vérité en nous apprenant qu’il s’agissait d’une cuisine romane. Il en existe d’autres exemples en Angleterre. Rien d’étonnant à cela quand on songe que cette cuisine date du XIIe siècle, époque où les rois Plantagenêt d’Angleterre vivaient en Touraine.
L’intérieur est aussi surprenant que l’extérieur.
En entrant, cinq « alcôves » comme celle-ci nous entourent, laissant l’espace central vide et surmonté d’une haute cheminée. Comme on sait maintenant que nous sommes dans une cuisine, on s’imagine aisément un immense feu au milieu, dont la fumée sort naturellement par la cheminée centrale… Trop facile ! La vérité est beaucoup plus subtile !
Regardons l’architecture :
La cuisine est décorée de chapiteaux portant quatre arcs formant un plan carré, eux-mêmes surmontés de quatre autres petits arcs qui nous font passer à un plan octogonal. Ce n’est pas que de la déco ! Cela permet d’avoir une circulation d’air très active, donc un système de « tirage » parfaitement approprié et efficace.
Rappelez-vous ces cinq « petites alcôves » tout autour. Ce sont en fait les foyers, formant autant de grandes niches saillantes. Ils sont reliés directement à des tuyaux menant vers l’extérieur à ce que l’on pensait être des petits clochetons, donc en fait des cheminées sur plusieurs niveaux.


La fumée qui ne prenait pas son cours naturel par les tuyaux « B » (directs) (au niveau inférieur) trouvait au-dessus d’autres tuyaux « C » (au 2ème niveau) destinés à l’attirer au dehors et à enlever l’excès de chaleur ou de fumée. Puis enfin le gros tuyau central « D », ouvert au sommet de la pyramide octogonale faisait échapper la buée qui pouvait se former dans la cuisine (Non, non ! nous n’avons pas inventé la hotte aspirante !)
Quant à l’espace central, il était très probablement occupé par une table sur laquelle on pouvait couper les viandes ou poissons, et servait de plan de travail en somme.
A cette époque, on conservait beaucoup les aliments en les fumant. Les forêts étaient giboyeuses et la Loire pullulait de saumons. La cuisine faisait donc office de fumoir pour conserver viandes et poissons, d’où l’intérêt d’un aussi bon système de tirage.
Avons-nous fait mieux par la suite ? Si l’on en croit Viollet le Duc (architecte du XIXe, spécialiste de restaurations) dans l’extrait qui suit, il semble bien que non :
« Aujourd’hui nous sommes visiblement loin des temps barbares où l’on savait satisfaire aux besoins vulgaires de la vie ; dans nos châteaux et nos grands établissements publics, nous plaçons nos cuisines au rez-de-chaussée ou dans les caves, de façon à répandre dans le logis l’odeur nauséabonde qui s’échappe de ces officines ; ou bien, si nous les disposons dans des logis séparés, les règles de la bonne architecture veulent qu’elles occupent les communs, c'est-à-dire des ailes presque toujours éloignées du corps de logis principal, si bien qu’il faut apporter les mets à travers de longs couloirs, et que tout ce qui est servi sur table ne peut conserver qu’une fade tiédeur entretenue par des réchauds. »
Datant de la même époque que la cuisine romane, nous verrons la prochaine fois l’église abbatiale…
On se demande parfois à qui s’adresse le culte de Fontevraud !… Abbesses de la haute noblesse, auriez-vous des appartements dignes de la Cour dans l’abbaye ? Regardez donc cette image à 360° ci-dessous…En zoomant, vous pourriez presque rentrer dans la salle capitulaire, que nous allons retrouver tout de suite. Regardez au-dessus de cette salle (droit devant vous) la lucarne renaissance richement sculptée… donnant sur l'appartement de l'abbesse. Un peu incongrue dans une abbaye, vous ne trouvez pas ? Et une cheminée ! Pour le seul appartement chauffé de l’abbaye : celui de l’abbesse bien sûr !… les nonnes n’ont le droit d’avoir chaud que dans une salle commune, le « chauffoir ». Ah ! La « pauvreté » de la règle bénédictine ! Comme elle est respectée !...
(N’hésitez surtout pas à vous promener sur cette image, tournez, avancez, reculez…et mettez-la en plein écran)
Abbaye of Fontevraud - Balcony in
France
Parlant de « pauvreté » et de simplicité, rentrons une dernière fois dans cette salle capitulaire et regardons les fresques de Thomas Pot (peintes en 1563) dont elle est couverte…Là encore… modestie oblige ! Les abbesses se sont faites représenter ou rajouter chacune en leur temps sur les différentes scènes religieuses, toutes issues des familles de Bourbon et de Rochechouart.
Les peintures représentent les étapes de la passion du Christ : la cène avec le lavement des pieds, la trahison de Judas, la flagellation, le couronnement d’épines, la mort sur la croix, la mise au tombeau, la résurrection, l’ascension, la Pentecôte et la Dormition de la Vierge.
lavement de pieds
le baiser de
Judas
des rajouts sont faits parfois sur les peintures, comme ici,
au moment des guerres de religions :
regardez ce personnage au manteau bleu, visiblement rajouté,
regardant Judas embrasser Jésus... Comme il ressemble à Sully !
le futur ministre d'Henri IV, chef des protestants avant de se convertir.
Curieusement, l'abbesse représentée à
gauche de cette même scène
est probablement Louise de Bourbon, farouche opposante aux protestants...
peinte par Thomas Pot en même temps que la fresque ; elle s'intègre parfaitement dans le décor.
Par contre, celle de droite
est visiblement rajoutée avec son prie-Dieu luxueux.
Elle cache un personnage dont on ne voit plus que le pied qui
dépasse.
la
crucifixion
la mise au
tombeau
la résurrection
La plupart des abbesses sont issues des familles de Bourbon (famille royale) et de Rochechouart.
Eléonore de Bourbon
Jeanne-Baptiste de Bourbon
Les Rochechouart ? Non, ce n’est plus la famille royale… enfin presque ! On rentre maintenant dans le cercle de la favorite de Louis XIV…

- Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, dite la « Reine des abbesses » car considérée comme une abbesse modèle, est la sœur de Madame de Montespan (favorite de Louis XIV)
- Louise-Françoise de Rochechouart
- la toute dernière abbesse sera Julie-Gillette de Pardaillan
d’Antin, arrière-arrière-petite-fille de Madame de Montespan et arrière-arrière-petite-nièce de la Reine des abbesses. Elle sera la dernière à quitter l'abbaye, le 25 septembre 1792,
chassée par les révolutionnaires, déguisée en paysanne. Puis l’abbaye sera pillée, ravagée, partiellement incendiée.
Hormis ses abbesses, Fontevraud recevra aussi des pensionnaires de marque, parmi lesquelles les quatre filles cadettes de Louis XV, qui sont elles aussi rajoutées sur les fresques de Thomas Pot.
robe de cour pour la petite
demoiselle
Pour faire l'économie de leur entretien à la cour et certainement aussi pour ne pas laisser trop d'influence à la reine (Maria Leszczinska) qu'une large descendance aurait pu conforter, les quatre dernières filles de Louis XV : Madame Victoire, Madame Sophie, Madame Thérèse et Madame Louise sont élevées loin de la cour, à Fontevraud de 1738 à 1750, où elles passent leurs jeunes années avant de revenir à Versailles.
Madame Thérèse ne reverra pas Versailles, elle meurt à Fontevraud et Madame Louise reviendra très marquée par la vie monacale qu'elle retrouvera plus tard au Carmel de Saint-Denis.
Le roi conserve à ses côté les aînées, auxquelles il s'est attaché, et dont l'éloignement aurait été trop douloureux, ce qui ne les empêchera pas de soutenir aux côtés du Dauphin un long combat contre les maîtresses successives de leur père, en particulier Madame de Pompadour, qu'elles appellent entre elles "Maman putain".
Vous l’aurez compris, Fontevraud devient une abbaye royale dans tous les sens du terme, de par son statut (n'a de compte à rendre qu’au roi de France pour le temporel)… et de par ses abbesses et pensionnaires ! Que dirait Robert d’Arbrissel de voir ainsi toute une vie de cour s’y installer ?
Pauvre Robert ! Lui qui voulait la boue comme sépulture, que fait-il donc là entouré de ces nobles abbesses et
pensionnaires royales ? En plein milieu de l'église abbatiale... que nous verrons très bientôt...
Avant de mourir, le fondateur de Fontevraud nomme Pétronille de Chemillé comme abbesse, ce sera la première.
Mais celle-ci ne respectera pas les dernières volontés de Robert quant à son lieu de sépulture ; il ne veut être inhumé ni dans l’église de Fontevraud, ni au cloître, mais en pleine boue.
Pétronille de Chemillé a parfaitement compris l’esprit dans lequel Robert d’Arbrissel l’a placée à la tête de la communauté (vous savez bien ! cette volonté un peu glauque de soumettre les moines à une femme). Parce qu’elle est de haut lignage, parce qu’elle est fière peut-être, elle s’efforce de faire disparaître tout ce qui pourrait rappeler la volonté d’humiliation du fondateur. Ainsi lui refuse-t-elle la boue tant désirée et l’ensevelit-elle à l’honneur, près du grand autel de Fontevraud, là où aucun culte populaire n’est possible, puisqu’au milieu d’un endroit clos. Sa troupe mixte et itinérante a suffisamment dérangé comme ça ! (voir article 40). Il ne faut surtout pas que ça recommence…
A Pétronille succède Mathilde d’Anjou, fille du Comte Foulques V d’Anjou et tante d’Henri II Plantagenêt (ça y est ! les revoilà !). Une abbesse appartenant à cette famille ne peut être qu'un bien pour la jeune abbaye encore très modeste… Les Plantagenêt vont désormais faire la fortune de Fontevraud.
C’est à cette époque que sera construite l’église abbatiale et deux couvents : le grand Moustier pour les femmes et Saint jean pour les moines.
Mais aujourd’hui je ne vais pas respecter la chronologie (une fois n’est pas coutume !), car c’est dans la salle capitulaire que nous allons pouvoir rencontrer quelques unes des abbesses.
Tout d’abord, expliquons un peu ce qu’est une salle capitulaire :
Aussi appelée salle du chapitre, c’est le lieu où se réunit ordinairement la communauté religieuse de l’abbaye.
« Capitulaire » vient du mot latin capitulum, qui veut dire "tête" ou "chapitre ".
On y règle les questions de discipline ; c’est également là que se discutent les questions matérielles, se décident l’admission des novices, ont lieu l’élection des abbesses et la réception
des hôtes de marque, sont faits le prêche, des sermons, les annonces et proclamations communiquées par l’ évêque ou le pape.
La salle capitulaire est souvent largement ouverte sur le cloître (vous le voyez sur les images, ni porte, ni fenêtres, mais de
larges ouvertures… non, non on n’a pas oublié de remplacer les fenêtres !). Elle est en contrebas de quelques marches, afin d'offrir une vue
plongeante à ceux qui restaient debout à l'extérieur lorsque l'assistance était trop importante pour être contenue dans la pièce.
Tout le monde, toutefois, n’avait pas le droit de rentrer pour assister à certains conseils… Tout le monde « n’avait pas droit au chapitre »… ce qui nous a donné cette même expression pour dire qu’on n’a pas le droit à la parole.
La salle capitulaire de Fontevraud a été construite au XVIe siècle, sous François 1er, en pleine époque renaissance.
Elle se compose de deux nefs de trois travées, délimitées par deux colonnes s’ouvrant en cœur de palmier. L’ensemble nous laisse une impression d’élégance et de légèreté, mais pas de simplicité… En effet, la salle est enrichie de décorations et d’emblèmes qui n’ont rien à envier aux châteaux royaux de la même époque, chose des plus surprenantes dans une abbaye vouée à la règle bénédictine, donc à la pauvreté et à la modestie.
Même le sol n’y échappe pas. On retrouve sur les dalles les emblèmes de deux abbesses appartenant à la famille royale : Renée de Bourbon-Vendôme (abbesse de 1491 à 1534)
et Louise de Bourbon-Vendôme, sa nièce (abbesse de 1534 à 1575). Leur succéderont Eléonore de Bourbon, Louise II de Bourbon et Jeanne-Baptiste de Bourbon, fille légitimée d’Henri IV et d’une de ses favorites Charlotte des Essarts et donc demi-sœur de Louis XIII.
Regardons ces emblèmes :
- les « L » ailés surmontés de la couronne royale de Louise de Bourbon
- la salamandre, emblème de François 1er
- le blason de fleurs de lis de la famille royale
- les initiales « RB » de Renée de Bourbon.
On se demande parfois à qui s’adresse le culte de Fontevraud…
Aux murs, des fresques magnifiques peintes par Thomas Pot en 1563, représentant les étapes de la passion du Christ, nous montrerons encore la "modestie" des abbesses et
pensionnaires de l'abbaye, mais ce sera la prochaine fois...
Nous avons vu le comportement étrange, limite sulfureux, de Robert d’Arbrissel vis-à-vis des femmes, qu’il recherche pour mieux combattre la tentation qu’elles représentent… Mais qu’en est-il de ces femmes, justement ? Qui sont-elles ? Il semble qu’elles le recherchent aussi…
On les rencontre dans toutes les couches sociales, nobles et riches, ou d’origine modeste. On constate, par contre, un dénominateur commun à toutes : l’irrégularité de leur situation matrimoniale, et toutes malheureuses en ménage… (Qu’on se le dise, messieurs !)
Voyons quelques cas qui illustrent bien ce que j’avance :
- Pétronille de Chemillé tout d’abord. A elle
l’honneur !… elle sera choisie par Robert d’Arbrissel comme première abbesse. On ne trouve pas trop de détails sur elle, mais on sait qu’elle a été mariée et a eu au moins deux fils.
Etait-elle veuve, répudiée, ou fuyait-elle son mari ? Elle quitte en tout cas la maison de son père pour rejoindre Robert et sa troupe…
- Ermengarde, « femme indocile et impossible ». De belle noblesse, elle est d’abord mariée à Guillaume IX d’Aquitaine, « prince des troubadours », dont on connaît le goût pour les douces compagnies féminines et les tentations volages.
Guillaume IX
(au fait ! c'est le grand-père d'Aliénor
d'Aquitaine)
Il ne supporte pas longtemps la hargne de sa femme et son aigreur d’être trompée et humiliée par la présence constante de concubines et… il la répudie ! (il aurait sans doute fallu qu’elle applaudisse !). Elle rentre humiliée en Anjou et est très vite remariée au placide duc de Bretagne, Alain Fergent. Après quelques décennies de vie commune, elle tente de faire casser son mariage pour aller vivre à Fontevraud (mais quelle mouche la pique ?). Comme les évêques refusent, elle doit rentrer à la maison. Têtue quand même, elle réussit à convaincre son époux de se faire moine, pour pouvoir retourner à Fontevraud. Ce dernier se laisse fléchir et meurt au cloître, tandis qu’Ermengarde… rejette le voile à peine Robert d’Arbrissel mort ! (Quelle vocation !!!)
- Philippa, 2ème épouse de Guillaume IX d’Aquitaine, a succédé à Ermengarde à ce poste périlleux (c'est la grand-mère d'Aliénor). Lassée de la compagnie des concubines de son époux, elle aussi se réfugie à Fontevraud.
Bertrade d'Anjou
- Bertrade d’Anjou, femme du Comte d’Anjou, Foulques IV, enlevée par Philippe 1er, roi de France, est poursuivie des foudres de l’église car son royal compagnon est cousin de son mari ! A la mort de ce dernier, elle fait retraite à Fontevraud.
Pour ce qui est des femmes d’origine plus modeste, ce sont souvent des épouses répudiées ou humiliées par leur mari, mais aussi des pucelles faciles et des prostituées. Sans doute leur vient-il aussi le désir de traitements plus doux. A celles qu’on rejette, qu’on condamne ou qui fuient, Robert d’Arbrissel ouvre les bras…
De là à le dire défenseur des femmes, voire féministe, il y a quand même un grand pas, et contrairement à ce qu’on pense souvent de lui, présenté comme un révolutionnaire, loin de réhabiliter les femmes, c’est surtout le mépris envers elles qui ressort.
N’oublions pas qu’en ce « beau » Moyen Âge, la femme est rendue responsable de tous les maux de la terre et lui-même n’en pense pas moins quand il prétend leur résister pour se sentir plus fort… mais aussi pour les sauver, elles, d’elles-mêmes ! L’homme qui dort auprès des femmes pour éprouver sa tentation voit-il en elles autre chose que des tentatrices ? L’homme qui veut soumettre les hommes de sa communauté à une femme pour leur imposer une certaine humilité ne voit-il pas les femmes comme des inférieures ? Une sorte « d’instrument pour le rachat des hommes »… (Comme c’est glorieux pour nous mesdames !)
Et pourtant, c’est à une femme qu’il confie son ordre peu avant sa mort en 1116 pour mieux assujettir ses frères moines, un ordre dédié à la vierge Marie, en se référant aux paroles du Christ sur la croix ; il place Jean au service de Marie et le lui confie par la même occasion : « Mère, voici ton fils… Fils, voici ta mère ».
36 abbesses vont se succéder de 1115 à 1792, toutes issues du milieu aristocratique. Parmi elles, il y aura 14 princesses dont 5 de la famille des Bourbon. Elles seront toutes élues par la communauté avec l’agrément du Roi. L'abbaye est une institution monastique indépendante qui n'a de compte à rendre que directement au pape pour le spirituel, et au roi de France pour le temporel.
L’Ordre Fontevriste que Robert d’Arbrissel vient de créer a une règle de vie qui s’inspire beaucoup de celle des bénédictins : chasteté, obéissance, silence et pauvreté.
Il va aussi s’étendre dans tout le pays, pour être à la fin du XIIe siècle, à la tête de 123 fondations.
Les débuts de Fontevraud en 1101 sont plutôt difficiles ; ils vivent dans des huttes et des grottes. Mais rapidement, grâce à la générosité des Comtes d’Anjou (Vous savez bien… ces fameux Plantagenêt !), Robert commence la construction de deux couvents :
- le Grand moûtier pour les religieuses (le plus grand car elles sont plus nombreuses)
- Saint-Jean pour les moines.
Plus tard apparaîtront :
- Saint-Lazare, pour les lépreux puis les malades en général
- Sainte-Madeleine pour les prostituées repenties et les veuves (quel drôle de mélange !)
Mais nous verrons tout cela dans les prochains articles…
Comme promis, je vous emmène visiter cette superbe et intéressante abbaye de Fontevraud que j’ai mentionnée plusieurs fois dans les articles précédents.

Situons-la d’abord : à quelques kilomètres de Saumur en Anjou (aujourd’hui Maine et Loire), elle est tout près du confluent de la Loire et de la Vienne, près de Candes-Saint-Martin aussi (voir article 23). En s’éloignant de la Loire, elle est située dans un vallon entouré de forêts, autrefois lieu inculte et aride. La vie y était possible toutefois grâce à une source (« fons »).
Dans ce vallon vivait paraît-il un brigand terrible nommé « Evrault » ou « Ebraldi », qui avait fait élever une tour qui lui servait de retraite. Chaque soir, quand la nuit venait, il allumait un feu au sommet pour attirer les voyageurs égarés, les tuer et les dépouiller.
La fontaine d'Evrault :« Fons Ebraldi » ou « Fons Evrault » donnera le nom de ce site : « Fontevraud ».
C’est ici qu’un certain Robert d’Arbrissel va fonder une abbaye. Mais qui est-il,
ce fondateur ? Un simple moine, me direz-vous ! Oui ! Mais qui pose quelques problèmes de conscience, au point qu’il n’a jamais été canonisé.
voyez l'imagination des peintres !
il porte ici une auréole alors qu'il n'a jamais été canonisé
Regardons un peu sa vie pour comprendre les questions qu’il soulève…
Robert est né vers 1045 à Arbrissel (diocèse de Rennes). Son père était le curé du village (ça commence bien !). Contrairement à maintenant, il était très normal et courant à l’époque que les prêtres se marient (il faudrait peut-être le dire au pape !). Si les moines sont alors tenus par leur vœu de chasteté, l’Eglise n’a guère cherché à imposer à ses prêtres de vivre dans le célibat, si bien qu’on était curé de père en fils…
Après des études médiocres, Robert prend donc naturellement la succession de son père comme curé de la paroisse.
Jusque là, rien que de « normal » en somme. Mais voilà que l’évêque de son diocèse de Rennes, Sylvestre de la Guerche, bien qu’ancien soudard, se prend d’avoir des idées très strictes : il dénonce la « simonie », c'est-à-dire le trafic des charges ecclésiastiques (être curé de père en fils) et le « nicolaïsme », qui est le manquement des clercs à la chasteté… et demande à Robert de l’aider et de prêcher dans ce sens.
Robert d’Arbrissel va donc le soutenir dans cet effort de moralisation du clergé breton. Mais imaginez ce curé dont le père était marié, peut-être l’est-il lui-même... en tout cas il a très certainement connu des femmes, il apprend tout à coup (enfin on lui dit) que tout ça est très mal et il se découvre coupable de ces deux maux qu’il doit combattre maintenant : le mariage des prêtres et leur manquement à la chasteté ! Il en résulte pour lui un sentiment de culpabilité pour une faute jusqu’alors insoupçonnée… d’autant plus vif car tardif ; il a plus de 30 ans et les habitudes… sont ce qu’elles sont!
Le conflit intérieur qui s’installe en lui doit être bien grand et douloureux. Il a l’âme fêlée ! Converti à la morale nouvelle, il veut sortir les autres de la boue où il croit maintenant s’être vautré et se châtier lui-même, châtier cette chair qu’on vient de lui apprendre à haïr. Il a bien sûr des détracteurs (en particulier le nouvel évêque de Rennes, Marbode) mais le pape Urbain II le soutient et lui confie officiellement une mission de prédication (en 1096).
Il part donc au « désert », en forêt de Craon, à la limite de la
Bretagne et de l’Anjou, mener la vie ascétique de l’ermite pour prêcher, affronter la tentation et s’obliger à la combattre. Je m’explique : en fait, il n’est pas seul.
Dans les forêts de l’Ouest de la France, en cette fin du XIe siècle, les ermites se bousculent et « jamais désert ne fut si peuplé », d’autant qu’ils sont suivis par toute une foule.
Le talent de prédicateur de Robert attire à lui une troupe de pénitents des deux sexes… « Hommes et femmes vont pêle-mêle et pêle-mêle s’étendent, la nuit, au milieu des bois ».
Dans un accoutrement digne des hippies de notre temps Robert d’Arbrissel mène une vie de parfaite chasteté au milieu de cette foule, partageant même la couche des femmes pour mieux résister à la tentation.
« Il mate sa chair par les privations et les sévices », des sévices qui peuvent aller loin en cet âge féodal : deux de ses compagnons se livrent à des gestes insensés qui éclairent le sien. Pour prouver à des femmes qui veulent les séduire tout l’empire qu’ils ont sur leurs sens, l’un se brûle le bras avec un tison, l’autre se couche sur un lit de braise et invite sa séductrice à l’y rejoindre. C’est l’épreuve du feu. Mais Robert est plus fou que les autres ; ce n’est pas au feu, substitut de la chair, qu’il s’affronte, mais à la femme elle-même, corps à corps. Son péché est d’orgueil : se croire plus fort que le désir qui le hante.
Tout cela ne démontre pas un comportement très sain. C’est là que le bât blesse pour plus tard une éventuelle canonisation. Deux théories s’affrontent : certains voient en Robert d’Arbrissel un ancêtre du féminisme, d’autres un idéaliste extrémiste, considérant la femme comme cause du mal… le diable quoi ! C’est pour cela qu’il l’affronte comme le pire des supplices… mais de manières assez variées : trop doux avec les unes, il ne dédaigne pas de partager leur couche, trop dur avec les autres, il les expose à la faim, la soif, la nudité.
Ces comportements commencent à faire jaser et le nouvel évêque de Rennes, Marbode, lui adresse une lettre où il lui reproche de troubler l’ordre moral et social. Pour mieux contrôler ce prédicateur itinérant d’un genre nouveau on l’oblige alors à se poser dans un endroit suffisamment reculé (quand même!) et c’est ainsi que Robert fixe sa troupe dans ce vallon de Fontevraud, où il va fonder une impressionnante abbaye.
C’est ce que nous verrons la prochaine fois, mais aussi qui sont ces femmes qu’il attire tant et pourquoi son choix d’une abbesse à la tête de l’abbaye…
La mort d’Aliénor d’Aquitaine ôte à Jean sans Terre une aide et un soutien précieux contre le Roi de France Philippe-Auguste.
De plus, s’être débarrassé de son neveu Arthur, vraisemblablement en l’assassinant, et de sa nièce, en l’emprisonnant à vie, pour ne plus avoir de rival pouvant prétendre à la couronne d’Angleterre, n’arrange en rien la réputation de Jean sans Terre, qui, déjà roi félon, acquiert une réputation d’homme impitoyable.
Il ne trouve grâce qu’aux yeux des Anglais, sans toutefois faire l’unanimité des « Barons ». Tout cela se passe en France, loin de chez eux. Ils ne se sentent peut-être pas très concernés et voient surtout ce qu’il leur a apporté : citons notamment la naissance d’une nouvelle et puissante marine.
Il encourage les chantiers navals et fait de Portsmouth le nouveau siège de la marine. Durant son règne, des améliorations sensibles sont réalisées dans la conception des bateaux, notamment l’addition de voiles et de châteaux amovibles à l’avant. Il crée également les premiers grands navires de transport. En fait, il est parfois crédité de la fondation de la « Royal Navy » moderne.
En France, par contre, Philippe-Auguste fait maintenant une guerre ouverte à Jean sans Terre.
Avec le soutien des vassaux d’Arthur, Philippe-Auguste lance l’offensive en Normandie contre Jean sans Terre, qui
commet l’erreur de rentrer en Angleterre.


Château-Gaillard tombe et Philippe-Auguste peut envahir l’ensemble de la Normandie : Falaise, Caen, Bayeux, Rouen…en deux ans de campagne. Puis il se tourne vers la vallée de la Loire... Philippe-Auguste prend d’abord Poitiers en 1204, puis Loches et Chinon en 1205.
L’incroyable réussite de Philippe-Auguste amène ses rivaux à s’unir contre lui. Les principaux coalisés sont :
Othon IV, Empereur romain-germanique, Renaud de Dammartin, Comte de Boulogne, le Comte Guillaume 1er de Hollande, le Comte de Flandres et bien sûr, Jean sans Terre. S’ensuivent des batailles,
surtout dans le Nord de la France, dont la plus célèbre reste la
«bataille de Bouvines » en
1214,
qui voit la coalition dissoute dans la défaite.
Philippe-Auguste rentre à Paris en vainqueur. Sa victoire est totale et ses ambitions ne s’arrêtent pas là : il va jusqu’à
essayer de prendre sa couronne à Jean sans Terre.
Ce dernier connaît des difficultés en Angleterre. Il doit signer la « Magna Carta » avec les barons, un document qui limite ses pouvoirs ; c’est une des bases de la démocratie britannique, la royauté en Angleterre n’est dorénavant plus absolue.
Prétendant avoir signé sous la contrainte, il reprend sa parole. Mécontents, une partie des barons anglais offrent alors la couronne à
Louis (futur Louis VIII, fils de Philippe-Auguste), qui ne réussit toutefois pas à conquérir le royaume.
Louis s’installe à Londres, mais le pape, Innocent III, va sauver Jean sans Terre en le soutenant et en excommuniant Louis. Il s’en est fallu
de peu.
Jean n’a jamais si bien porté son surnom : né sans terre…il finit presque sans
terre…
Il meurt peu de temps après, de dysenterie, en 1216.
Jean sans Terre est enterré dans la cathédrale de Worcester.
C’est le premier roi de la dynastie Plantagenêt à être enterré en Angleterre. Sa femme, Isabelle d’Angoulême, par contre, est enterrée à Fontevraud, où elle rejoint une grande partie de la famille : Henri II Plantagenêt, Richard Cœur de Lion et Aliénor d’Aquitaine.
En tout cas, il perd une grande partie de ses possessions françaises (voir la carte).
C’est ainsi que nos régions de Touraine et d’Anjou, qui nous intéressent plus particulièrement, sont rattachées à la couronne de France.
Philippe-Auguste agrandit considérablement le royaume de France en confisquant les terres de Jean.
C’est aussi le premier roi qui fait porter sur son sceau le titre de
« Roi de France »
au lieu de « Roi des Francs », et ce dès 1190.
La prochaine fois, nous ferons une halte dans l’abbaye royale de Fontevraud, où sont enterrés ces rois et reines Plantagenêt dont nous avons fait la connaissance au cours de ces dernières semaines.
pour un accompagnement musical, cliquez ci-dessous
A la mort de Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre devient Roi d’Angleterre et hérite de toutes les terres des Plantagenêt.
Né trop tard pour obtenir quelques terres au moment du partage (plus fictif que réel, d’ailleurs) qu’Henri II Plantagenêt avait fait entre ses fils, Jean a toujours rêvé de mettre sur sa tête la couronne d’Angleterre, et agit en conséquence… C’est chose faite : il est roi !
Cependant, tous ne sont pas prêts à le reconnaître. Nombreux sont ceux qui regardent son jeune neveu, Arthur 1er de Bretagne (fils du 3ème fils d’Henri II), comme l’héritier légitime. Et de fait, il l’est. Il prime dans la liste de succession à la couronne sur son oncle Jean (4ème fils seulement). Le roi Richard, sans enfant, avait d’abord choisi Arthur comme héritier, puis, le jugeant trop jeune (il n’a que 9 ans quand il devient duc de Bretagne) et trop faible, il désigne finalement son frère Jean à qui il pardonne toutes les trahisons.
Mais Arthur a des alliés, et pas des moindres : de nombreux grands seigneurs de l’Ouest de la France, qui espèrent
pouvoir le manipuler à leur gré… et surtout le Roi de France !

Eh oui ! Philippe-Auguste, ancien « allié » de Jean sans Terre contre Richard Cœur de Lion, soutient maintenant Arthur contre Jean. Les alliances se font et se défont au gré des circonstances et surtout des intérêts. Il prend Arthur sous son aile et l’encourage à revendiquer la couronne d’Angleterre.
C’est encore Aliénor d’Aquitaine qui tente de pacifier ces deux familles ennemies de France et d’Angleterre en organisant le mariage de sa petite fille Blanche de Castille et de Louis (futur Louis VIII, fils de Philippe-Auguste). Elle négocie cette « affaire », qui s’accompagne d’un renoncement de la part de Philippe-Auguste au soutien qu’il porte à Arthur, et va jusqu’à aller chercher sa fille elle-même au-delà des Pyrénées.
C’est une bonne idée qui va pacifier pendant deux ans les relations entre les deux familles, mais Jean ne sait décidément pas se faire
apprécier, c’est le moins qu’on puisse dire, et très vite son arrogance, ses vexations envers ses vassaux et surtout l’enlèvement de la fiancée de l’un d’eux, Isabelle d’Angoulême, pour en faire sa femme, va soulever les grands vassaux de L’Ouest de la France contre lui. Ceux-ci demandent réparation au Roi de France. Il n’en
faut pas plus à Philippe-Auguste pour convoquer Jean à la Cour, sachant qu’il ne viendra pas, ce qui lui donne l’occasion, un bon prétexte en tout cas, pour prononcer la commise, ou confiscation
de tous les biens continentaux de Jean sans Terre… qu’il transfère à Arthur de Bretagne, le neveu de Jean, à charge pour lui de les conquérir. Pour ce faire, il lui envoie une aide militaire et
un conseiller expérimenté, Guillaume des Barres.
Arthur va donc chercher à s’emparer des territoires de son oncle. Agé de 15 ans, il peut maintenant jouer un rôle plus actif et sans attendre la constitution complète de son armée se lance contre son oncle… et sa grand-mère Aliénor, qui s’est rangée du côté de Jean.
Aliénor d’Aquitaine, retirée en l’abbaye de Fontevraud, se hâte de rejoindre Poitiers pour défendre ses domaines.
Elle fait une halte dans le château de Mirebeau (aux portes du Poitou) où elle est assiégée par son petit-fils Arthur.
Imaginez un gamin de 15 ans qui s’apprête à capturer sa grand-mère de 80 ans !
Heureusement, Jean vient à son secours et capture Arthur.
Arthur est emmené d’abord à Falaise, puis à Rouen. De là, on perd sa trace ; personne ne sait ce qu’il est devenu.
Les hypothèses vont bon train à ce sujet. Je vous en livre une ou deux :
- Certains disent qu’après avoir bu, Jean l’aurait tué de sa propre main, puis aurait jeté son corps dans la Seine, attaché à une lourde pierre.
- Autre hypothèse : l’officier commandant la forteresse où il est emprisonné prétend l’avoir remis aux agents du roi (Jean), envoyés pour le castrer et qu’il serait mort suite à l’opération.
Par la suite, cet officier se rétracte et affirme qu’Arthur vit toujours.
Nous ne saurons jamais ce qui s’est passé, mais en tout cas, on ne l’a plus revu.
Outre Arthur, Jean capture également sa nièce (sœur d’Arthur), qui maintenant peut aussi prétendre à la couronne. Elle demeure prisonnière le reste de sa vie.
Aliénor se retire à nouveau à Fontevraud, où elle passe les deux dernières années de sa vie (1202-1204).
Elle assiste, sans pouvoir y remédier, au
déclin du pouvoir de son dernier fils. Jean sans Terre, après avoir fait tuer son neveu Arthur dans sa prison de Rouen, se montre incapable de maintenir son pouvoir sur la Normandie.
Quelques semaines avant sa mort, le 6 mars 1204, elle doit apprendre que le roi de France s’est emparé de Château Gaillard.
Le 31 mars, Aliénor expire ; le lieu de son décès est aussi mystérieux que celui de sa naissance : Poitiers ou Fontevraud ?
C’est en tout cas dans l’église de cette abbaye qu’elle est inhumée en habit de moniale fontevriste, dans une tombe qui ne sera que quelques années
plus tard surmontée du gisant, sans doute commandé de son vivant, ainsi que ceux de son époux Henri II et de son fils Richard Cœur de Lion.
Après avoir acquis une réputation de femme légère et frivole dans sa jeunesse (avec les troubadours et son oncle Raymond), après avoir comploté avec ses fils contre son époux, Aliénor s’est avéré être une Reine-Mère précieuse pour ses fils, que ce soit Richard ou plus tard Jean, et a soutenu l’un puis l’autre jusqu’au bout de ses forces, n’hésitant pas à quitter sa retraite et à s’aventurer sur les grands chemins jusqu’à un âge très avancé… Souvenez-vous qu’elle a rejoint Richard en route vers la croisade pour lui amener sa fiancée, elle est allée ensuite à Mayence amener la rançon de Richard. Pour aider Jean, Aliénor va jusqu’en Espagne chercher Blanche (voir plus haut), puis manque ensuite de se faire enlever par son petit-fils… Quelle femme active et courageuse tout de même ! Malgré ses erreurs, on a envie de dire : « chapeaux bas, Madame Aliénor ».
Sans elle, Jean sans Terre sera bien seul pour lutter contre le Roi de France. La diplomatie de sa mère va lui manquer cruellement. Comment va-t-il s’en sortir… ? Nous le verrons la prochaine fois…
La tête pleine de rêves de gloire, Richard Cœur de Lion part en croisade dès le début de son règne. Il persuade le Roi de France, Philippe-Auguste, de l’accompagner, non pas, comme on a pu le dire par amour pour lui (si, si ! ça s’est dit… il était bi, comme on dit), mais pour être sûr que Philippe-Auguste ne profiterait pas de son absence pour usurper ses territoires.
Il n’a pas tord de se méfier… De même qu’il aurait dû se méfier aussi de son jeune frère Jean.
Ce sont ses faits d’armes pendant la croisade qui ont valu à Richard le surnom de « cœur de Lion », lion bien cruel, du reste, qui s’illustre sombrement en faisant égorger 3000 prisonniers musulmans…
Tous ces nobles chevaliers partant en grande pompe délivrer le tombeau du Christ font rêver les plus jeunes, pauvres ou riches, et suscitent d’étranges vocations. C’est ainsi qu’apparaissent deux jeunes personnages :
Nicolas à Cologne et Etienne de Cloyes (petite ville d’Eure et Loir entre Chartres et Tours) qui disent avoir reçu un message de Dieu les appelant à réunir une troupe pour libérer Jérusalem. Cliquez ici pour lire la suite...
Nous avons parlé la dernière fois des aventures extraconjugales d’Henri II Plantagenêt.
Aliénor, excédée par les infidélités de son mari, se retire à Poitiers, où elle entretient un cercle brillant de troubadours et d’artistes. C’est de là que sa vengeance va tranquillement mûrir. L’occasion lui sera donnée par ses fils...cliquez ici pour lire la suite...
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