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de Capucine11
Découvrez la vallée de la Loire et ses nombreux châteaux
au travers de son Histoire... et de ses petites histoires.

Il est difficile de parler des Templiers sans dire un mot sur leur fameux Trésor…
Si le trésor est bien un trésor financier, celui-ci a disparu juste avant l’arrestation des Templiers. Malgré les précautions pour garder l’ordre d’arrestations secret, certains Templiers auraient été prévenus de l’attaque du roi Philippe le Bel et auraient emmené le trésor...
Pendant toute l’époque des croisades, les Templiers jouissent d’une image prestigieuse. Mais la perte de la Terre Sainte par les chrétiens va inverser la donne : l’opinion publique ne leur est plus favorable. On les accuse d’avoir perdu la Terre Sainte et leurs richesses accumulées suscitent la jalousie… et l’envie du roi de France, Philippe IV le Bel ! pour lire la suite, cliquez dessous...
Le Temple se transforme en une énorme puissance économique. Mais après l'échec de la dernière croisade de Saint Louis, les chrétiens sont obligés de quitter la Terre Sainte et les Templiers reviennent en Occident... Mais leur retour ne peut pas plaire à tout le monde...
Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, le rôle des Templiers est de protéger les pèlerins chrétiens sur les chemins de la Terre sainte. Ils participent aussi aux croisades contre les Sarrasins aux côtés des souverains d’Occident.
Leurs activités militaires et de protection des pèlerins nécessitent des fonds. Ils doivent donc exercer une activité économique, commerciale et financière pour payer les frais inhérents au fonctionnement de l’Ordre du Temple et les dépenses de leurs activités militaires en Orient.
Il faut tout d’abord assurer le voyage des pèlerins, essentiellement maritime, le transport des biens, des armes, des frères de l’Ordre et des chevaux. Pour cela, les Templiers ont fait construire leurs propres bateaux, quelques navires partant des ports de Marseille, Saint-Raphaël, Collioure ou Aigues-Mortes en France et d’autres ports italiens pour se rendre dans les ports orientaux après de nombreuses escales.
Plutôt que de financer l’entretien des navires, ils pratiquent la location de leurs bateaux, nefs et galères templières.
En dehors de ces activités commerciales, ils pratiquent aussi des activités financières qui donnent aux pèlerins la possibilité de déposer leurs biens lors d’un départ en pèlerinage, inventant ainsi le bon de dépôt. En échange, on leur remet une lettre sur laquelle est inscrite la somme déposée. Cette lettre cachetée avec le sceau des Templiers prend le nom de lettre de change.
Le pèlerin peut ainsi voyager sans argent sur lui et se trouve plus en sécurité. Arrivé à destination, il récupère l’intégralité de son argent en monnaie locale auprès d’autres Templiers. Ils ont en quelque sorte mis au point un service de change des monnaies pour les pèlerins.
Mais le chemin est long, 12 000 km à pied, et même si la traversée de la Méditerranée est plus sûre, si les pèlerins courent moins le risque d’être détroussés, cette longue route ne reste pas sans danger et bon nombre de ces pèlerins n’arrivent pas à destination et ne récupèrent donc pas leurs biens…
Ainsi se constitue petit à petit le trésor des Templiers.
N’oublions pas non plus les nombreux dons qu’ils reçoivent, dons de toute sorte :
Des donations considérables que les riches consentent pour le « salut de leur âme », des legs de seigneurs ou chevaliers qui souhaitent devenir Templiers et confient à l’Ordre leurs richesses, les dons des « manants » qui ne peuvent pas partir en Terre Sainte mais souhaitent contribuer à leur manière (n’oublions pas l’importance de la religion). Il existe également des « donations rémunérées » : le donateur agit dans le but de percevoir un contre-don ; c’est un avoir lui permettant de recevoir de quoi vivre, le contre-don étant d’une valeur inférieure. Des quêtes aussi sont organisées dans les églises…
L’ordre du Temple est implanté partout en Europe dans des commanderies, c'est-à-dire des monastères en Occident dans lesquels vivent les frères de l’ordre.
Pologne
Portugal
Ces commanderies servent de base arrière afin de financer les activités de l’ordre en Orient et d’assurer le recrutement et la formation militaire des frères de l’ordre.
Elles se sont constituées à partir de dons fonciers et de legs. Grâce à l’importance de ces dons, le Temple devient le premier propriétaire foncier en Europe ! Rien de moins !... et par conséquent perçoit des redevances sur les marchés, moulins, chasses, coupes de bois sur leurs terres, etc…

commanderie d'Arville (Loir et Cher)
commanderie de la Villedieu
(Yvelines)
commanderie de Coulommiers
Par ailleurs, l’ordre du Temple bénéficie d’exemption d’impôts et d’autres privilèges octroyés par le Pape.
Les commanderies templières ont également joué le rôle de garde du trésor royal.
En 1146, Louis VII, premier époux malheureux d’Aliénor d’Aquitaine (voir article 32), en partance pour la deuxième croisade, laisse le trésor royal sous la garde du Temple de Paris. Henri II Plantagenêt d’Angleterre fera la même chose et de nombreux Templiers de la maison d’Angleterre sont aussi des conseillers royaux. Cette pratique s’arrêtera durant le règne de Philippe IV Le Bel, petit-fils de Saint Louis et dernier roi capétien.
A partir du XIVe siècle, les Templiers se sont reconvertis de moines soldats en banquiers et ont complètement perdu de vue la reconquête des Lieux Saints quittés en 1291… Ce sera le sujet de notre prochain article…
Quand nous avons parlé des Plantagenêt, nous sommes partis en croisades à plusieurs reprises : avec Aliénor d’Aquitaine et Louis VII, puis avec Richard Cœur de Lion, sans oublier la « croisade des enfants » (voir articles 32 – 36 – 37). Revenons un peu sur ce thème …
Nous avons vu qu’un pèlerinage en Terre Sainte n’était pas une promenade de santé… loin de là ! Il durait plusieurs années et les pèlerins devaient parcourir près de douze mille kilomètres aller-retour à pied et prendre des bateaux pas toujours très sûrs pour traverser la mer Méditerranée. Ils étaient ensuite débarqués à Saint-Jean-d’Acre et devaient se rendre également à pied sur les lieux saints. Les convois partaient deux fois par an, au printemps et en automne.
Mais les pèlerins chrétiens en route vers Jérusalem sont régulièrement victimes d’exactions voire d’assassinats. Entre les brigands locaux et les croisés aux buts peu louables, les pèlerinages deviennent parfois tragiques, beaucoup de pèlerins n’en reviennent pas ou n’arrivent même pas jusqu’en Terre Sainte tellement les dangers sont nombreux.
Tout cela amène le pape Urbain II à prêcher la première croisade, nous sommes en 1095.
le pape Urbain II prêchant la 1ère croisade
Il demande au peuple chrétien d’Occident de prendre les armes afin de venir en aide aux chrétiens d’Orient. Cette croisade a comme cri de ralliement « Dieu le veut !» et tous ceux qui y prennent part sont marqués par le signe de la croix, devenant ainsi les « croisés ». Cette action aboutit en 1099 à la prise de Jérusalem par les troupes chrétiennes de Godefroy de Bouillon.
Godefroy de Bouillon
Godefroy de Bouillon est désigné « Roi de Jérusalem » par ses pairs, titre qu’il refuse, préférant celui « d’Avoué du Saint Sépulcre », car il ne voulait pas porter une couronne d’or là où le Christ avait porté une couronne d’épines
Godefroy de Bouillon, "Avoué du Saint-Sépulcre"
(son frère et successeur, Baudouin 1er, par contre, refusera de se contenter de ce titre et s’intitulera « Roi de Jérusalem »). Il va très vite organiser la protection des biens du Saint-Sépulcre ainsi que de la communauté des chanoines en créant une institution constituée de chevaliers, appelés « chevaliers du Saint-Sépulcre ».
Une autre institution est créée, « l’ordre de l’Hôpital », chargée d’abord de défendre les pèlerins malades dans les hôpitaux, puis qui devient militaire pour combattre les sarrasins.
les Hospitaliers
Quand par la suite cet ordre est chargé de s’occuper des pèlerins venant d’Occident, naît alors l’idée de créer une « milice du Christ » qui ne s’occuperait que de la protection de la communauté de chanoines du Saint-Sépulcre et des pèlerins sur les chemins de la Terre Sainte, milice avec donc une fonction purement militaire de protection des pèlerins.
Le Roi Beaudouin II octroie aux « Pauvres Chevaliers du Christ » (c’est ainsi qu’on les nomme) une partie de son palais de Jérusalem, à l’emplacement du « Temple de Salomon », qui donne par la suite le nom de « Templiers » ou de « Chevaliers du Temple ». C’est ainsi que prend naissance « l’ordre du Temple ».
Baudouin II donne une partie de son palais, le Temple de Salomon
Il est créé en 1119 par Hugues de Payns qui en devient le premier « Maître ».
Celui-ci, pour étendre la notoriété de la milice au-delà de la Terre Sainte, accompagné de cinq autres
chevaliers, embarque pour l’Occident afin de porter un message au pape et à Bernard de Clairvaux, personnage très influent de l’Eglise.
Ce voyage a trois objectifs :
- faire reconnaître la milice par l’Eglise et lui donner une règle
- donner une légitimité aux actions de la milice, puisque la dénomination de « moine-chevalier » pouvait être en contradiction avec les règles de l’Eglise et de la société en général
- recruter de nouveaux chevaliers et obtenir des dons qui feraient vivre la milice en Terre Sainte.
Une tournée en Occident s’organise. Elle commence par l’Anjou, passe ensuite par le Poitou, la Normandie, l’Angleterre, la Flandre et la Champagne. Ils reçoivent de nombreux dons… L’ordre commence à tisser sa toile !
Quant à l’Eglise, elle justifie la possibilité de concilier « guerre et prière » de la manière suivante :
« Faire la guerre pour des motifs matériels est illicite, mais la faire pour la gloire du Christ devient licite. Saint Bernard les considère comme la « milice du Christ »… »
C’est au concile de Troyes, en 1128, à la demande de Bernard de Clairvaux (Saint Bernard) que l’ordre est véritablement créé avec sa règle qui en régit le fonctionnement. Et ce n’est qu’en 1147 que le pape octroie la croix pattée rouge aux Templiers.
Auparavant, ils étaient seulement vêtus d’un manteau blanc.
Cette croix est cousue sur l’épaule gauche de leur vêtement.
Il y aura toujours une rivalité féroce entre ce nouvel ordre du Temple et l’ordre de l’Hôpital, d’autant plus forte que les Templiers sauront mieux tirer leur épingle du jeu que les Hospitaliers, ils deviendront de solides hommes d’affaires…
et immensément riches !
Templier et Hospitalier
A partir de ce moment là, tous les pèlerins, riches et pauvres, ont droit à la protection des Templiers. Ces derniers vont aussi participer aux croisades, pèlerinages armés, pour effectuer la garde rapprochée des souverains d’Occident :
- ils vont ainsi prêter main forte (en 1147) à l’armée du Roi Louis VII
(accompagné d’Aliénor d’Aquitaine) attaquée dans les montagnes d’Asie Mineure durant la deuxième croisade
- lors de la troisième croisade (1189-1192) les Templiers et les Hospitaliers assurent respectivement l’avant-garde et l’arrière-garde de Richard Cœur de Lion
- lors de la cinquième croisade la participation des ordres militaires, et donc des Templiers, sera décisive dans la protection des armées royales de Louis IX (Saint-Louis).
Seule force militaire bien organisée avec une véritable unité de commandement et une discipline stricte, ces moines soldats encadrent donc des troupes féodales souvent désordonnées qui formaient les armées des croisades : placés en avant-garde de toutes les attaques, en arrière-garde de toutes les retraites, gênés par l’incompétence ou les rivalités des princes commandant ces armées d’aventure, ils perdront en deux siècles plus de 20 000 des leurs sur les champs de bataille !
Les « pauvres Chevaliers du Temple », nous le verrons la prochaine fois, sauront s’organiser efficacement et deviendrons… immensément riches !
A la révolution, Fontevraud est l’abbaye la plus riche et la plus puissante du royaume. Elle est alors pillée, ravagée, partiellement incendiée. Les ordres sont de la supprimer entièrement… Le prieuré des moines est ainsi détruit en 1793, et le reste doit suivre !
C’est Napoléon qui va sauver les bâtiments encore existants de la destruction totale.
En 1795, quand plusieurs propositions de transformation et de réaffectation de l’abbaye sont avancées, trois destins possibles sont discutés :
- aménager l’ancienne abbaye en hospice
- en fabrique de toile à voiles
- ou en maison de détention
Hospice, usine, prison : c’est la dernière destinée qui sera retenue pour Fontevraud, comme d’ailleurs pour d’autres abbayes à la même époque, Clairvaux ou le Mont-Saint-Michel.
L’abbaye est ainsi reconvertie en prison de 1804 à 1814.
La transition s’effectue sans trop de difficultés, au point que certains lieux gardent leur fonction primitive :
- l’hôpital de la Centrale est logé à Saint-Lazare (cloître des lépreux puis des malades en général)
- le prétoire, c'est-à-dire le tribunal intérieur à la prison, dans la salle capitulaire
- les cellules de l’ancien « rigoir » (sorte de geôle monastique) deviennent tout
naturellement le mitard des prisonniers.
les "cages à poules"
- les prisonniers dormaient dans les étages… dans les anciens dortoirs des moniales
Par contre, l’abbatiale est utilisée comme ateliers. Elle est alors réaménagée pour pouvoir les accueillir sur trois étages. On construit des planchers et on supprime les coupoles pour récupérer de la place. Sur les murs de la nef se voient encore les traces de boulins de ces anciens étages.
Les cloîtres deviennent des cours pour les promenades, et des galeries sont construites devant l’appartement de l’abbesse (vous souvenez-vous ? avec la belle cheminée !) pour surveiller les prisonniers.
Le réfectoire est divisé en deux étages : l’étage supérieur devient un dortoir, et le rez-de-chaussée un atelier.
Enfin, les tours des enceintes sont fortifiées pour devenir des miradors.
La nouvelle prison est conçue pour pouvoir accueillir environ 700 détenus. Il y en aura en fait bien davantage, jusqu’à 1800 prisonniers, hommes, femmes et enfants, c’est dire leurs conditions de vie !
C’était une des plus dures prisons de France, on y comptait en moyenne deux morts par semaine. Les prisonniers travaillaient plus de douze heures par jour dans divers ateliers, où l’on fabriquait notamment des boutons, à partir du nacre des coquillages, des gants, des filets, des couvertures pour l'armée. Cette véritable manufacture assurait également la transformation du chanvre et du lin.
graffitis des prisonniers
La Centrale de Fontevraud a inspiré un écrivain d’extrême gauche qui a beaucoup critiqué, entre autres, la politique carcérale en France, je veux parler de Jean Genet.
Dans son roman « le miracle de la rose », il cite la prison de Fontevraud comme une des plus terribles de France, bien qu’il semble n’y avoir jamais séjourné (il n’apparaît sur aucune liste d’écrous).
Ce roman met en parallèle ses propres années de prison, entre autres à la colonie pénitentiaire de Mettray et sa fascination pour un assassin. Un roman bien sûr très critiqué à sa parution en 1946.
En voici un extrait :
« De toutes les Centrales de France, Fontevrault est la plus troublante. C'est elle qui m'a donné la plus forte impression de détresse et de désolation, et je sais que les détenus qui ont connu d'autres prisons ont éprouvé, à l'entendre nommer même, une émotion, une souffrance, comparables aux miennes. Je ne chercherai pas à démêler l'essence de sa puissance sur nous : qu'elle la tienne de son passé, de ses abbesses filles de France, de son aspect, de ses murs, de son lierre, du passage des bagnards partant pour Cayenne, des détenus plus méchants qu'ailleurs, de son nom, il n'importe, mais à toutes ces raisons, pour moi s'ajoute cette autre raison qu'elle fut, lors de mon séjour à la Colonie de Mettray, le sanctuaire vers quoi montaient les rêves de notre enfance. »
La Centrale sera aussi un endroit idéal de 1940 à 1944 pour cacher des résistants contre le nazisme.
Fontevraud reste une prison jusqu’en 1963. Quelques détenus restent toutefois jusqu’en 1985 afin d’aider à la restauration de l’abbaye quand elle est rendue aux monuments historiques pour devenir une entreprise culturelle et touristique gérée par le « Centre Culturel de l’Ouest », dans lequel coopèrent l’Etat et la Région Pays de Loire.
Ainsi s’achève notre visite à Fontevraud… Il est temps maintenant de reprendre le fil de notre histoire… la prochaine fois…
Retrouvons-nous aujourd’hui pour une dernière promenade dans l’abbaye de Fontevraud.
Nous avons vu que l’abbaye a bénéficié des dons de généreux donateurs, notamment de ses voisins, les Comtes d’Anjou, qui sont à l’origine de la dynastie des rois Plantagenêt d’Angleterre avec Henri II.
Rappelons en deux mots qu’ils ont régné sur l’Angleterre de 1154 à 1399. Pourtant leur présence en Anjou reste très forte. Grâce à son mariage avec Aliénor d’Aquitaine, Henri II rassemble un vaste territoire et devient l’homme le plus puissant de son temps.
Toutefois, il doit affronter les complots incessants contre lui de sa femme et ses fils, avides et pressés de prendre le pouvoir et finit sa vie seul, abandonné de tous dans sa forteresse de Chinon (voir articles de 33 à 39). Il meurt pendant l’été 1189 et est inhumé dans l’urgence à Fontevraud, non loin de Chinon. Il fait ainsi de Fontevraud la nécropole de sa dynastie.
Après avoir fait de nombreuses retraites à l’abbaye, Aliénor d’Aquitaine s’y retire en 1200 après la mort sur le champ de bataille de son fils préféré Richard Cœur de Lion, lui aussi enterré à Fontevraud.
Elle se retire, tout en participant encore activement à la vie « politique » de son temps. Aliénor meurt en 1204 à l’âge de 80 ou 82 ans et rejoint son époux et son fils Richard, après avoir commandé leurs gisants et le sien.
Qu’est-ce qu’un gisant ? C’est une sculpture funéraire représentant le défunt couché, mais vivant ou endormi. Réservé aux notables, c’est l’élément principal de décoration du tombeau.
Les premiers gisants montrent souvent le personnage debout, c’est le cas ici pour Henri II.
On le voit à la manière dont tombe le plissé des vêtements. Les plis de son manteau tombent raides vers ses pieds (voir l’image).
Alors qu’à côté de lui, Aliénor est représentée couchée et le drapé tombe naturellement et souplement.
Elle tient dans ses mains un livre ouvert pour rappeler qu’elle était toute sa vie l’amie des poètes et troubadours.
Leur fils Richard et leur belle-fille Isabelle d’Angoulême (femme de Jean sans terre) sont également représentés couchés. Le plissé de leurs vêtements ondule bien dans ce sens.
Le gisant d’Isabelle d’Angoulême, plus petit, visiblement différent des trois autres a été réalisé plus tard.
A l’origine, ces quatre gisants, que nous pouvons voir maintenant dans la nef, se trouvaient dans la crypte accompagnés de deux autres, aujourd’hui disparus : Jeanne d’Angleterre, fille d’Henri et d’Aliénor et le fils de Jeanne, Raymond VII de Toulouse.
Selon la tradition, ils étaient représentés les pieds vers l’Orient et Jérusalem.
Voici une gravure nous montrant le tombeau d’origine et ses gisants.
Le fond est décoré d’une fresque, assez bien conservée, avec les armoiries et emblèmes des Plantagenêt (croix, lions) et les noms d’Henri, Aliénor, Richard, le dernier étant illisible (probablement Isabelle). Cette fresque et les gisants sont les seules choses qui nous restent du tombeau. Celui-ci ainsi que les deux gisants manquants ont été détruits à la révolution et la crypte comblée (ce qui a d’ailleurs protégé la fresque).
Sous le transept de l’église se trouve le « cimetière des rois » qui conserve le corps de huit princes et princesses d’Angleterre mais aussi des urnes contenant le cœur de Jean sans terre, d’Isabelle d’Angoulême et de leur fils Henri III.
Jean sans terre, ayant perdu ses possessions françaises, est le premier
Plantagenêt à être enterré en Angleterre. Ses successeurs resteront bien sûr aussi là-bas. Nos amis anglais aimeraient bien d’ailleurs récupérer les autres membres de la famille, qui se trouvent
à Fontevraud et leurs gisants… Ils nous les disputent âprement ! (allons, allons ! Messieurs les Anglais ! Soyons raisonnables, laissez-les
nous ! Nous n’allons quand même pas recommencer la guerre !)
Nous avons, en effet, un passé suffisamment belliqueux comme cela avec nos amis anglais, des guerres qui ont commencé précisément entre la dynastie Plantagenêt et les Rois de France (Philippe-Auguste en particulier) et s’apprêtent à durer encore plus de cent ans…! ce que nous verrons bientôt…
Mais auparavant, il nous reste à voir la prochaine fois ce qu’il est advenu de l’abbaye de Fontevraud…
Nous venons de quitter la cuisine-fumoir du XIIe siècle, allons faire un tour maintenant dans l’église abbatiale construite à la même époque, de 1105 à 1160.
L’ordre fontevriste étant dédié à la Vierge Marie, il va de soi que l’église sera placée sous le vocable de « Notre Dame ».
Regardons d’abord le chevet (côté extérieur qui délimite le chœur).
Il est orienté à l’Est, vers le lever du soleil qui représente la résurrection et la lumière de Dieu sur le monde. De plus, celui-ci est percé de grandes verrières qui le rendent très lumineux. Conçu en forme de triangle, il est composé d’une grande abside centrale à laquelle s’assemblent par un déambulatoire cinq absidioles (voir l’image).
Sa structure ascensionnelle, en escalier, fait porter le regard vers le haut, vers le clocher dont le
poids est réparti sur le chœur et les absidioles.
Le chevet signifie la tête et sa forme en triangle suggère le corps du Christ. La grande absidiole a une forme de cercle, or le cercle n’a ni début ni fin et représente donc Dieu.
Côté ouest se trouve la façade de l’église et son entrée principale.
Très sobre, elle nous montre de très belles voûtes romanes au-dessus des ouvertures, magnifiques dans leur simplicité.
La seule décoration réside en une frise sur la voûte extérieure du portail et sur les chapiteaux qui la supporte.


Ce sont des chapiteaux pour la plupart« animaliers » ; ils nous montrent des monstres ou animaux finement sculptés entourés de végétaux. Ces monstres ont pour fonction de faire peur et de prévenir ceux qui entrent dans l’église que le diable doit rester dehors…
Un des chapiteaux est « historié », c'est-à-dire qu’il montre un ou des personnages humains. Regardons-le : le personnage de gauche se fait mordre par un serpent, qui représente
le diable. Son épée à la main, il essaie de se défendre. C’est la lutte du bien contre le mal…qui doit rester… dehors !
Rentrons maintenant dans la nef.
Elle est constituée de quatre travées, construites dans le style roman poitevin et très influencée par l’Orient.
Rappelons-nous que les rois Plantagenêt étaient de généreux donateurs pour l’abbaye et ont financé en particulier la construction de l’église. Aliénor d’Aquitaine, qui a participé à la croisade, en a ramené un goût nouveau pour tout ce qui est byzantin… Les maîtres d’œuvre de l’époque, habitués aux voûtes romanes, ont dû revoir leur copie et leurs calculs et ont couvert la nef de quatre coupoles.
Celles-ci sont supportées par les piliers et non les murs (comme
c’était le cas pour les voûtes romanes), le poids des coupoles est réparti ainsi sur quatre points au lieu de deux pour une voûte classique. Cela permet d’ouvrir sur les côtés de vastes
ouvertures laissant pénétrer la lumière du jour. Les piliers eux-mêmes sont surmontés de chapiteaux animaliers ou historiés, décorés d’une frise, là aussi,
d’influence byzantine.
Au bout de la nef assez large, le chœur semble presque fermé car beaucoup plus étroit et élancé. Cette étonnante césure nous montre bien l’évolution de l’architecture… et des architectes !
Qu’il est beau ce chœur dans sa clarté et sa simplicité ! Couvert d’une coupole, son déambulatoire par contre est
surmonté de voûtes romanes. Endroit le plus éclairé de l’église, il reçoit toute la clarté du matin grâce à ses nombreuses ouvertures et à cette pierre de tuffeau blanche qui reflète si bien la
lumière.
Il n’est pas sans rappeler l’église de Candes Saint Martin (voir article 23) datant du XIIe siècle aussi, mais un peu plus tardive que Fontevraud. L’église abbatiale nous montre le style roman poitevin (ou Plantagenêt) alors qu’à Candes, le style fait un grand pas en avant, la voûte se brise et s’élève toujours plus haut dans ce qui est maintenant le style « gothique Plantagenêt ». Mais quelle similitude dans la pureté, la simplicité et la clarté !
Comparez sur ces images…
Fontevraud Candes-Saint-Martin
Nous avons fait ici le tour de l’église abbatiale. Je vous donne un dernier rendez-vous à Fontevraud la prochaine fois où nous retrouverons nos amis Plantagenêt et saurons ce qu’il est advenu par la suite de Fontevraud, avant de reprendre notre voyage dans l'histoire... à bientôt !
Restons encore dans le cloître des moniales, dit le « Grand Moustier », dans lequel nous avons vu la salle capitulaire (article 43).
Dans l’autre partie du cloître, en face, se trouve le réfectoire, accolé à la cuisine.
C’est dans cette salle de 46 m de long (non chauffée) que se retrouvent deux fois par jour toutes les moniales pour leurs repas quotidiens.
Le réfectoire répond à une organisation bien précise. Les moniales prennent place selon leur ancienneté à des tables qui longent les murs, l’abbesse et la Grande Prieure sont placées au fond de la salle au balcon (que vous voyez tout au fond sur l’image). Proche de celle-ci se trouve également une chaire (à l’emplacement de la porte actuelle), dans laquelle une des plus jeunes moniales fait la lecture d’extraits de la bible pendant que les autres mangent dans le silence le plus recueilli.
Il arrive parfois qu’une moniale, punie pour avoir commis quelque faute, doive rester le temps du repas allongée à plat ventre par terre, les bras en croix, sur le sol froid… surplombée par l’abbesse qui peut la surveiller du haut de sa galerie !
Si nous ressortons côté extérieur au cloître, nous nous retrouvons dans les jardins de l’abbaye.
Pour pouvoir se retirer du monde, les moniales essaient de vivre en autosuffisance. Elles essaient donc de produire tout ce dont elles ont besoin, d’où l’importance des jardins.
Ceux-ci sont organisés géométriquement et symétriquement.
On y fait pousser :
- des plantes médicinales, pour se soigner
- des plantes d’agrément pour fleurir les autels
- des plantes potagères ou vivrières (céréales, légumes, grains)
- des plantes à boisson (bière et vin) (il faut bien vivre un peu !)
- des plantes techniques, à fibres, pour tisser les toiles et les vêtements
Et bien sûr, on cultive aussi un verger, pour les fruits.
En arrière-plan du jardin, c’est l’extérieur du réfectoire que nous pouvons voir, prolongé sur sa gauche par un drôle de bâtiment au toit en écailles de tortue, surmonté d’une pyramide et de petits clochetons à l’étrange allure néo byzantine. Ce dernier est relié au réfectoire par une porte.
Longtemps ce petit bâtiment passait pour être une chapelle funéraire… ce qui prouve notre parfaite intelligence des choses et des habitudes du Moyen Âge !… Ou bien on croyait y voir la « tour d’Evraud », dans laquelle un bandit du même nom allumait un feu la nuit pour attirer ses victimes…
C’est un Anglais, paraît-il, qui nous a révélé la vérité en nous apprenant qu’il s’agissait d’une cuisine romane. Il en existe d’autres exemples en Angleterre. Rien d’étonnant à cela quand on songe que cette cuisine date du XIIe siècle, époque où les rois Plantagenêt d’Angleterre vivaient en Touraine.
L’intérieur est aussi surprenant que l’extérieur.
En entrant, cinq « alcôves » comme celle-ci nous entourent, laissant l’espace central vide et surmonté d’une haute cheminée. Comme on sait maintenant que nous sommes dans une cuisine, on s’imagine aisément un immense feu au milieu, dont la fumée sort naturellement par la cheminée centrale… Trop facile ! La vérité est beaucoup plus subtile !
Regardons l’architecture :
La cuisine est décorée de chapiteaux portant quatre arcs formant un plan carré, eux-mêmes surmontés de quatre autres petits arcs qui nous font passer à un plan octogonal. Ce n’est pas que de la déco ! Cela permet d’avoir une circulation d’air très active, donc un système de « tirage » parfaitement approprié et efficace.
Rappelez-vous ces cinq « petites alcôves » tout autour. Ce sont en fait les foyers, formant autant de grandes niches saillantes. Ils sont reliés directement à des tuyaux menant vers l’extérieur à ce que l’on pensait être des petits clochetons, donc en fait des cheminées sur plusieurs niveaux.


La fumée qui ne prenait pas son cours naturel par les tuyaux « B » (directs) (au niveau inférieur) trouvait au-dessus d’autres tuyaux « C » (au 2ème niveau) destinés à l’attirer au dehors et à enlever l’excès de chaleur ou de fumée. Puis enfin le gros tuyau central « D », ouvert au sommet de la pyramide octogonale faisait échapper la buée qui pouvait se former dans la cuisine (Non, non ! nous n’avons pas inventé la hotte aspirante !)
Quant à l’espace central, il était très probablement occupé par une table sur laquelle on pouvait couper les viandes ou poissons, et servait de plan de travail en somme.
A cette époque, on conservait beaucoup les aliments en les fumant. Les forêts étaient giboyeuses et la Loire pullulait de saumons. La cuisine faisait donc office de fumoir pour conserver viandes et poissons, d’où l’intérêt d’un aussi bon système de tirage.
Avons-nous fait mieux par la suite ? Si l’on en croit Viollet le Duc (architecte du XIXe, spécialiste de restaurations) dans l’extrait qui suit, il semble bien que non :
« Aujourd’hui nous sommes visiblement loin des temps barbares où l’on savait satisfaire aux besoins vulgaires de la vie ; dans nos châteaux et nos grands établissements publics, nous plaçons nos cuisines au rez-de-chaussée ou dans les caves, de façon à répandre dans le logis l’odeur nauséabonde qui s’échappe de ces officines ; ou bien, si nous les disposons dans des logis séparés, les règles de la bonne architecture veulent qu’elles occupent les communs, c'est-à-dire des ailes presque toujours éloignées du corps de logis principal, si bien qu’il faut apporter les mets à travers de longs couloirs, et que tout ce qui est servi sur table ne peut conserver qu’une fade tiédeur entretenue par des réchauds. »
Datant de la même époque que la cuisine romane, nous verrons la prochaine fois l’église abbatiale…
On se demande parfois à qui s’adresse le culte de Fontevraud !… Abbesses de la haute noblesse, auriez-vous des appartements dignes de la Cour dans l’abbaye ? Regardez donc cette image à 360° ci-dessous…En zoomant, vous pourriez presque rentrer dans la salle capitulaire, que nous allons retrouver tout de suite. Regardez au-dessus de cette salle (droit devant vous) la lucarne renaissance richement sculptée… donnant sur l'appartement de l'abbesse. Un peu incongrue dans une abbaye, vous ne trouvez pas ? Et une cheminée ! Pour le seul appartement chauffé de l’abbaye : celui de l’abbesse bien sûr !… les nonnes n’ont le droit d’avoir chaud que dans une salle commune, le « chauffoir ». Ah ! La « pauvreté » de la règle bénédictine ! Comme elle est respectée !...
(N’hésitez surtout pas à vous promener sur cette image, tournez, avancez, reculez…et mettez-la en plein écran)
Abbaye of Fontevraud - Balcony in
France
Parlant de « pauvreté » et de simplicité, rentrons une dernière fois dans cette salle capitulaire et regardons les fresques de Thomas Pot (peintes en 1563) dont elle est couverte…Là encore… modestie oblige ! Les abbesses se sont faites représenter ou rajouter chacune en leur temps sur les différentes scènes religieuses, toutes issues des familles de Bourbon et de Rochechouart.
Les peintures représentent les étapes de la passion du Christ : la cène avec le lavement des pieds, la trahison de Judas, la flagellation, le couronnement d’épines, la mort sur la croix, la mise au tombeau, la résurrection, l’ascension, la Pentecôte et la Dormition de la Vierge.
lavement de pieds
le baiser de
Judas
des rajouts sont faits parfois sur les peintures, comme ici,
au moment des guerres de religions :
regardez ce personnage au manteau bleu, visiblement rajouté,
regardant Judas embrasser Jésus... Comme il ressemble à Sully !
le futur ministre d'Henri IV, chef des protestants avant de se convertir.
Curieusement, l'abbesse représentée à
gauche de cette même scène
est probablement Louise de Bourbon, farouche opposante aux protestants...
peinte par Thomas Pot en même temps que la fresque ; elle s'intègre parfaitement dans le décor.
Par contre, celle de droite
est visiblement rajoutée avec son prie-Dieu luxueux.
Elle cache un personnage dont on ne voit plus que le pied qui
dépasse.
la
crucifixion
la mise au
tombeau
la résurrection
La plupart des abbesses sont issues des familles de Bourbon (famille royale) et de Rochechouart.
Eléonore de Bourbon
Jeanne-Baptiste de Bourbon
Les Rochechouart ? Non, ce n’est plus la famille royale… enfin presque ! On rentre maintenant dans le cercle de la favorite de Louis XIV…

- Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, dite la « Reine des abbesses » car considérée comme une abbesse modèle, est la sœur de Madame de Montespan (favorite de Louis XIV)
- Louise-Françoise de Rochechouart
- la toute dernière abbesse sera Julie-Gillette de Pardaillan
d’Antin, arrière-arrière-petite-fille de Madame de Montespan et arrière-arrière-petite-nièce de la Reine des abbesses. Elle sera la dernière à quitter l'abbaye, le 25 septembre 1792,
chassée par les révolutionnaires, déguisée en paysanne. Puis l’abbaye sera pillée, ravagée, partiellement incendiée.
Hormis ses abbesses, Fontevraud recevra aussi des pensionnaires de marque, parmi lesquelles les quatre filles cadettes de Louis XV, qui sont elles aussi rajoutées sur les fresques de Thomas Pot.
robe de cour pour la petite
demoiselle
Pour faire l'économie de leur entretien à la cour et certainement aussi pour ne pas laisser trop d'influence à la reine (Maria Leszczinska) qu'une large descendance aurait pu conforter, les quatre dernières filles de Louis XV : Madame Victoire, Madame Sophie, Madame Thérèse et Madame Louise sont élevées loin de la cour, à Fontevraud de 1738 à 1750, où elles passent leurs jeunes années avant de revenir à Versailles.
Madame Thérèse ne reverra pas Versailles, elle meurt à Fontevraud et Madame Louise reviendra très marquée par la vie monacale qu'elle retrouvera plus tard au Carmel de Saint-Denis.
Le roi conserve à ses côté les aînées, auxquelles il s'est attaché, et dont l'éloignement aurait été trop douloureux, ce qui ne les empêchera pas de soutenir aux côtés du Dauphin un long combat contre les maîtresses successives de leur père, en particulier Madame de Pompadour, qu'elles appellent entre elles "Maman putain".
Vous l’aurez compris, Fontevraud devient une abbaye royale dans tous les sens du terme, de par son statut (n'a de compte à rendre qu’au roi de France pour le temporel)… et de par ses abbesses et pensionnaires ! Que dirait Robert d’Arbrissel de voir ainsi toute une vie de cour s’y installer ?
Pauvre Robert ! Lui qui voulait la boue comme sépulture, que fait-il donc là entouré de ces nobles abbesses et
pensionnaires royales ? En plein milieu de l'église abbatiale... que nous verrons très bientôt...
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